Moyen-Orient et Afrique du Nord

L’OLP et le Hamas signent un accord de réconciliation

Moyen Orient

Céline Tabou / 26 avril 2014

Dans la nuit du 22 et 23 avril, des membres de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) ont conclu un accord sur la formation d’un gouvernement d’union avec le Hamas à Gaza. Une décision qui a entrainé la fin des négociations avec Israël.

Selon un communiqué de presse lu par le chef du gouvernement du « Mouvement de résistance islamique » (Hamas) au pouvoir à Gaza, Ismaïl Haniyeh, l’exécutif sera « dirigé par le président Mahmoud Abbas ». Le nouveau gouvernement devrait d’ailleurs être composé de technocrates, afin de préparer les élections législatives et présidentielle. Ces élections auront lieu dans six mois après que le Conseil législatif palestinien (CLP, Parlement) aura voté la confiance à ce cabinet.

« Pas d’autre option »

Naji Chrab, politologue à l’université d’Al-Azhar à Gaza, a expliqué à l’Agence France Presse que « le Hamas et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) n’ont pas d’autre option que la réconciliation ». Ce dernier a indiqué que Mahmoud Abbas, « a compris que les négociations ont échoué et veut renforcer sa position face à la partie israélienne ».

En effet, l’accord a été signé une semaine avant la fin de l’échéance fixée pour les négociations de paix entre l’Autorité palestinienne et Israël, le 29 avril. Celles-ci étaient bloquées depuis plusieurs semaines, suite à la décision du Premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, de stopper la libération les prisonniers Palestiniens.

L’accord prévoit ainsi la formation « d’ici cinq semaines » d’un gouvernement de « consensus national », dirigé par Mahmoud Abbas. Cette réconciliation n’est pas la première, en 2011, le Hamas et le Fatah, principal parti de l’OLP, avaient signé des accords de réconciliation au Caire, puis à Doha en 2012, afin de mettre fin à la division politique entre la bande de Gaza et la Cisjordanie.

Malgré cette entente, Moukheimer Abou-Saada, professeur de sciences politiques à Al-Azhar, a expliqué que de nombreux Palestiniens doutent de la possibilité d’une réconciliation en raison des « mauvaises expériences passées ». Ce dernier s’attend à des « difficultés dans l’application de l’accord de Gaza ».

Réaction immédiate des Israéliens

Pour Israël, le président Mahmoud Abbas a choisi « le Hamas et non la paix », annulant de suite la session de négociations avec les Palestiniens prévue mercredi 23 avril. « Quiconque choisit le Hamas ne veut pas la paix », a estimé le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, dans un communiqué. Ajoutant, que « le cabinet a décidé à l’unanimité que le gouvernement israélien ne négociera pas avec un gouvernement palestinien s’appuyant sur le Hamas, une organisation terroriste qui appelle à la destruction d’Israël ».

De leur côté, les autorités du Hamas ont révélé des frappes sur le nord de la bande de Gaza par l’aviation israélienne, après la déclaration du Premier ministre israélien, ont indiqué les autorités du Hamas. Six civils palestiniens ont été blessés, dont un très grièvement, d’après le porte-parole du ministère de l’intérieur du parti au pouvoir dans le territoire côtier, qui ne reconnaît pas Israël.

Pour sa part, l’administration américaine s’est dite « déçue », avertissant que la réconciliation inter-palestinienne aurait « évidemment des implications ». Supervisant les négociations, le département d’Etat américain a averti le gouvernement palestinien. Celui-ci devra s’engager « sans ambiguïté » sur les principes de non-violence et de reconnaissance de l’existence de l’Etat d’Israël. Cette remarque fait référence à la non reconnaissance d’Israël par le Hamas, qui appelle à la lutte armée.

Une inquiétude levée par Jibril Rajoub, un des dirigeants du Fatah, ce dernier a assuré jeudi 24 avril que « le prochain gouvernement de consensus national proclamera de façon claire et nette qu’il accepte les conditions du Quartette », pour le Proche-Orient, réunissant Etats-Unis, Russie, UE et ONU. Ce Quartette impose au Hamas qu’il reconnaisse Israël ainsi que les accords déjà conclus entre cet Etat et l’OLP, et renonce à la violence.

Le Hamas contraint à la réconciliation

Selon les analystes consultées par l’AFP, le Hamas est assiégé à Gaza et proscrit en Egypte, raison pour laquelle, il a tout intérêt à la réconciliation. Affaibli depuis la chute en juillet 2013 du président islamiste égyptien Mohamed Morsi, l’organisation per son allié au sein des Frères musulmans. D’autant plus que l’armée égyptienne a détruit des centaines de tunnels de contrebande à la frontière avec Gaza. Ces tunnels transitaient armes et munitions, mais aussi produits de première nécessité et matériaux de construction.

Naji Chrab a expliqué que « a division (palestinienne) a beaucoup nui au Hamas depuis qu’il a perdu les Frères musulmans en Egypte et ses difficultés financières ». La destruction des tunnels a généré des pertes mensuelles de près de 170 millions d’euros. Un constat fait par le gouvernement du Hamas, qui peine à payer ses fonctionnaires.

Voulant « échapper à la pression de l’Egypte. La réconciliation lui permettrait d’améliorer ses liens avec l’Egypte et dans la région grâce à une légitimité politique palestinienne retrouvée », a précisé le politologue. Le Mouvement de résistance islamique » a « une vision politique plus profonde et plus pragmatique », notamment vis-à-vis des négociations avec Israël, ce qui pourrait expliquer son alliance avec Mahmoud Abbas, engagé lui dans le processus de paix.

Selon Achraf Abou-el-Hol, rédacteur-en-chef adjoint du journal égyptien Al-Ahram, l’accord de réconciliation palestinien, parrainé par l’Egypte « va cette fois-ci vraisemblablement être appliqué ». « Tout échec aurait des retombées négatives pour les deux camps », a assuré le professeur de sciences politiques, Adnane Abou-Amer, de l’université d’Oumma à Gaza.

 Céline Tabou  


Kanalreunion.com