Moyen-Orient et Afrique du Nord

La coalition internationale montée par Sarkozy bat de l’aile

Le président de la République bientôt seul contre la Libye ?

Témoignages.re / 23 mars 2011

Créée à la suite du vote du Conseil de sécurité de l’ONU, la coalition internationale de Nicolas Sarkozy s’effrite. Après avoir soigné son image à Paris, les dirigeants arabes et européens ont depuis une vision différente de la situation en Libye, et notamment de la guerre enclenchée par l’Occident.

Trois jours après le lancement des opérations, des voix dissonantes se font entendre sur le sort de Mouammar Kadhafi, sur le transfert du commandement des opérations à l’OTAN et la réduction de la participation américaine. De nombreux pays ont exprimé leurs réticences à l’intervention militaire en Libye, le Venezuela, Cuba, la Chine, la Russie et la Ligue arabe ont été les premiers à dénoncer l’attitude des puissances occidentales, France, Grande-Bretagne et États-Unis, dans la gestion de ce conflit.

Le « chef de guerre » Nicolas Sarkozy

Le chef de l’État français a mené l’offensive diplomatique afin de convaincre Barack Obama, président américain, et David Cameron, Premier ministre britannique, de prendre la tête de la coalition. Cependant, 24h après la formation de celle-ci, Barack Obama a annoncé que l’intervention américaine serait plus logistique que de premier front.
Du côté de l’Union européenne, l’Allemagne n’a pas tenu à participer au vote de l’ONU et n’a pas souhaité participer à l’opération militaire. L’axe Paris-Berlin a bien été consommé, et aujourd’hui, Nicolas Sarkozy mise sur le chef du gouvernement anglais, David Cameron.
Plusieurs pays, dont la Norvège, ont demandé une clarification de la question du commandement de l’opération internationale menée en Libye, alors que la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne se contentent de coordonner leurs efforts. Silvio Berlusconi a, de son côté, demandé une unification des opérations sous l’égide de l’OTAN et appelé à respecter strictement la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU.

Nicolas Sarkozy va perdre ses soutiens internationaux

La Russie appelle à un cessez-le-feu immédiat en Libye et à des négociations politiques, a déclaré le ministre russe de la Défense, Anatoli Serdioukov, lors d’une rencontre à Moscou avec le secrétaire d’État américain à la Défense, Robert Gates, mardi 22 mars.
Les ambassadeurs d’une vingtaine de pays membres de l’OTAN ont affirmé leur volonté que la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne transfèrent les opérations de la coalition à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord. Pour le moment, ce sont les QG américains de Ramstein (Ouest de l’Allemagne) et de Naples (Sud de l’Italie) qui coordonnent les frappes. Le Président Barack Obama a assuré, mardi 22 mars, que « l’OTAN va jouer un rôle » dans un délai « de jours, non de semaines ».
Pour sa part, le président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, Axel Poniatowski, a souhaité mardi 22 que l’intervention militaire en cours contre le régime du colonel Kadhafi soit « relativement brève dans le temps, avec des frappes, et qu’après, on s’arrête. Tout cela (l’intervention, NDLR) n’a de sens que si c’est relayé par un nouveau soulèvement de la population, que si les Libyens prennent leur destin en main ». Ce dernier a également annoncé à l’AFP, à Tunis, où il est arrivé lundi 21 mars pour une mission d’information sur la situation actuelle en Tunisie, qu’il y avait une « unanimité » sur le sujet au Sénat et à l’Assemblée nationale, où la situation en Libye est discutée.

Céline Tabou


Yémen, Bahreïn…

Nicolas Sarkozy va-t-il aller au secours de tout le Monde arabe ?

Après avoir été en retard sur les dossiers tunisiens et égyptiens, la France précipite les choses et s’en va-t-en-guerre en Libye. Cette décision rapide sera-t-elle prise à l’encontre d’autres pays : Yémen, Bahrein et Syrie ?
En effet, la contestation a pris de l’ampleur après la mort de 52 personnes, tuées lors d’une attaque des partisans du régime vendredi 18 mars, à Sanaa (Yémen). Le Président Ali Abdallah Saleh a limogé le gouvernement le 20 mars et a expédié les affaires courantes jusqu’à la mise en place d’un nouveau cabinet.
Dénoncés par l’opposition comme un « massacre », les événements ont provoqué de nombreuses défections dans les rangs du pouvoir et poussé des dignitaires religieux et tribaux à appeler les forces de l’ordre à refuser de tirer sur les manifestants. Ces derniers ont également demandé le retrait de la garde républicaine de la capitale et le démantèlement de la sûreté publique.
A Bahreïn, le roi Hamad ben Issa Al Khalifa a annoncé avoir déjoué un complot contre la sécurité du pays par l’Iran. L’Iran avait condamné l’usage de la force au Bahreïn, qui a fait au moins 13 morts. Le souverain a décrété l’état d’urgence pour trois mois et appelé les armées de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et d’autres États du Golfe dirigés par des sunnites à l’aider à réprimer les manifestations contre la monarchie en place. En effet, les opposants à la souveraineté du roi Hamad ben Issa Al Khalifa réclament une monarchie constitutionnelle, qui maintiendrait la famille royale au pouvoir, mais qui permettrait d’élire un gouvernement. Les manifestants rejettent les accusations d’une influence des chiites sur le Golfe arabo-persique.


En Syrie, la contestation persiste

Des milliers de manifestants ont formé une chaîne humaine autour de la mosquée de Deraa par crainte que les forces de l’ordre ne la prennent d’assaut. Les Syriens défilent depuis quatre jours pour la liberté. Un mouvement de contestation a été lancé le 15 mars en Syrie après un appel d’une page Facebook, intitulée « La révolution syrienne contre Bachar al-Assad 2011 », à des manifestations pour « une Syrie sans tyrannie, sans loi d’urgence (depuis 1963), ni tribunaux d’exception », a indiqué l’AFP.


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