Moyen-Orient et Afrique du Nord

La pression d’Israël sur les Palestiniens

Moyen Orient

Céline Tabou / 8 avril 2014

En juillet 2013, les pourparlers entre Palestiniens et Israéliens étaient engagés sur la base d’un accord, désormais les discussions sont bloquées. La décision de l’Israélien Benjamin Netanyahu de stopper la libération les prisonniers palestiniens, a conduit Mahmoud Abbas à signer des demandes d’adhésion de la Palestine à des traités internationaux.

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L’armée israélienne en patrouille dans la Palestine occupée. (photo Justin McIntosh)

Après avoir annoncé la signature de demandes d’adhésion de la Palestine aux conventions et traités internationaux, dont la Convention de Genève, Israël a menacé de représailles, et commencé à en lancer. Avec le repli évoqué par John Kerry, la situation pourrait déraper.

Un blocage de taille

Benjamin Netanyahu a refusé de libérer le dernier contingent de prisonniers, le 29 mars, comme prévu lors de la relance des pourparlers, sous l’égide des Etats-Unis en juillet 2013. En réaction, le président palestinien Mahmoud Abbas a décidé de signer, mardi 1er avril, les demandes d’adhésion de la Palestine à 15 conventions et traités internationaux. Ce dernier souhaite ainsi rendre possible l’accession de la Palestine au statut d’Etat observateur aux Nations Unies, démarche engagée fin 2012.

A l’annonce palestinienne, John Kerry a tenté de convaincre la partie palestinienne de retirer ses demandes, car elles sont difficilement acceptables pour Israël. Mahmoud Abbas a formellement refusé, lors d’une conversation téléphonique avec John, Kerry, jeudi 3 avril, a annoncé à l’AFP un responsable palestinien. « Nos exigences ne sont pas nombreuses et les menaces d’Israël ne font plus peur à personne, et ils peuvent faire ce que bon leur semble », a répliqué à John Kerry, Mahmoud Abbas, selon cette même source.

Le chef de la diplomatie américaine, a de nouveau tenté vendredi 4 avril d’obtenir un compromis pour sauver les pourparlers de paix israélo-palestiniens, cependant, les positions fermes des deux parties laissent présager une fin des discussions. Ce dernier a déploré, selon l’Agence France Presse qu’"au cours des derniers jours les deux parties aient pris des initiatives qui n’aident pas » au dialogue, ajoutant qu’il allait se concerter avec le président américain, Barack Obama, pour « évaluer précisément ce qu’il est possible et n’est pas possible » de faire.

Pour sa part, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a averti, le 6 avril : « nous répondrons de notre côté par des mesures unilatérales à toutes les mesures unilatérales qu’ils (les Palestiniens, ndlr) prendront ». Ajoutant que les démarches palestiniennes « ne feront qu’éloigner un accord de paix ».

Un accord non tenu

Les Palestiniens avaient consenti, en juillet, de suspendre toute les démarches d’adhésion aux organisations et conventions internationales, au cours des neuf mois impartis aux pourparlers, en échange de la libération par Israël de quatre contingents de prisonniers incarcérés avant 1993, dont des dirigeants palestiniens. Mais seuls trois groupes ont été relâchés par les Israéliens.

« L’accord qui était sur la table la semaine dernière n’est plus d’actualité et Israël se prépare à reprendre ses relations de routine avec les Palestiniens, semblables à celles d’avant la reprise des négociations il y a neuf mois », a affirmé une source israélienne proche des négociations au site d’information israélien Ynet.

Pour la quotidien algérien, El Watan, en dépit de la répression à venir des Israéliens, « il était temps (pour les Palestiniens, ndlr) de mettre fin à un grossier mensonge, et pour leurs dirigeants, ne pas être accusés de trahison ». En effet, Benjamin Netanyahu et son ministre de la Défense, Moshé Yaalon, avaient déjà demandé, le 2 avril, à l’administration militaire dans les Territoires palestiniens de proposer une série de mesures punitives contre les Palestiniens, selon le quotidien Haaretz, cité par l’AFP.

Des menaces en partie appliquées

Israël devrait également geler l’autorisation accordée à l’opérateur de téléphonie mobile palestinien Wataniya de développer son réseau dans la bande de Gaza et accroître les restrictions aux activités des Palestiniens dans les 60% de Cisjordanie occupée sous son contrôle exclusif, selon les médias israéliens. De plus, les autorités israéliennes pourraient à nouveau bloquer le transfert de taxes collectées pour le compte de l’Autorité palestinienne.

Comme mesure de rétorsion, le ministère israélien de l’Intérieur a donné, jeudi 3 avril, son feu vert au projet de construction d’un musée archéologique controversé administré par l’organisation juive d’extrême droite Elad dans le quartier palestinien de Silwan, à Jérusalem-Est occupé et annexé.

Une construction dénoncée par les milliers de Palestiniens réunis devant la prison israélienne d’Ofer, près de Ramallah (Cisjordanie), suite à l’appel des familles des prisonniers qui devaient être libérés le 29 mars. Après cette manifestation, la cheffe de l’équipe de négociateurs israéliens, Tzipi Livni, a informé Saëb Erakat que les libérations étaient annulées.

Denis Bauchard, chercheur à l’IFRI et ancien directeur du département Moyen-Orient au Quai d’Orsay, a expliqué sur L’Express, qu’"à moyen terme, Israël risque, comme l’a mentionné John Kerry, une 3e Intifada et de se retrouver amené à occuper de façon permanente la Cisjordanie, déjà largement « mitée » par les colonies. Cela mettrait la fin de la solution à deux Etats ».

 Céline Tabou  


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