Moyen-Orient et Afrique du Nord

La reprise de la construction du mur menace le patrimoine palestinien

Colonialisme au Moyen-Orient

Témoignages.re / 20 août 2012

Les communautés palestiniennes de Cisjordanie ont exprimé leur inquiétude face à l’annonce abondamment rapportée par les médias de la reprise de la construction par Israël de son « mur de séparation », après cinq ans d’interruption.

« C’est un crime de faire passer le mur par ici », a dit Akram Badir, chef du conseil du village de Battir, une communauté palestinienne située juste de l’autre côté de la Ligne verte, au sud-est de Jérusalem. « Ce sera une catastrophe », a-t-il continué en montrant le tracé prévu le long d’une voie de chemin de fer passant à proximité.
Battir jouit d’un système d’irrigation séculaire qui alimente en eau douce les riches terres agricoles de la communauté. L’eau, accumulée dans une ancienne piscine romaine, coule de terrasse en terrasse avant d’être distribuée dans les champs par des canaux.
« Si le mur est construit comme prévu, au travers des terrasses, celles-ci vont s’effondrer », a dit Giath Nasser, l’avocat chargé de la procédure engagée par Battir contre le tracé projeté pour la barrière.
Environ 62 pour cent du tracé de la barrière, qui devrait mesurer 708 km de long, a déjà été complété. Il en reste huit pour cent en construction et 30 pour cent planifié, mais pas encore érigé. À ce jour, selon le bureau de la coordination des Affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), 150 communautés ont été isolées de leurs terres par la barrière et 7.500 Palestiniens, coincés entre la Ligne verte et le mur, ont besoin d’un permis spécial pour pouvoir rester chez eux.
La Cour pénale internationale a rendu en 2004 un avis consultatif demandant à Israël de cesser l’édification du mur, de démanteler ou modifier le tracé des sections déjà complétées et d’abroger le régime d’octroi des permis et de franchissement des portes. Dans une décision adoptée lors de sa 36e session, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture a prié instamment toutes les parties concernées de préserver le paysage en terrasses de Battir, un site appartenant au "patrimoine culturel et naturel palestinien".
Israël soutient quant à lui que la barrière est nécessaire pour des raisons de sécurité.

Envisager l’avenir

L’édification du mur avait été interrompue principalement à cause de problèmes budgétaires et de recours en justice intentés par la société civile israélienne et palestinienne contre le tracé prévu.
Le ministère de la Défense israélien a dit à IRIN que la construction allait peut-être pouvoir reprendre lorsque l’autorisation nécessaire serait accordée par la Haute Cour de Justice et les comités du ministère des Finances chargés de l’expropriation des terres le long du tracé.
Les travaux d’édification du mur devraient d’abord reprendre dans les zones proches de Jérusalem et de Bethléem et notamment autour du bloc de colonies de Gouch Etzion, où se situe Battir.
Il est difficile d’estimer le nombre exact de communautés qui seront affectées par la reprise de l’édification, car les procédures juridiques visant à déterminer le tracé final ne sont pas encore achevées. L’OCHA compte cependant que 50 communautés palestiniennes bordant des sections encore non construites de la barrière seraient affectées, c’est-à-dire qu’elles seraient coupées de leurs terres ou de leurs ressources en eau ou qu’elles seraient isolées de leur voisinage.

Une barrière contestée

« La barrière entourant Battir suit la Ligne verte. Israël ne devrait donc avoir aucune difficulté du point de vue juridique [à reprendre la construction à cet endroit]. Cependant, ses conséquences sur la communauté seront particulièrement graves et impliquent la perte d’un site historique », a dit à IRIN Sarit Michaeli, porte-parole de l’Organisation non gouvernementale israélienne B’Tselem.
« La solution est simple », a dit M. Nasser. « [Il faut] construire le mur du côté israélien de la voie ferrée ». De cette façon, a-t-il ajouté, les villageois auraient toujours accès à environ 300 hectares de terres agricoles dont ils dépendent pour subvenir à leurs besoins.
« Je sais que cela ne fait pas de moi une femme riche, mais je vends des légumes à Jérusalem une fois par semaine », a dit une vieille femme cueillant de la menthe sur le terrain appartenant à sa famille, du côté israélien de la voie ferrée. « C’est ma source de revenus ».


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