Moyen-Orient et Afrique du Nord

Le cessez-le-feu perdure dans la Bande de Gaza

Les Palestiniens obtiennent l’ouverture immédiate des points de passage pour sortir de l’enclave

Céline Tabou / 29 août 2014

Après cinquante jours de guerre entre le Hamas et l’armée israélienne, Tsahal, les deux camps se sont accordés sur un nouveau cessez-le-feu qui sera illimité, selon l’annonce officielle lancée par le président palestinien, Mahmoud Abbas.

Cette annonce d’un cessez-le-feu illimité a été confirmée par des sources gouvernementales israéliennes et saluée par les Etats-Unis et l’Organisation des Nations unies. Entré en vigueur le 26 août à 18 heures, heure de Paris, il a été accueilli avec joie dans la bande de Gaza, où plusieurs dirigeants du Hamas et du Jihad islamique ont pour l’occasion fait leur première apparition publique depuis le début de la guerre.

Des engagements conclus

Les responsables israéliens ont accepté ce compromis, alors que des tirs de roquettes palestiniennes s’abattaient sur l’Etat hébreu et que des drones israéliens poursuivaient leurs bombardements, mardi 26. A la différence des autres cessez-le-feu, celui-ci sera permanent et devrait mettre un terme aux combats.
Selon des responsables palestiniens cités par différentes agences de presse, dont l’Agence France Presse, les deux parties se sont accordées sur la proposition égyptienne prévoyant « une cessation illimitée des hostilités », « l’ouverture immédiate des points de passage entre Gaza, Israël et l’Egypte », afin de permettre « l’entrée rapide de l’aide humanitaire, des secours et des moyens de reconstruction » ce qui signifie une levée partielle du blocus de l’enclave mit en vigueur en 2006 et enfin « un élargissement de la zone de pêche palestinienne en Méditerranée ». Cet élargissement permettra « la pêche jusqu’à 6 milles marins » puis à 12 milles contre les 3 milles auparavant.
De plus, les Israéliens et Palestiniens devraient engager des négociations sur la levée du blocus, la démilitarisation de Gaza, la construction d’un port à Gaza et la libération de membres du Hamas détenus en Cisjordanie occupée.

2.138 Palestiniens tués

Les Etats-Unis, principal allié d’Israël, se sont félicités de cet accord bilatéral, souhaitant « que le cessez-le-feu soit réellement durable et viable ». De son côté, Ban Ki-moon, secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, a souhaité que le cessez-le-feu soit « durable » et qu’il ouvre la voie à un « processus politique » entre Israël et les Palestiniens.
Depuis le 8 juillet, jour de l’offensive lancée par Tsahal, 2.138 Palestiniens ont été tués, dont un quart d’enfants, et 70 Israéliens, dont 64 soldats et un enfant. A Gaza, la proportion de civils ou de combattants du Hamas tués reste incertaine, d’un côté le Hamas insiste sur le nombre de pertes civiles refusant de donner le bilan de ses « martyrs », tandis que de l’autre, Israël a affirmé que 1.068 « terroristes » ont été tués par son armée avant le 19 août.
Avec le cessez-le-feu, des enquêtes internationales devraient être lancées, afin de clarifier les accusations de violations du droit international à Gaza. A la fin de juillet, Navi Pillay, la commissaire aux droits humains des Nations unies, avait estimé que des « crimes de guerre » pourraient avoir été commis par les deux camps.
Pour sa part, le quotidien Le Monde a mis en avant son enquête sur les exactions de l’armée israélienne, accusée d’avoir ciblé des habitations, des quartiers entiers, sans avoir suffisamment prévenu la population avant ses bombardements. Le quotidien pointe également du doigt les attaques sont des personnels médicaux, humanitaires ou encore des hôpitaux. Du côté palestinien, des civils israéliens auraient été délibérément ciblés, la population gazaouie mise en danger et des collaborateurs présumés avec Israël exécutés.

Le calme est revenu

Des millions de Palestiniens et d’Israéliens dans et autour de la bande de Gaza ont passé la nuit de mardi dans le calme, après cinquante jours de guerre. « Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu il n’y a eu aucun tir de roquette vers le territoire israélien et aucune attaque aérienne israélienne dans la bande de Gaza », a expliqué à l’Agence France Presse une porte-parole militaire israélienne.
Mardi soir une foule de Palestiniens est descendue dans les rues de Gaza pour exprimer sa joie en tirant en l’air au milieu de combattants du Hamas. Ce dernier a revendiqué « la victoire », après avoir infligé à Tsahal ses plus lourdes pertes depuis 2006 avec 64 soldats tués. Le Hamas a ainsi assuré avoir défait « la légende de l’armée israélienne qui se dit invincible » et obtenu l’allègement du blocus, principale revendication des Palestiniens.
Côté israélien, Liran Dan, porte-parole du Premier ministre Benjamin Netanyahu a proclamé à la radio militaire que le Hamas a « reçu les coups les plus durs depuis sa création » et « subi une défaite militaire et politique ». Ce dernier a annoncé que « le Hamas n’a rien obtenu de qu’il exigeait ».
Selon les médias, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu aurait refusé de procéder à un vote au sein du cabinet de sécurité avant de donner son feu vert au cessez-le-feu. Pour cause, près de quatre des huit membres de son cabinet étant opposés à la trêve. Uzi Landau, ministre du Tourisme et membre d’Israël Beitenou, parti nationaliste, a déclaré quelque temps après l’annonce du cessez-le-feu que « le sentiment général est que le terrorisme paye ». Ce dernier a ajouté à la radio publique qu’’« Israël a donné l’impression que nous voulions le calme à n’importe quel prix ce qui a diminué notre pouvoir de dissuasion ».

Céline Tabou


Kanalreunion.com