Moyen-Orient et Afrique du Nord

Le parc Gezi évacué

Turquie

Céline Tabou / 17 juin 2013

Samedi 15 juin, les policiers turcs ont évacué par la force du parc d’Istanbul, des dizaines de milliers de personnes logeant sur le parc. Ces derniers défient depuis plus de deux semaines le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, en demandant sa démission.

Recep Erdogan avait lancé deux heures plus tôt un avertissement aux manifestants, lors d’un discours prononcé devant plusieurs dizaines de milliers de ses partisans réunis dans une banlieue d’Ankara. « Nous avons une réunion publique demain à Istanbul. Je le dis clairement : si Taksim n’est pas évacuée, les forces de sécurité de ce pays sauront comment l’évacuer », a-t-il indiqué.

Bien avant, la coordination de manifestants « Solidarité Taksim » avait annoncé son refus de quitter le parc Gezi, malgré les gestes de conciliation du pouvoir au nom de la « résistance contre toute injustice dans notre pays ». L’ultimatum de Recep Erdogan est en contradiction avec sa promesse de ne pas toucher au parc tant que la justice, saisie par les adversaires de la destruction du parc, n’aurait pas définitivement tranché le dossier.

« Une zone de guerre »

Tentes détruites et banderoles arrachées, des dizaines de personnes ont été interpellées, d’après les journalistes de l’“Agence France Presse” sur place. « Ils sont entrés de force, avec beaucoup de gaz. Ils nous ont frappés, même les femmes », a raconté un jeune manifestant à l’“AFP”.

« J’étais à l’intérieur de la tente-hôpital (...), ils ont lancé des grenades lacrymogènes et des dizaines de policiers sont entrés », a rapporté de son côté Elif, une thérapeute de 45 ans.

La police a été jusqu’à poursuivre les manifestants dans toutes les rues environnantes, y compris dans le hall d’un hôtel luxueux copieusement arrosé par les canons à eau de véhicules antiémeutes et gazé. Selon l’organisation « Solidarité Taksim », des « centaines » de personnes ont été blessées, contre 29 annoncées par le gouverneur d’Istanbul, Huseyin Avni Mutlu.

Le vice-Premier ministre, Huseyin Celik, s’est félicité de l’évacuation du parc : « J’espère que nous pourrons oublier tout ça, comme un mauvais rêve ou un cauchemar ».

De son côté, le collectif « Solidarité Taksim » a condamné l’opération, qui « a transformé le parc Gezi, Istanbul et le pays en zone de guerre ». « Cette attaque brutale de la police doit s’arrêter. Le parti au pouvoir sera tenu pour responsable des événements », a-t-il ajouté.

« Nous allons continuer et personne ne nous arrêtera »

A l’annonce de l’évacuation du parc, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue à Istanbul, afin de marcher sur la place Taksim. Des manifestants ont expliqué : « Nos revendications dépassent les limites du parc Gezi, à présent, il s’agit d’un mouvement contre le gouvernement », ou encore « Nous allons continuer et personne ne nous arrêtera ».

Pour un autre manifestant, « c’est le point de non-retour », car « il s’agit de défendre la liberté en Turquie ».

A Ankara et Izmir (Ouest), des milliers de personnes ont manifesté en fin de soirée, pour dénoncer l’évacuation dans la capitale. Débutée le 31 mai, la mobilisation avait démarré après la dispersion violente des militants écologistes qui protestaient contre la destruction du parc Gezi et de ses 600 platanes. Le gouvernement avait prévu de construire une mosquée et une zone commerciale sur la place symbolique de Taksim, symbole de la contestation.

Malgré la contestation, le chef du gouvernement, dont le Parti de la justice et du développement (AKP) a remporté 50% des voix aux législatives de 2011, a adopté une position très ferme face aux contestataires. Allant jusqu’à qualifier les manifestants de « pillards », « voyous » et d’ « extrémistes », ce dernier s’est présenté comme la « voix des masses silencieuses ».

La place Taksim est interdite et des unités de gendarmerie sont venues soutenir la police. La tension reste vive à Istanbul et Ankara, où des milliers de manifestants ont décidé de maintenir la mobilisation. La place Taksim est interdite et des unités de gendarmerie sont venues soutenir la police. La tension reste vive à Istanbul et Ankara, où des milliers de manifestants ont décidé de maintenir la mobilisation.

Céline Tabou


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