Moyen-Orient et Afrique du Nord

Le roi Mohammed VI anticipe le mécontentement

Afrique du Nord

Céline Tabou / 12 mars 2011

Satisfaisant la majeure partie de la classe politique du pays, le roi Mohammed VI cherche ainsi à éviter la crise que vivent ses voisins. En effet, dans une allocution télévisée, le roi a promis mercredi 9 mars qu’une réforme constitutionnelle serait organisée en profondeur dans le pays.

Afin d’éviter que les manifestations organisées dans le pays ne deviennent pas aussi importantes que celles en Égypte, Algérie, Tunisie ou encore en Libye, le roi a décidé de réformer le pays. Au lendemain de son discours à la nation, le roi Mohammed VI a mis en place une commission consultative de révision de la Constitution. Mais cette annonce a un double effet, celui de contenter l’opposition, qui reste tout de même sur ses gardes, car cette promesse pourrait ne pas aboutir à ce que tous désirent.

L’opposition très critique

Ali Bouabid, un des dirigeants de l’USFP (Union socialiste des forces populaires) a expliqué à Radio France Internationale que « sur le fond, le roi ne propose rien de moins qu’une réforme constitutionnelle globale que nous, à gauche, avions réclamé depuis plus de deux ans, explique Ali Bouabid, membre du bureau politique. Et sur la forme, il inaugure une pratique qui jusque-là n’était pas courante, à savoir l’ouverture d’un débat préalable à cette réforme constitutionnelle ».
De son côté, Youssef Benkirane, doctorant en science politique à l’IEP de Paris a expliqué au quotidien “Le Monde”, que le roi veut que « le débat national élargi couvre toutes les questions cruciales pour la patrie et les citoyens » tout en plaçant ce débat « dans le cadre des dispositions de la Constitution actuellement en vigueur ».
Nizar Bennamate, un contestataire, a déclaré à “Libération”, « les promesses sont intéressantes, mais je suis méfiant. Pourquoi le roi n’a-t-il pas clairement parlé de monarchie parlementaire ? ». En effet, le roi a décidé que le Premier ministre aurait plus de pouvoir, et qu’il serait non plus désigné par le roi, mais sera issu du parti arrivé en tête des élections. De plus, la Chambre des représentants, élus au suffrage universel, devrait avoir des pouvoirs supérieurs à ceux de la Chambre haute.

Promesses de liberté

Indépendance de la justice, séparation des pouvoirs et la communauté berbère amazigh seront inscrit dans la Constitution. Cependant, il n’est pas fait référence aux exactions vécues par le peuple du Sahara Occidental et ses demandes d’indépendance. Malgré ce discours, les membres du mouvement de contestation ont décidé de maintenir la manifestation du 20 mars, afin de « continuer à faire pression », relate “Libération”.
Tous s’accordent pour dire que les intentions du roi Mohammed VI sont enthousiasmantes mais qu’elles posaient beaucoup de questions. Driss Ben Ali, économiste marocain a expliqué que « l’armée, la sécurité et le Sahara Occidental, traditionnellement placés sous l’autorité directe du roi, seront-ils soustraits à la responsabilité du gouvernement ? »

C.T.


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