Moyen-Orient et Afrique du Nord

Le Yémen s’embourbe dans la guerre

L’Arabie Saoudite livre une guerre par procuration contre l’Iran

Céline Tabou / 3 avril 2015

Le gouvernement yéménite est en conflit depuis 2004 avec les Houthis, insurgés basés dans le nord-ouest du Yémen. Mais depuis quelques mois, ces derniers se sont consolidés et sont présents dans une grande partie du pays. Toutefois, le conflit s’est étendu, provoquant la création d’une coalition militaire, menée par Ryad.

Présente sur le territoire yéménite depuis des décennies, l’Arabie Saoudite a décidé d’engager des frappes aériennes afin de lutter contre les Houthis, ennemis jurés du Royaume sunnite. De leur côté, les Houthis appartiennent à une branche du chiisme, appelé le zaïdisme, leur nom vient de celui de leur chef, Houssein Badr al-Din al-Houthi, tué en 2004 par l’armée. Cet aspect religieux et les liens des Houthis avec l’Iran, sont les raisons de la volonté des Saoudiens d’attaquer les rebelles Houthis.

Des revendications sociales à la lutte armée

La relation des Houthis avec l’Iran inquiète l’Arabie saoudite, qui croit en une montée en puissance de l’Iran dans la région. Le Royaume saoudien croit qu’un « pouvoir inféodé à l’Iran s’est installé à Sanaa », raison pour laquelle, le pays a réagit rapidement et demandé la création d’une force militaire arabe. De son côté, l’Égypte a la même inquiétude. Elle ne veut pas voir l’Iran jouer un rôle dans la politique régionale, notamment dans un contexte tendu avec la guerre en Syrie, le conflit israélo-palestinien et les négociations sur le nucléaire iranien.

Au-delà du rapport de force entre chaque pays, la guerre au Yémen a prit ses origines en 2004, lorsque les Houthis manifestaient contre leur exclusion des pouvoirs décisionnels, mais aussi contre l’extrême pauvreté dans le nord-ouest du pays et contre la négligence envers la population dans la région. Ces derniers demandaient également une plus grande autonomie dans leur région, le développement économique et la reconnaissance de leurs droits, y compris leurs droits religieux.

Face au refus du gouvernement de prendre en compte leurs revendications, la protestation s’est intensifiée et les Houthis se sont organisés. En 2012, le président Ali Abdallah Saleh est destitué, le pouvoir est redistribué, mais une fois encore les Houthis ne parviennent pas à se faire une place, alors qu’ils présentent entre 10 000 et 30 000 combattants. Aujourd’hui, ils ont décidé de s’imposer.

Depuis plus de dix jours, les Houthis contrôlent une partie du nord-ouest du pays et sont descendus au sud de Sanaa, vers les grands centres urbains du sud. Après avoir pris possession de certaines infrastructures stratégiques, de tronçons de route, d’aéroports et de bases militaires, ils se sont emparés du palais présidentiel à Aden. De violents combats ont opposé les rebelles à des forces favorables au président Abd Rabbo Mansour Hadi. Ces affrontements ont fait au moins 44 morts, dont 18 civils.

Des civils tués

L’actuel président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi s’était réfugié à Aden, le 26 mars, après la prise de Sanaa par les Houthis en février. Actuellement à Riyad, il a pu recevoir le soutien de la Ligue arabe qui a mis en place une coalition, menée par l’Arabie saoudite.

Cette coalition mène des frappes ciblées, qui se répercutent tout de même sur la population. Le porte-parole de la coalition, Ahmed Assiri, a indiqué, lors d’un point presse à Riyad, que les dernières frappes avaient ciblé des dépôts de missiles balistiques. De plus, la coalition a mis en place un blocus maritime au Yémen, contrôlant ainsi tous les mouvements depuis et vers les ports yéménites seront contrôlés.

Plus d’une centaine de civils sont décédés suite à ces raids aériens, depuis le 26 mars. Des bombardements de la coalition et des « tirs provenant de la mer » ont visé des colonnes de militaires fidèles à l’ex-président Ali Abdallah Saleh, allié aux Houthis, selon une source militaire à l’AFP.

Ces bombardements ont fait 12 morts et étaient destinés « à empêcher ces colonnes (de militaire fidèle, ndlr) d’avancer sur l’aéroport international d’Aden ». De plus, huit civils et sept rebelles ont été tué par des roquettes, lors de l’attaque de l’aéroport par les Houthis.

Un conflit géopolitique complexe

Pour de nombreux observateurs arabes, tels que Abdel Bari Atwan est le rédacteur en chef du journal numérique Rai Alyoum, l’intervention aérienne de l’Arabie saoudite a mis fin à une solution diplomatique du conflit.

De plus, le conflit prend une ampleur internationale. D’un côté, l’Arabie saoudite, soutenue par les États-Unis, et de l’autre l’Iran, en conflit avec l’Arabie saoudite, est allié à la Russie et à la Chine. Dans un tel contexte géopolitique, le Yémen est au cœur de la confrontation entre les Américains d’un côté et les Russes et Chinois de l’autre.

Et voir l’Iran prendre une place plus importante dans l’échiquier politique affolent les Saoudiens, d’autant plus qu’une alliance serait possible entre l’Iran et l’Irak, qui possède une couverture aérienne, à l’instar de certaines milices chiites qui se battent contre l’État islamique à Tikrit et ailleurs. De plus, le régime syrien de Bachar al-Assad est soutenu par l’Iran, qui a encore une armée de 180 000 hommes et une force aérienne dans la zone.


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