Moyen-Orient et Afrique du Nord

Manifestations violentes en Égypte

Deux ans après la chute d’Hosni Moubarak

Céline Tabou / 28 janvier 2013

Deux ans après les manifestations qui ont conduit à la fin du règne d’Hosni Moubarak, les Égyptiens sont de nouveau descendus dans la rue pour dénoncer les mesures prises par le Président Mohamed Morsi et les Frères musulmans.

Plusieurs manifestations ont eu lieu au Caire et dans d’autres villes d’Égypte vendredi 25 janvier, pour se terminer par des heurts violents entre les protestataires et les forces de l’ordre. Le Ministère de la Santé a annoncé la mort de 7 personnes dans la ville de Suez, tandis que les services de secours ont fait état de 450 blessés.

« Le peuple veut la chute du régime »

Les manifestants ont scandé, comme il y a deux ans, le slogan : « Le peuple veut la chute du régime », ou « Président de la République, où sont tes promesses révolutionnaires ? ». Les manifestants ont réclamé l’ « épuration du Ministère de l’Intérieur » , la démission du gouvernement, de nouveaux procès contre ceux qui ont tué des manifestants en 2011, l’instauration de salaires minimum et maximum, le contrôle des prix à la consommation et la reformulation des articles litigieux de la Constitution, ont indiqué les agences de presse. « Pain, liberté, justice sociale », ont également revendiqué les manifestants.

Le second anniversaire du soulèvement est une nouvelle confrontation entre le Président Mohamed Morsi et les partis libéraux qui lui reprochent de reproduire l’ancien système d’Hosni Moubarak. Parmi les sujets de tension, le projet de Constitution considéré par les opposants comme un texte partisan remettant en cause un certain nombre de libertés. De plus, l’autre dossier tendu est le décret constitutionnel, qui a donné de larges pouvoirs à Mohamed Morsi qui, après plusieurs jours de protestation, a décidé de faire quelques concessions en supprimant quelques prérogatives.

Vendredi, des manifestants prévoyaient l’ampleur du mouvement, Mohammed Abdallah a indiqué à l’“AFP” : « Ça va être une grosse journée (...) parce que les Égyptiens en ont marre » , en référence à la crise politique et économique que traverse le pays.

« Je suis ici pour exiger la liberté et la justice. L’Égypte a besoin d’une nouvelle révolution pour les jeunes et pour une vraie démocratie » , a indiqué de son côté Chawki Ahmed, 65 ans.

Une tension sociale persistante

Des milliers de manifestants ont protesté au Caire où de violents heurts ont éclaté. Selon les Frères musulmans, des manifestants ont tenté d’envahir un de leurs locaux, dans le quartier de Tawfikiya, proche du centre du Caire. Selon l’“AFP”, des accrochages ont eu lieu entre forces de l’ordre et groupes de jeunes manifestants dans des rues adjacentes à la place Tahir, cœur de la révolte en janvier-février 2011.

Les manifestations organisées à Alexandrie, deuxième ville du pays, ont également donné lieu à des violences.

Plusieurs bâtiments officiels ont été attaqués par les manifestants qui ont également pris d’assaut le siège du gouvernorat dans la ville d’Ismaïliya et dans le Delta du Nil. D’autres ont encerclé un bâtiment du gouvernorat à Damiette, et ont lancé une attaque contre la cour d’un autre à Kafr el-Sheikh, entrainant des confrontations violentes avec les forces de l’ordre. Des manifestants ont également jeté des pierres sur le siège du gouvernorat local. La police a répondu par des tirs de gaz lacrymogènes.

Depuis le début des manifestations, les Frères musulmans n’ont pas appelé leurs partisans à descendre dans la rue, mais annoncé une journée d’action pour venir en aide aux plus démunis. Ils ont lancé une campagne intitulée « Ensemble nous construisons l’Égypte », rassemblant une série d’actions sociales et caritatives. Les locaux du siège local de la formation politique des Frères musulmans, le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), a été incendié à Ismaïliya, sur le canal de Suez, a rapporté l’“AFP”.

Céline Tabou

Déferlement de violence à Port-Saïd

Samedi 26 janvier, la justice égyptienne a condamné 21 personnes à mort pour leur implication dans le drame survenu dans le stade de la ville en février 2012. Lors d’un match de football, des heurts entre supporters avaient éclaté, et une gigantesque bousculade avait causé la mort de 74 personnes. Suite à cette annonce, près de 30 personnes ont été tuées et plus de 300 blessées lors de violents heurts dans la ville égyptienne de Port-Saïd. 

Les supporteurs du club égyptien Al-Alhy ont acclamé cette décision, car l’ensemble des victimes de ce drame étaient des partisans du club du Caire, dont les "ultras" sont réputés avoir joué un rôle important pendant le soulèvement qui a mené à la chute de Moubarak en 2011. Ces derniers avaient accusé le Ministère de l’Intérieur d’avoir orchestré les incidents pour se venger. Le rapport d’une commission d’enquête parlementaire a renvoyé dos-à-dos les "ultras" et les insuffisances des services de sécurité, dont le chef a été limogé. Ils avaient menacé les autorités de « chaos » si le verdict n’était pas assez sévère, a noté Le Monde”. 


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