Moyen-Orient et Afrique du Nord

Mohammed Morsi destitué

Égypte

Céline Tabou / 5 juillet 2013

L’ultimatum posé par l’armée, le 2 juillet a abouti à un coup d’État. Mohamed Morsi, premier président civil démocratiquement élu d’Égypte, a été renversé par l’armée, dans la nuit de mercredi à jeudi.

L’agence de presse officielle d’Égypte a annoncé la mise en place d’une période de transition, des élections présidentielles et législatives, comme proposée par la feuille de route de l’état-major. Les consultations pour la formation du prochain gouvernement débutent « maintenant », a annoncé dans la nuit de mercredi à jeudi l’opposant et ex-candidat à la présidentielle Amr Moussa, cité par l’Agence France Presse.

De nouvelles élections en perspectives

Mohammed Morsi a de son côté affirmé que ce « coup d’État est rejeté par tous les hommes libres du pays », laissant entendre la poursuite d’un climat de tension. Le chef de l’État déchu a par la suite été placé aux arrêts par l’armée, qui a emprisonné près de 300 membres de Frères musulmans. Un proche de Mohammed Morsi a affirmé que le président déchu a appelé « les Égyptiens à résister pacifiquement à ce coup d’État, comme il le fera lui-même », car « ce qu’ils ont fait est illégal, ils n’ont pas autorité pour le faire ».

L’annonce de l’armée a été accueillie par une explosion de joie par les dizaines de milliers de manifestants. Pour l’heure, la Constitution est suspendue, a indiqué à la télévision, le chef de l’armée et le ministre de la Défense, le général Abdel Fattah al-Sissi. Ce dernier était entouré des principaux chefs religieux du pays et du représentant de l’opposition Mohammed Elbaradei. « Un comité chargé d’examiner les propositions d’amendements constitutionnels sera formé », a poursuivi le général Sissi et un gouvernement regroupant « toutes les forces nationales » et « doté des pleins pouvoirs » aura la charge de « gérer la période actuelle ».

Des dizaines de milliers de manifestants anti-Morsi étaient toujours rassemblés au Caire et dans d’autres provinces, et les partisans du président également. Des violences ont éclaté entre les deux camps, faisant 47 morts et des centaines de blessés depuis le 26 juin.

Selon l’AFP, des blindés ont été déployés au Caire, bloquant les voies menant aux rassemblements pro-Morsi. Dans le pays, des milliers de manifestants pro-Morsi ont scandé : « Morsi a été trahi, c’est un coup d’État contre un président élu ». Quatre partisans du président égyptien Mohamed Morsi ont d’ailleurs été tués dans des affrontements avec militaires et policiers dans la ville de Marsa Matrouh (nord-ouest), selon les services de sécurité.

Des réactions diverses et variées

Pour le président français François Hollande, en déplacement en Tunisie jeudi 4 juillet, il faut « tout faire » pour relancer le processus démocratique en Égypte « sur la base du pluralisme et du rassemblement ». Ses hôtes du parti d’Ennahda, au pouvoir en Tunisie, ont dénoncé le coup d’État militaire égyptien, estimant que l’armée a écarté « la légitimité claire du premier président élu (démocratiquement-NDLR) de l’Égypte ». Le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a appelé à « un rapide retour à un gouvernement civil en Égypte ».

Michael Mann, porte-parole de la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton, a déclaré lors d’un point presse : « La situation de Morsi est assez peu claire, nous essayons de tirer au clair ce qu’il en est. Dans tous les cas, tous les principes de justice et de droits de l’Homme doivent être respectés » dans le traitement qui lui est réservé. Le porte-parole n’a pas qualifié l’action de l’armée égyptienne de coup d’État. « Nous ne sommes bien sûr pas en faveur des interventions militaires. Il est intéressant que l’armée ait dit qu’elle était intervenue pour éviter un bain de sang. (...) Les événements d’hier sont bien sûr un moment difficile dans la transition vers la démocratie, c’est pour ça qu’il est absolument important que toutes les parties prenantes travaillent ensemble dans la paix pour revenir dès que possible vers le processus de transition démocratique ».

Barack Obama s’est dit « profondément inquiet » , appelant à la mise en place d’élection rapide. « Durant cette période d’incertitude, nous demandons à l’armée de s’assurer que les droits de tous les Égyptiens et Égyptiennes soient protégés, notamment le droit de se rassembler pacifiquement et le droit à des procès justes et indépendants devant des tribunaux civils », a indiqué le président américain dans un communiqué de presse.

Céline Tabou


Kanalreunion.com