Moyen-Orient et Afrique du Nord

Paris encore dépassé par les événements

Une semaine de manifestations en Égypte

Manuel Marchal / 31 janvier 2011

Après la chute du président de la Tunisie, c’est le régime qui vacille en Égypte. En France, la seule réaction du chef de l’État est de plaider pour une solution pacifique. Manifestement, Paris est totalement dépassé par les événements. Comme en Tunisie, le gouvernement n’a rien vu venir.

Une secrétaire d’État convoquée par le Premier ministre pour avoir demandé le départ d’Hosni Moubarak, un président de la République qui plaide pour un changement pacifique alors que la répression a déjà tué plus de 100 manifestants, décidément la France est totalement dépassée par les événements qui ont lieu en Égypte, comme en Tunisie, le gouvernement n’a rien vu venir.
Selon le journal norvégien "Aftenposten" informé par WikiLeaks, l’agence US de développement a arrosé l’opposition égyptienne de dizaines de millions de dollars par an. C’est ce qui était officiellement appelé un soutien à des opérations de promotions de la démocratie. Ce soutien était mal vu par le pouvoir égyptien, à un point tel qu’un membre du gouvernement égyptien a demandé à l’agence US d’arrêter ce soutien.
Par rapport au milliard de dollars versés par les USA pour subventionner l’armée égyptienne, des dizaines de millions peuvent sembler une goutte d’eau, mais ils ont pu largement financer la structuration d’une opposition qui a pris le chemin de la rue depuis une semaine.
Devant l’accélération des événements, la diplomatie française semble dépassée. Elle se limite à appeler à négocier. Quant au président de la République, il condamne toutes les formes de violence. Venant de la part du dirigeant d’un pays qui a coupé des milliers de têtes durant sa Révolution, une telle remarque interpelle. Tout comme en Tunisie, les manifestations d’Égypte visent à renverser un ordre inégalitaire, qui peut être comparé à l’Ancien Régime en France, avec ses pauvres et ses privilégiés.
Cela fait des dizaines d’années que les pouvoirs se maintiennent en s’appuyant sur une répression féroce, comment dire alors à des manifestants qui sont sous le feu de tirs à balles réelles de négocier sans violence ? Une telle prise de position montre combien le gouvernement est dépassé par les événements. Pour leurs parts, les États-Unis préparent l’évacuation de tous leurs ressortissants.

 M.M. 


Au moins 100 morts dans les manifestations

Les heurts sont de plus en plus sanglants. Plus de 100 personnes ont trouvé la mort en Égypte depuis le début des manifestations hostiles au Président Hosni Moubarak, selon les bilans établis par des sources médicales. Ces chiffres n’ont cependant pas été confirmés par les autorités.
Les manifestants ont bravé le couvre-feu samedi dans tout le pays. Dans le gouvernorat de Beni Souef, au Sud du Caire, la police a abattu 17 personnes qui tentaient de s’attaquer à deux commissariats de police, et huit personnes ont été tuées dans les manifestations. Huit autres ont été tuées dans des affrontements qui ont entouré une tentative d’évasion à la prison d’Abou Zaabal au Caire.
L’armée appelée en renfort a, de son côté, appelé la population à se protéger des pillages. Des comités de quartier, armés de gourdins et de barres de fer, se sont constitués pour protéger la population des pillards dévalisant les commerces, vandalisant les maisons et semant la terreur.


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