Moyen-Orient et Afrique du Nord

Un bain de sang comme commémoration de 1973

Graves violences en Égypte

Céline Tabou / 8 octobre 2013

Près de 50 personnes sont décédées suite à des heurts entre la police et des manifestants pro-Morsi. Ces évènements sont survenus lors du 40ème anniversaire de la guerre israélo-arabe de 1973.

La parade militaire pour célébrer la victoire du 6 octobre 1973, lorsque les armées égyptiennes et syriennes ont attaqué l’armée israélienne dans le Sinaï et le Golan, a entrainé une vague de violence dans la capitale dimanche.

A l’occasion de cet anniversaire, des avions ont dessiné dans le ciel un cœur de fumée, symbole de l’amour entre le peuple et les militaires, a relaté l’“Agence France Presse”. Au moment même où l’armée continue à jouer un rôle central dans le gouvernement de transition.

Les policiers chargent durement

Tout au long de la journée, le slogan « Le peuple, l’armée, une seule main » a été scandé sur la place Tahrir par la population. De nombreuses personnes portaient le portrait du nouvel homme fort de l’Égypte, le général Abdel Fatah al Sissi. Cependant, bravant l’interdiction du Ministère de l’Intérieur, la plupart des partisans de Mohamed Morsi se sont dirigés vers la célèbre place afin de dénoncer ce qu’ils appellent « un coup d’Etat ».

Près d’une cinquantaine de personnes ont perdu la vie dans des affrontements entre les pro-Morsi et les policiers armés. Les manifestants ont été dispersés par des grenades lacrymogènes, des chevrotines et, parfois, des rafales d’armes automatiques dès que leurs rassemblements grossissaient, ont constaté des journalistes de l’“AFP”.

Dans un communiqué de presse, le Ministère de l’Intérieur a accusé les manifestants d’avoir ouvert le feu sur les forces de l’ordre et vandalisé des biens publics au Caire, contraignant alors les policiers à « intervenir ». Plus de 420 personnes ont été arrêtées dans la capitale, selon les autorités.

L’armée maintient le cap

Mohamed Morsi, membre des Frères musulmans, a été le premier chef de l’Etat égyptien élu démocratiquement. Ce dernier a été destitué et arrêté le 3 juillet par l’armée pour avoir radicalisé son pays, ont dénoncé les anti-Morsi. Par la suite, l’armée a mis en place un gouvernement de transition et promis des élections en 2014.

De leur côté, les partisans des Frères musulmans veulent le retour de Mohamed Morsi.

Le général Sissi, accompagné du président par intérim Adly Mansour et du Premier ministre jordanien Abdallah Nsour, ont assisté aux feux d’artifice célébrant ce 6 octobre. Le général Sissi a réaffirmé : « L’armée, la police et le peuple sont ensemble, main dans la main... Nous protégerons l’Égypte, le peuple égyptien et la volonté des Égyptiens ».

De son côté, le Premier ministre Hazem Beblawi a appelé à l’unité du peuple égyptien, ajoutant que le pays était en voie de rétablissement. « Alors que nous traversons ces moments critiques, tous les Égyptiens devraient rester ensemble, être confiants et optimistes pour le futur », a-t-il déclaré lors d’une allocution télévisée.

L’Alliance contre le coup d’Etat, dirigée par les Frères musulmans, a appelé à d’autres manifestations, car ils tiennent « les autorités responsables du coup d’Etat et les militaires entièrement responsables de tout ce sang égyptien qui est répandu en ce moment, et pour chaque Égyptien qui a été tué aujourd’hui », a déclaré l’organisation dans un communiqué.

Céline Tabou

Les inquiétudes prémonitoires de l’ONU

Le jour des manifestations, l’ONU avait diffusé ce communiqué :

Avant les manifestations annoncées en Égypte pour marquer un jour férié, ce dimanche, le Secrétaire général souligne l’importance de manifestations pacifiques, du respect de la liberté de réunion et de l’engagement en faveur de la non-violence. Il exprime aussi sa préoccupation face à la gravité de la violence qui a eu lieu aujourd’hui au Caire.

Le Secrétaire général ne cesse de souligner la nécessité d’inclure tout le monde dans le processus politique et de respecter pleinement les droits de l’Homme, y compris ceux des détenus, et l’état de droit, comme le fondement d’une transition démocratique et pacifique. Ce sont là les principes en faveur desquels les autorités égyptiennes se sont elles-mêmes engagées dans la feuille de route qu’elles ont établie.


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