Moyen-Orient et Afrique du Nord

Vent de révolte libertaire en Syrie

Malgré une sévère répression

Céline Tabou / 30 mars 2011

La République arabe syrienne est en proie à des mouvements de protestations, depuis le 15 mars. Ces protestations pourraient « démanteler la Syrie » selon le directeur des "Cahiers de l’Orient", Antoine Sfeir.

La contestation a débuté à Derra, ville syro-jordanienne à Deraa, à la frontalière sur la route entre Damas et Amman. Cette ville est abritée par des minorités, Arméniens, Kurdes et Turkmènes, ce qui a très probablement mis le feu aux poudres a indiqué Antoine Sfeir. Cependant, les violentes émeutes qui ont éclaté le 26 mars ont poussé Bachar Al-Assad a s’exprimé devant ses opposants mais également ses sympathisants qui font entendre leurs voix depuis quelques jours.

« Liberté »

Les opposants demandent la libération des milliers de détenus politiques, la levée immédiate de l’état d’urgence, l’établissement des libertés d’expression et de réunion et la fin de l’arbitraire de la toute puissante sécurité d’Etat.
Centre de la contestation, les manifestants morts à Deera ont été honorés, jeudi 24 mars lors que plus de 20.000 personnes ont défilé dans les rues pour leurs funérailles. Les autorités syriennes ont affirmé le jour même qu’elles envisageaient l’annulation de l’état d’urgence. Bachar al-Assad a également promis des mesures anti-corruption et annoncé des libérations.
La mosquée al-Omari, qui était devenue le quartier général de la contestation, a été évacuée par les services de sécurité qui en ont pris le contrôle, jeudi 24 mars. Le lendemain, des milliers d’opposants ont manifesté à Damas, à Hama, plus au nord, et de nouveau à Deraa, au sud de la capitale. Scandant « Liberté » et « Par notre âme et notre sang, nous nous sacrifierons pour toi, martyr », le président Bachar al-Assad a réprimé la contestation. L’intervention de forces de police a fait une quarantaine de morts depuis une semaine.

La confrontation médiatique démarre

Dans un communiqué publié vendredi 25 mars sur Facebook, cité par Europe 1, « l’Union de la jeunesse syrienne » a appelé « le président Bachar al-Assad et les membres de son régime à démissionner » et à la mise en place d’un « gouvernement de transition formé de toutes les composantes du peuple ».
Pour sa part, "Al-Baas", quotidien du parti au pouvoir, affirme que « la Syrie a célébré jeudi la journée de la dignité » avec des photos des manifestations pro-Assad en appui. « Certains ont tenté de profiter des revendications légitimes des habitants de Deraa pour utiliser les citoyens afin de perpétrer leurs plans criminels et suspects. Mais le véritable Deraa a refusé », a ajouté le quotidien.
Pour Antoine Sfeir, les revendications des minorités de Deera se sont ajoutées aux revendications transversales des mouvements de contestations précédents en Tunisie, en Egypte ou en Libye. Le directeur des Cahiers d’Orient pose la question d’un élargissement de la contestation. « Il ne faut pas oublier que tous les pays du Moyen-Orient ont été constitués sur la base du partage des territoires entre Français et Britanniques définis lors des accords Sikes-Picot en 1916 et non sur des notions de peuple. Et des troubles en Syrie pourraient amener un éclatement du pays où aujourd’hui différentes peuples coexistent ».

Le gouvernement devrait démissionner

Selon un haut responsable à Damas, le gouvernement du premier ministre Naji Otri, en place depuis 2003, devrait démissionner d’ici quelques jours. Cette annonce intervient après des émeutes qui ont fait 13 morts et 185 blessés ce week-end dans la ville portuaire de Lattaquié. Face un bilan humain qui s’alourdit, environ 130 personnes auraient été tuées selon des militants et des ONG contre une trentaine selon le régime, Bachar Al-Assad a décidé de prendre la parole après l’appel du Parlement, dimanche 27 mars. Ce dernier devrait « expliquer les mesures de démocratisation promises et a observé une minute de silence en témoignage de respect aux martyrs tombés », selon les termes d’un député syrien cité par "Le Figaro".
Le président devrait lever l’état d’urgence, en vigueur depuis 1963, qui interdit toute manifestation d’opposition au régime, ainsi que la fin d’une série de restrictions aux droits civiques, et confirmer la démission de son cabinet. Du côté des pro-Al-Assad, fonctionnaires et membres des syndicats contrôlés par le parti Baas au pouvoir ont manifesté dans les rues de Damas et fustigeaient à coup de slogans les contestataires qui demandent depuis maintenant deux semaines une démocratisation du régime.

Céline Tabou


Kanalreunion.com