Nouvelles d’Afrique

Burundi : L’UPRONA sort du gouvernement

Droits humains

Témoignages.re / 7 février 2014

La FIDH et la Ligue ITEKA s’inquiètent du climat politique et sécuritaire délétère qui prévaut au Burundi et des restrictions accrues de l’espace démocratique dans ce pays. À un an des élections générales, et pour garantir la tenue d’un processus transparent, crédible et sécurisé, nos organisations appellent les autorités burundaises à faire preuve de responsabilité en respectant strictement leurs obligations en matière de droits et libertés fondamentales. Voici leur communiqué :

PARIS, France, 7 février 2014/African Press Organization (APO)

« La crise politique et institutionnelle que connaît notre pays résulte en partie du durcissement des positions des partis politiques burundais. À un an des élections générales de 2015, les tensions entre les différentes formations politiques, sur fond de défis sécuritaires toujours plus importants, et de restrictions accrues des libertés fondamentales, ne sont pas de nature à créer les conditions d’un processus électoral crédible et sécurisé. Les responsables politiques doivent impérativement jouer la carte de l’apaisement et du dialogue transparent et inclusif pour éviter que notre pays ne replonge dans les sombres heures de son histoire » a déclaré Joseph Ndayizeye, Président de la Ligue ITEKA.

Les tensions politiques perceptibles depuis plusieurs mois au Burundi ont connu un tournant majeur avec la récente démission des membres du parti UPRONA représentés au sein du gouvernement. Ces démissions sont intervenues en guise de protestation contre la révocation, par le Ministre de l’intérieur, du Président du parti UPRONA, M. Charles Nditije et la destitution, par le Président de la République, du Premier Vice-Président, M. Bernard Busokoza, également représentant de l’UPRONA. Seul parti de l’opposition, aux côtés du FRODEBU NYAKURI, à n’avoir pas boycotté les élections générales de 2010, l’UPRONA comptait ainsi quatre représentants au sein du gouvernement, dont trois ministres et un premier Vice-Président et il est aujourd’hui le deuxième parti le mieux représenté à l’Assemblée nationale. Des lignes de fractures sont apparues entre UPRONA et le parti au pouvoir CNDD-FDD, en particulier quand il s’est agi de débattre autour des questions liées à la réforme de la Constitution ou à la révision de la loi portant fonctionnement et composition des membres de la Commission Terre et autres biens (CNTB).

Cette rupture s’inscrit dans un contexte d’enlisement du dialogue entre acteurs politiques de la mouvance présidentielle et ceux de l’opposition. En dépit du retour d’exil de presque tous les leaders de l’opposition et de l’adoption d’une « feuille de route pour la tenue des élections inclusives, transparentes, libres et justes en 2015 », l’absence d’un processus effectif de concertation autour de la réforme de la Constitution, dont certains craignent qu’elle ne vise qu’à permettre à Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat présidentiel, ou encore les dénonciations répétées des partis d’opposition face aux entraves multiples à leur liberté d’action, sont de nature à compromettre la mise en œuvre des dispositions de la feuille de route.

De même, des inquiétudes demeurent quant à la dégradation de l’environnement sécuritaire et en particulier aux actes de violence commis, en toute impunité, par les jeunes Imbonerakure, proches du parti présidentiel. Leurs exactions, qui toucheraient plusieurs provinces et seraient parfois perpétrées avec la complicité des forces de l’État, viseraient surtout, mais pas uniquement, les personnes perçues comme étant proches de l’opposition et se matérialiseraient sous diverses formes : agressions, actes d’intimidation, perception de taxes illégales, perturbation de réunions politiques. Les affrontements violents survenus le 6 octobre 2013 entre les jeunes Imbonerakure et les jeunes du parti d’opposition MSD, illustrent ces tensions.

Ce climat politique et sécuritaire alarmant s’accompagne d’une réduction accrue de l’espace démocratique au Burundi. La promulgation, le 4 juin 2013, d’une nouvelle loi sur la presse restreignant d’autant plus la liberté d’action des journalistes, en ce qu’elle limite la protection de leurs sources ou encore les sujets qu’ils sont autorisés à traiter, constitue un des exemples récents de ce durcissement opéré par les autorités. De même, le projet de loi sur les associations qui octroie, en l’état actuel, des pouvoirs importants au Ministre de l’Intérieur pour tout ce qui relève de l’organisation des associations, qui prévoit des mesures plus contraignantes pour l’obtention d’agréments et facilite les mesures de dissolution des associations par les autorités, est source d’inquiétudes. Par ailleurs, la radiation, survenue le 28 janvier 2014, du Bâtonnier de Bujumbura, Me. Isidore Rufyikiri, qui s’était démarqué par ses prises de position contre le projet de réforme constitutionnelle, ou encore contre l’absence d’indépendance des juges et des magistrats, confirme cette tendance des autorités burundaises à vouloir museler toutes les voix contestataires.

Pour Dismas Kitenge, Vice Président de la FIDH « [L]es autorités burundaises semblent déterminées à refuser toute forme de contradiction, et dans un contexte pré-électoral, c’est toujours sources de vives inquiétudes. Il importe de remettre le Burundi sur les rails de l’État de droit. Cela passe par une réponse appropriée permettant de remédier rapidement au climat de défiance, d’insécurité et de restriction que traverse actuellement ce pays ».

La FIDH et la Ligue ITEKA rappellent aux autorités burundaises qu’aux termes des dispositions de la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, elles sont dans l’obligation de garantir le plein respect des droits et libertés fondamentales, de lutter contre les actes de violences et de s’assurer que leurs auteurs soient poursuivis devant les juridictions compétentes, tout en garantissant l’indépendance et l’impartialité des tribunaux et cours de justice.

Alors qu’il doit bientôt se prononcer sur le renouvellement du mandat du BNUB, la FIDH et la Ligue ITEKA appellent le Conseil de Sécurité des Nations Unies à s’assurer du maintien d’une présence forte de l’ONU au Burundi. Nos organisations appellent par ailleurs les autorités burundaises à soutenir la requête formulée par le Secrétaire général en faveur d’un renouvellement du mandat du BNUB, étant entendu qu’une telle présence, en amont et tout au long d’un processus électoral à risques, contribuerait à apaiser les tensions et à prévenir les risques de violences.

Voir en ligne : http://appablog.wordpress.com/2014/...


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