Nouvelles d’Afrique

Droits des femmes en Afrique : 18 pays n’ont toujours pas ratifié le protocole de Maputo !

Droits humains

Témoignages.re / 15 juillet 2013

À la veille du 10ème anniversaire de l’adoption du Protocole à la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples sur les droits des femmes en Afrique (Protocole de Maputo), la Coalition de la campagne L’Afrique pour les droits des femmes : Ratifier et Respecter réitère son appel à la ratification continentale de cet instrument majeur du système africain de protection des droits et à la mise en œuvre effective de ses dispositions.

Adopté le 11 juillet 2003 pour compléter et renforcer les articles de la Charte africaine relatifs à la protection et à la promotion des droits des femmes, le Protocole de Maputo est un texte de référence majeur. Ses dispositions en matière de droits civils et politiques, d’intégrité physique et psychologique, de santé sexuelle et reproductive, de non-marginalisation ou encore d’émancipation économique, symbolisent l’engagement des États africains à mettre un terme aux discriminations, aux violences et aux stéréotypes de genre à l’encontre des femmes.

« L’adoption du Protocole de Maputo a été un moment extraordinaire, historique pour la réalisation des droits des femmes africaines. Aujourd’hui, ce texte constitue un modèle et une source inépuisable d’inspiration. À condition d’être ratifié et pleinement mis en œuvre, il représente un véritable instrument d’action en faveur de la transformation durable de nos sociétés » a déclaré Me. Soyata Maiga, Rapporteure spéciale de la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples (CADHP) sur les droits des femmes en Afrique.

36 des 54 États membres de l’Union africaine (UA) sont désormais parties au Protocole, un taux de ratification qui constitue une véritable victoire pour celles et ceux qui n’ont eu cesse de se mobiliser dans ce sens. Par ailleurs, dans plusieurs pays, des mesures législatives ou institutionnelles, telles que des lois réprimant les auteurs de violences sexuelles (Kenya, Liberia), criminalisant les violences domestiques (Ghana, Mozambique), interdisant les mutilations génitales féminines (Ouganda, Zimbabwe) ou encore instituant des mécanismes de promotion des droits des femmes (Côte d’Ivoire, Sénégal), ont accompagné ces ratifications.

Malgré ces quelques avancées notoires, plusieurs obstacles à la pleine réalisation des droits des femmes persistent sur le continent. 18 États (Algérie, Botswana, Burundi, Égypte, Érythrée, Éthiopie, Madagascar, Maurice, Niger, Sierra Leone, Sao Tomé et Principe, République Centrafricaine, République arabe sahraouie démocratique, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Sud Soudan, Tunisie) ne sont toujours pas parties au Protocole, alors même que dans plusieurs d’entre eux – dont le Soudan, la République centrafricaine ou encore l’Égypte, qui sont encore aujourd’hui en proie à des situations de crises politiques graves ou de conflits armés – les femmes continuent d’être les principales cibles de violences, discriminations et stigmatisations.

Pour Sheila Nabachwa, Vice Présidente de la FIDH et Directrice adjointe des Programmes de Foundation for Human Rights Initiative (FHRI – Ouganda), « les États non parties au Protocole doivent comprendre que, aujourd’hui, la tendance va clairement dans un tout autre sens. 10 ans après l’entrée en vigueur du Protocole, il est temps que ces États le ratifient et qu’ils acceptent que la garantie et la protection des droits fondamentaux des femmes ne peuvent plus souffrir de considérations ou prétextes politiques, culturels ou religieux ».

Dans les États parties, plusieurs des droits garantis par le Protocole, voire par les lois de mise en œuvre, peinent à être pleinement respectés. En RDC, en Guinée-Conarky, au Mali, des milliers de femmes victimes de violences sexuelles continuent de réclamer justice et réparation ; en Ouganda, elles attendent encore que l’égalité des droits au sein de la famille soit reconnue ; au Nigeria elles attendent que leur droit à la propriété devienne une réalité.

« L’adoption du Protocole de Maputo par les États africains a constitué une avancée formidable d’un point de vue juridique ; sa mise en œuvre effective doit désormais symboliser le respect des obligations auxquelles ces États ont librement consenti » a déclaré Mabassa Fall, Représentant de la FIDH auprès de l’Union africaine.

En ce dixième anniversaire du Protocole de Maputo, la Coalition de la Campagne « L’Afrique pour les droits des femmes : ratifier et respecter », tient à saluer la détermination et le courage des femmes et des hommes qui militent sans relâche pour que les droits garantis par cet instrument ne soient plus sacrifiés sur l’autel des discriminations. Notre Coalition note à cet égard avec inquiétude les attaques répétées, dans plusieurs pays, à l’encontre des femmes militantes, phénomène qui doit être pris au sérieux et auquel les États doivent répondre sans délais. La Coalition de la campagne appelle l’ensemble des acteurs nationaux, régionaux et internationaux à se joindre aux efforts considérables déployés au quotidien en faveur de la ratification et du respect du Protocole de Maputo.

PARIS, France, 10 juillet 2013/African Press Organization (APO)

Voir en ligne : http://appablog.wordpress.com/2013/...


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