Nouvelles d’Afrique

Oxfam et ACF pour une réforme radicale de la lutte contre la faim

Suite à la crise alimentaire de 2012 au Sahel

Témoignages.re / 19 avril 2013

Dans un nouveau rapport publié mardi, Oxfam et Action Contre la Faim affirment que l’ensemble des acteurs humanitaires et de développement doivent profondément changer leur façon de gérer les crises alimentaires dans la région et aider les communautés à mieux se préparer aux situations d’urgence récurrentes.

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PARIS, France, 16 avril 2013/African Press Organization (APO)

L’intervention humanitaire face à la crise alimentaire de 2012 au Sahel a été plus importante et plus efficace que lors des crises précédentes. Il n’en demeure pas moins que des millions de personnes n’ont pas reçu l’assistance nécessaire et restent à ce jour vulnérables. Plus de 5 millions de personnes ont reçu une aide alimentaire du Programme alimentaire mondial, et les enfants soignés contre la malnutrition ont été plus nombreux que jamais : la moitié des enfants soignés pour malnutrition dans le monde l’an dernier étaient des enfants du Sahel. Cependant, 5,6 millions de personnes n’ont pas reçu les semences et les outils nécessaires pour effectuer les plantations en préparation de la prochaine récolte.

Dix millions de personnes menacées

Le rapport intitulé « Sahel : quelles leçons tirées ? », qui évalue la qualité de l’intervention humanitaire en 2012, est publié alors que la menace de la faim plane encore sur dix millions de personnes dans la région et que cinq millions d’enfants continuent de souffrir de malnutrition. Les inondations qui ont endommagé les récoltes au Nigeria, pays exportateur de denrées alimentaires, ajoutent aux difficultés et les experts ont estimé, la semaine dernière, que la sécurité alimentaire dans le nord du Mali a désormais atteint le « niveau de crise ».

Pour Oxfam et Action Contre la Faim, la communauté internationale et les autorités nationales doivent mieux comprendre qui sont les plus vulnérables en cas de crise alimentaire et pourquoi, mais aussi décloisonner les interventions humanitaires et celles de développement, et investir davantage dans les administrations et les organisations locales et nationales, mieux à même de réagir aux crises.

« Nous pouvons dire avec raison que la réponse à la crise alimentaire a été plus importante et plus efficace qu’auparavant, mais nous aurions tort de penser qu’elle l’était assez, » affirme David Macdonald, directeur régional d’Oxfam. « L’autosatisfaction est très dangereuse. Nous devons commencer par reconnaître que la crise n’est pas encore terminée. Des millions de familles défavorisées peinent encore à acheter de quoi manger à leur faim face aux prix alimentaires qui restent élevés et aux violences armées qui continuent de perturber les marchés de la région. Nous devons changer radicalement la façon dont nous gérons ces crises récurrentes pour sauver des vies et permettre aux populations de mieux résister à ce cycle de la faim. »

Des fonds manquants

La crise alimentaire de 2012 a menacé plus de 18 millions de personnes dans neuf pays. Elle a mis en danger leur vie et leurs moyens de subsistance, tandis que plus d’un million d’enfants étaient exposés à une malnutrition aiguë.

Selon Oxfam et Action Contre la Faim, des vies ont pu être sauvées grâce à plusieurs facteurs : les systèmes d’alerte précoce ont bien fonctionné ; les États de la région ont eu tôt fait de reconnaître la situation de crise et d’appeler à l’aide ; des donateurs – dont l’Office humanitaire de la Commission européenne (ECHO) – ont débloqué des fonds avec rapidité et générosité ; et les organisations humanitaires sont vite intervenues.

De graves lacunes ont cependant empêché des millions de personnes de recevoir l’aide dont elles avaient besoin. Dans un premier temps, un désaccord sur la gravité de la crise a considérablement retardé l’intervention et 50% des fonds manquaient encore au moment où la crise atteignait son paroxysme. Malgré un engagement plus énergique des États de la région, ils n’avaient toujours pas les moyens de piloter la réponse à la crise.

2013 année décisive

Selon le rapport, 2013 est une année décisive pour la mise en place d’un nouveau et meilleur modèle de lutte contre la faim par un renforcement de la résilience des populations de la région, leur permettant de résister ou même de s’épanouir en dépit des chocs extérieurs comme des sécheresses. Ces mesures sont essentielles dans une région sahélienne structurellement fragile. « Chaque année dans de nombreuses zones du Sahel, rappelle François Danel, Directeur Général d’Action contre la Faim, les taux de malnutrition aiguë sévère dépassent le seuil d’urgence fixé par l’OMS. Cette année encore, malgré les bonnes récoltes de 2012, l’insécurité alimentaire persiste dans la région, et plus de 10 millions de personnes demeurent dans l’insécurité alimentaire. »

Afin de s’attaquer aux causes profondes de ces vulnérabilités et de réduire l’impact de crises alimentaires et nutritionnelles aussi dramatiques que coûteuses, il est essentiel de travailler sur la résilience. Ce rapport ne se contente pas de tirer les leçons immédiates de la crise de 2012 ; il appelle aussi à accroître les investissements dans l’agriculture paysanne, les réserves alimentaires et les programmes de protection sociale, ainsi qu’à intensifier les efforts de prévention et de traitement de la malnutrition.

Voir en ligne : http://appablog.wordpress.com/2013/...


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