Nouvelles d’Afrique

Route mortelle pour les enfants : le périple migratoire de l’Afrique du Nord à l’Europe

Rapport de l’UNICEF

africanpressorganization / 1er mars 2017

L’UNICEF demande la mise en place d’un plan d’action en six points pour préserver la sécurité des enfants migrants et réfugiés. Les enfants et les femmes migrants et réfugiés sont régulièrement victimes de violence sexuelle, d’exploitation, de mauvais traitements et de détentions tout au long de la route migratoire de la Méditerranée centrale entre l’Afrique du Nord et l’Italie, avertit l’UNICEF dans un nouveau rapport.

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Des enfants déplacés par le conflit ont trouvé refuge dans un campement de fortune dans l’ouest d’Alep, en Syrie. Photo UNICEF/Khuder Al-Issa

Un périple meurtrier pour les enfants : sur la route de la Méditerranée centrale offre une analyse détaillée des risques extrêmes auxquels font face les enfants réfugiés et migrants lors de leur périlleux voyage de l’Afrique subsaharienne à travers la Libye, pour rejoindre l’Italie par la mer. Les trois quarts des enfants réfugiés et migrants interrogés dans le cadre d’une enquête ont déclaré avoir subi des violences, harcèlements ou agressions de la part d’adultes à un moment de leur périple et près de la moitié des femmes et des enfants interrogés ont affirmé avoir été victimes d’abus sexuels au cours de leur migration, souvent à plusieurs reprises et à différents endroits.

L’an dernier, au moins 4 579 personnes ont perdu la vie en essayant de franchir la Méditerranée depuis la Libye, soit un décès pour 40 tentatives de traversée. On estime que les enfants comptent pour au moins 700 de ces morts.

« La Méditerranée centrale entre l’Afrique du Nord et l’Europe compte parmi les routes migratoires les plus mortelles et dangereuses pour les enfants et les femmes », explique Afshan Khan, Directrice régionale de l’UNICEF et coordonnatrice spéciale pour la crise des réfugiés et migrants en Europe. « Cette route est en grande partie sous le contrôle de passeurs, de trafiquants et d’autres personnes qui cherchent à s’en prendre à des enfants et des femmes désespérés simplement en quête d’asile ou d’une vie meilleure. Nous avons besoin de voies de migration sécurisées et légales et de moyens de sauvegarde des enfants migrants pour les protéger et éloigner les prédateurs. »

Les données récentes d’une enquête menée auprès de femmes et d’enfants migrants en Libye à la fin de l’année 2016 montrent le niveau effroyable des abus commis tout le long de cette route migratoire. Au moment de l’enquête, 256 000 migrants étaient enregistrés en Libye, dont 30 803 femmes et 23 102 enfants, non accompagnés pour un tiers d’entre eux. On estime toutefois que les chiffres réels sont au moins trois fois plus élevés.

La plupart des enfants et des femmes ont indiqué avoir payé des passeurs au début de leur voyage ; s’étant engagés à financer leur voyage au fur et à mesure, nombre d’entre eux se sont endettés et retrouvés vulnérables face aux abus, aux enlèvements et au trafic.

Les femmes et les enfants ont également dénoncé les conditions difficiles et la surpopulation, notamment le manque de nourriture et d’abris adaptés, des centres de détention libyens dirigés par le gouvernement comme par les milices armées.

« Les enfants ne devraient pas être contraints de placer leur vie dans les mains de passeurs, faute d’alternative », affirme A. Khan. « Nous devons trouver une réponse mondiale aux facteurs de migration et travailler ensemble pour instaurer un système solide permettant un passage sûr et légal pour les enfants en déplacement, qu’ils soient réfugiés ou migrants. »

L’UNICEF a mis au point un plan d’action en six points en faveur des enfants déracinés :

  • Protéger les enfants réfugiés et migrants, notamment les enfants non accompagnés, face à l’exploitation et la violence ;
  • Mettre fin à la détention des enfants demandant le statut de réfugié ou migrants en introduisant un ensemble de pratiques alternatives ;
  • Ne pas séparer les familles, le meilleur moyen pour protéger les enfants et leur donner un statut juridique ;
  • Poursuivre l’éducation de tous les enfants réfugiés et migrants et leur donner accès à des services de santé et à d’autres services de qualité ;
  • Exiger des mesures de lutte contre les causes profondes des mouvements à grande échelle de réfugiés et de migrants ;
  • Promouvoir des mesures de lutte contre la xénophobie, la discrimination et la marginalisation dans les pays de transit et de destination.

L’UNICEF exhorte les gouvernements et l’Union européenne à soutenir et adopter ce plan d’action.

Depuis le début des interventions, à la fin de 2015, l’UNICEF n’a eu de cesse de répondre aux besoins des enfants en déplacement, bloqués, ou qui demandent l’asile en Europe. Cela inclut notamment la fourniture d’un grand nombre de services à 182 500 enfants réfugiés et migrants. L’agence de défense des enfants étend également son programme méditerranéen en Grèce et en Italie pour soutenir les gouvernements dans l’amélioration des services de réunification et de protection de l’enfance.

Malgré les obstacles opérationnels en Libye, l’UNICEF et ses partenaires poursuivent leurs efforts pour répondre aux besoins humanitaires et de protection des enfants les plus vulnérables du pays, y compris les enfants réfugiés et migrants, au travers des municipalités, avec lesquelles l’UNICEF a signé des protocoles de coopération en avril 2015.