Outre-mer

« Conflit dans l’île de Maré : lorsque le gouvernement joue la carte… du non-apaisement ! »

Sur le blog de Pierre Vergès

Témoignages.re / 10 août 2011

Les violences de samedi sur Maré ont opposé un collectif d’usagers de la compagnie aérienne Aircal (Air Calédonie) à un autre collectif, originaire du district de Guahma, dont le chef, Nidoish Naisseline, est également le président d’Aircal. Les revendications tournaient autour du prix des billets d’avion. Le conflit a dégénéré. Bilan provisoire : 4 morts et 23 blessés

Depuis samedi, l’île de Maré (Calédonie) est donc sous le feu de l’actualité. Un conflit basé au départ sur l’augmentation du prix du billet d’avion qui a dégénéré.
Depuis, chacun y va de son hypothèse, de ses spéculations et de ses analyses.

Le syndicat USTKE (Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités) avait lancé un mot d’ordre de grève générale de 24 heures en mai dernier pour dénoncer « le refus du dialogue social au sein de l’entreprise et la remise en cause des libertés syndicales ».
Il précisait ceci :
« A plusieurs reprises, les camarades grévistes présents devant l’entreprise se sont faits déloger par les forces de l’ordre alors qu’il n’y avait aucune entrave au service public et la libre circulation (…). 

Une fois de plus, la réponse de l’État a été la répression policière avec attaque violente des forces de l’ordre, gendarmes mobiles et GIPN contre les militants, la criminalisation du droit syndical et de l’exercice du droit de grève. 

Nous dénonçons les propos et l’attitude du délégué du gouvernement qui qualifie l’action syndicale de banditisme et l’USTKE de preneur d’otages ».

Des militants avaient été placés en garde à vue. Déjà, en 2009, toujours pour un conflit d’Air Calédonie, des syndicalistes avaient été condamnés à de la prison ferme.
L’USTKE s’était dès le début de conflit version 2011 adressé à tous et appelé « l’ensemble des acteurs institutionnels, gouvernement et Congrès » à « engager rapidement les discussions et négociations avec le Collectif des usagers pour créer les conditions permettant un règlement du conflit et une reprise de l’activité de la compagnie ».
L’appel est resté vain. D’où cette analyse de la situation : « Agression contre les usagers en colère par une milice patronale ».

Pour le représentant de l’État en Calédonie, le haussaire (haut commissaire), il s’agit d’un « affrontement entre tribus rivales ».
Vraisemblablement, il s’agit d’un peu des deux.

En effet, le PDG d’Aircal, originaire de Maré, est l’une des figures historiques du combat indépendantiste kanak. Marxiste de formation, fondateur du LKS, élu territorial, il est aussi chef coutumier d’une des tribus.
Mais peut-être aussi des considérations religieuses : une partie de Maré étant protestante et l’autre catholique.
Alors, est-ce pour cela que Marie-Luce Penchard a proposé une « médiation religieuse » ?

Mais selon l’anthropologue et sociologue Alban Bensa, proche de la philosophie du leader indépendantiste Jean-Marie Tjibaou, « les événements du week-end sont le symbole du malaise qui règne sur l’île », d’où « l’inquiétude du gouvernement ».
Mais fallait-il pour autant mobiliser des centaines de gendarmes et de soldats ?
Le malaise est réel. La pauvreté est immense, la vie est chère. Le chômage est extrêmement important. Les bidonvilles sont nombreux.

Le colonialisme est-il vraiment mort ?

La paix sociale ne peut exister quand la majorité des enfants sont exclus de tout. A qui la faute ? Ne serait-ce pas à l’État français, resté un brin colonialiste ?
En mettant l’accent sur le caractère « tribal » du conflit, le gouvernement ne joue-t-il pas la carte de la division ?
N’est-il pas en train de tenter de discréditer une revendication légitime ?

Non seulement le respect des Accords de Nouméa (qui prévoit, entre 2014 et 2018, un référendum d’autodétermination), mais surtout la revendication d’un peuple qui veut l’amélioration de son pouvoir d’achat, demande la priorité d’emploi pour ses enfants, une véritable politique de formation et d’insertion des jeunes, l’accès aux postes à responsabilités en faveur des natifs.
Après, on peut, certes, s’interroger sur la fiabilité financière d’Aircal. Cette compagnie n’a que de petits avions pour faire la navette entre les îles Loyauté et Nouméa. Depuis des années, elle explique subir un déficit aussi chronique que colossal et on lui reproche d’offrir des prestations trop chères pour des usagers captifs.

Et le différend foncier qui oppose plusieurs clans n’a jamais été résolu. Personne ne semble en avoir voulu la fin : « C’est un problème coutumier et non seulement économique ou de desserte aérienne », expliquait la ministre.
Et pour finir, une interrogation : comment Nicolas Sarkozy envisage-t-il son voyage en Nouvelle-Calédonie, du 26 au 28 août, à l’occasion des Jeux du Pacifique ? Que va-t-il bien pouvoir dire ? Ou promettre ?

Quand on lit le titre de certaines dépêches ou d’articles, on se dit que le gouvernement semble vouloir garder la main mise sur le territoire.
Cet argument peut être avancé tout simplement parce que l’île est l’un des premiers producteurs de nickel du monde.

Ce qu’a parfaitement compris le Front national qui estime que les faits « démontrent, s’il en était encore besoin, les limites et dangers d’un processus d’autodétermination forcé ».
Le Front national considère que « le retour à la raison, c’est-à-dire le maintien de la Calédonie dans la France, est la seule possibilité pour les Calédoniens de vivre un avenir partagé dans la paix et la prospérité ».

D’où ma question : le colonialisme est-il vraiment mort ?

Depuis samedi, l’île de Maré (Calédonie) est donc sous le feu de l’actualité.


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