Outre-mer

Prochaine étape logique et décisive : l’inscription des îles Éparses au "Patrimoine mondial naturel" de l’UNESCO

"Plaidoyer pour l’inscription des îles Tromelin, Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India au Patrimoine mondial naturel de l’UNESCO" — 4 —

Témoignages.re / 10 mars 2011

Voici la quatrième et dernière partie de la libre opinion du professeur André Oraison expliquant les raisons pour lesquelles les îles Tromelin, Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India méritent d’être inscrites au "Patrimoine mondial naturel" de l’UNESCO.

Le rattachement des îles Éparses aux TAAF — dont elles forment un cinquième district en vertu d’un arrêté préfectoral du 23 février 2007 — ne fait pas disparaître leurs spécificités. Ces îles constituent en effet une réserve naturelle depuis 1975 dans le cadre d’une politique environnementaliste bien comprise tout en continuant d’être convoitées. À cet égard, il convient de revenir sur les litiges franco-malgache et franco-mauricien sur les îles Éparses : dans l’hypothèse où ces différends reviendraient de manière persistante sur le devant de la scène, la solution la plus logique consisterait à les soumettre au règlement arbitral ou à la Cour de La Haye. Mais il est évident qu’il doit incomber à tout État déclaré souverain à titre définitif sur les îlots de continuer à préserver leur environnement dans l’optique conservationniste retenue par la France. En enrayant sur les îles Éparses la raréfaction des espèces de faune et de flore sauvages et la menace d’extinction qui pèse sur certaines d’entre elles, la France entend jouer un rôle exemplaire en se conformant aux règles toujours plus contraignantes du droit de l’environnement. C’est dire que la protection absolue des îles Éparses est un acquis qui ne saurait être remis en cause par leur changement de statut interne, réalisé par la loi du 21 février 2007. Mais les résultats obtenus sont encore insuffisants. L’actuel statut des îlots n’est pas figé. Des progrès sont encore possibles. Mais lesquels ?

Sur le plan interne, il convient de classer Juan de Nova en réserve naturelle afin de mettre en harmonie le droit et le fait. Notons à ce sujet que sont à l’étude deux projets : un projet de création d’un parc naturel marin aux Glorieuses et un projet de décret classant l’îlot Europa en réserve naturelle nationale. Mais il serait aussi souhaitable que la France retire le plus tôt possible les contingents militaires présents à la Grande Glorieuse, à Juan de Nova et à Europa depuis le 25 novembre 1973, date à laquelle elle a eu le sentiment que Madagascar n’excluait pas à l’avenir le recours à la force armée pour restaurer sa souveraineté sur les îlots du canal de Mozambique. Au plan international, la solidarité est également impérative pour assurer la protection de l’environnement des îles Éparses. Dans le cadre de la Commission de l’Océan Indien, le principe d’une cogestion des îles Éparses et de leur ZEE — décidé le 3 décembre 1999 lors du deuxième Sommet des dirigeants des États membres — pourrait prendre tout son sens. La cogestion de Tromelin décidée par l’accord franco-mauricien du 7 juin 2010 dans le domaine de la protection de l’environnement du récif constitue un progrès indéniable. Cet accord mériterait de servir de modèle afin que les îles Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India fassent également l’objet d’une gestion commune dans des domaines analogues en application d’un traité franco-malgache.

En dernière analyse, les îles Éparses ont vocation à être inscrites au "Patrimoine mondial naturel" de l’UNESCO. Elles mériteraient de se voir attribuer au plan international la qualité de joyaux inviolables présentant "une valeur universelle exceptionnelle" dans la mesure où elles abritent d’importantes colonies d’oiseaux marins lors des périodes cruciales de reproduction et les tortues marines de l’espèce chelonia mydas qui sont déjà au seuil de l’extinction biologique. Dans le bassin occidental de l’océan Indien, les îles Éparses pourraient alors rejoindre deux sanctuaires célèbres répertoriés aux Seychelles : l’îlot corallien d’Aldabra qui abrite la plus grande population de tortues terrestres géantes au monde et la "Vallée de Mai" sur l’île granitique de Pralin où l’on peut admirer les vestiges d’une forêt de palmiers endémiques, constituée par les cocos de mer encore appelés familièrement cocos-fesses. Mais il faut également citer, pour être à jour, les "Pitons, cirques et remparts de La Réunion" qui sont classés depuis le 2 août 2010 par l’UNESCO au Patrimoine mondial de l’humanité, au titre des biens naturels.

Dans l’hypothèse où ce label prestigieux leur serait accordé, les îles Éparses continueraient à être administrées en tant que réserves naturelles par une autorité nationale. Mais elles le seraient alors sous le contrôle d’une instance internationale à la fois incontestable et exigeante : le Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO. Il est certain que l’inscription des îlots au Patrimoine mondial de l’UNESCO aurait des répercussions positives en matière de géopolitique. Cette décision aurait notamment pour effet de rendre moins virulentes — sinon dépourvues d’intérêt pratique — les traditionnelles et officielles revendications malgaches et mauriciennes sur les derniers sanctuaires océaniques et écologiques encore vierges, diversifiés et extraordinaires que constituent dans la zone Sud-Ouest de l’océan Indien le récif de Tromelin, l’archipel des Glorieuses et les îlots Juan de Nova, Europa et Bassas da India.

(Fin)

Par André Oraison, Professeur des Universités


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