Outre-mer

« Si y’a pas toi, y’a pas moi » à Nouméa

Plus de 25.000 personnes participent à une marche contre la violence soutenue par le gouvernement de la Province Sud

Témoignages.re / 13 août 2009

Plus de 25.000 personnes ont défilé dans les rues de Nouméa mercredi matin. À l’origine de cette mobilisation, un collectif citoyen en faveur du « destin commun ». Cette initiative apolitique intervient après les violences et les débordements qui ont émaillé la grève conduite par le syndicat indépendantiste USTKE dans le cadre du conflit à Air Calédonie. À noter que les employeurs des manifestants se sont engagés à leur payer leur demi-journée d’absence…

Dix pour cent de la population dans la rue, la Nouvelle-Calédonie n’avait pas connu pareille mobilisation depuis vingt-cinq ans. Les salariés du privé comme ceux du public ont massivement participé à cette marche, indique Radio-France International, qui poursuit : « Si l’organisation se revendique de la société civile, et donc sans étiquette politique ou syndicale, elle n’en a pas moins reçu un large soutien des partis non-indépendantistes et des organisations patronales. Les commerces et les entreprises de Nouméa ont baissé leurs rideaux le temps de la matinée et surtout les employeurs se sont engagés à payer cette demi-journée d’absence ».

Le député UMP Gaël Yanno était présent à cette marche soutenue par la Droite locale. Le président du gouvernement collégial, Philippe Gomes, avait autorisé les fonctionnaires territoriaux à y participer, suscitant la colère d’élus indépendantistes. « Nous n’avons jamais été consultés. C’est scandaleux d’utiliser l’argent public à des fins politiques », a protesté Yann Devillers (UC), membre du gouvernement de Nouvelle-Calédonie, cité par l’AFP.

Les participants ont cependant insisté sur « le caractère apolitique de l’initiative, destinée seulement à montrer qu’une majorité de Calédoniens veut construire un destin commun, et dire non à la violence ». « L’USTKE mélange syndicalisme et politique, c’est un cocktail dangereux. Il faut laisser les gens travailler en paix et arrêter les blocages », selon Carl, un mécanicien kanak.
« La violence n’apportera rien à ce pays. Il faut en revanche mieux partager les richesses pour pouvoir avancer ensemble : Blancs, Kanaks, Asiatiques, Polynésiens... », juge Christian, étudiant né en Calédonie.

Lors des affrontements, plus de trente gendarmes et policiers et plusieurs manifestants ont été blessés. Le calme est revenu après la signature d’un protocole d’accord le 6 août, mais l’USTKE reste mobilisée pour obtenir la libération de son président, Gérard Jodar.
Ce dernier a été condamné à un an de prison ferme fin juin pour entrave à la circulation d’un avion, lors d’une manifestation qui a dégénéré à l’aéroport de Magenta.

De nombreux marcheurs arboraient un tee-shirt portant le slogan « si y’a pas toi, y’a pas moi », titre d’une récente exposition sur les Accords de Matignon.
Le collectif citoyen a été reçu par les présidents des différentes institutions calédoniennes ainsi que par les services de l’État. Pas de revendications à proprement parler, mais un message de fond : les événements récents ont montré la fragilité de la construction du destin commun, socle des Accords de Matignon et de Nouméa.

Les Accords de Matignon puis celui de Nouméa (1998) ont instauré une paix fragile, fondée sur un partage du pouvoir politique et un rééquilibrage économique entre les descendants du peuple autochtone, des colonisateurs, des déportés et les immigrés de fraîche date.
Processus de décolonisation, l’Accord de Nouméa prévoit la tenue d’un référendum d’autodétermination entre 2014 et 2018. Depuis une trentaine d’années, la politique menée par différents gouvernements a changé la répartition démographique dans le pays, faisant des Européens et de leurs descendants les majoritaires, et obligeant au gel du corps électoral qui sera amené à participer au référendum d’autodétermination.


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