Outre-mer

Un conflit dégénère : 4 morts

Nouvelle-Calédonie

Céline Tabou / 8 août 2011

La desserte aérienne de la province des îles Loyauté alimente depuis des années la polémique en Nouvelle-Calédonie. Peu développées et peu peuplées, les îles Lifou, Ouvéa, Maré et Tiga sont enclavées et victimes d’un exode de leur population, vers Nouméa. La question du désenclavement est donc très sensible.

En février 2010, un rapport de la chambre territoriale des comptes avait blâmé la masse salariale trop importante et les frais d’exploitation en hausse constante de certaines compagnies aériennes, dont Aircal (Air Calédonie), en soulignant qu’aucune ligne n’était rentable. Compagnie publique, propriété des trois provinces de Nouvelle-Calédonie, du gouvernement local et de quelques petits actionnaires, Aircal est en déficit chronique. Premier employeur des Loyauté avec 330 salariés, elle exploite deux ATR 72 et un ATR 42, qui desservent également l’île des Pins au sud et le nord de la Grande Terre.
Deux ans plus tôt, un conflit à Aircal mené par le syndicat indépendantiste USTKE avait dégénéré en violences. Une trentaine de membres des forces de l’ordre et des manifestants avaient été blessés, alors que l’USTKE réclamait la remise en liberté de son président, Gérard Jodar, incarcéré après des exactions à l’aérodrome de Magenta à Nouméa.

Intensification de la mobilisation

Un mouvement des usagers d’Aircal bloque depuis le 22 juillet les aéroports du pays. Ils protestent contre la nouvelle politique tarifaire de la compagnie aérienne. Des violences ont éclaté samedi 6 août. Ce conflit oppose le collectif des usagers d’Aircal et un autre de plus de 300 habitants du district de Ghuama à Maré.
« Ce problème dure depuis vingt ans, la population subit et est exaspérée », a déclaré à l’Agence France Presse, une habitante de Maré. Les affrontements sont survenus lorsque les 300 personnes du district de Ghuama du grand chef Nidoish Naisseline, sont parties déloger les membres du collectif des usagers, à l’aérodrome de la Roche.
Après un échange de jets de pierres, des coups de feu ont été tirés, faisant quatre morts, dont un neveu de Nidoish Naisseline, et 23 blessés.
Face à cette montée de la violence, le ministère de l’Outremer s’est réuni au lendemain des affrontements. Suite à cette réunion, la ministre de l’Outre-mer a déclaré, « il faut absolument une voie qui permettra d’établir le dialogue pour faire en sorte que le calme s’installe à l’île de Maré. C’est la raison pour laquelle nous avons proposé une médiation des autorités religieuses ».

Céline Tabou


Paris réagit avec retard

La situation tendue autour d’Air Calédonie n’est pas un phénomène nouveau. Mais il semble bien que le gouvernement ait totalement été pris au dépourvu. Face aux barrages, il envoie des hélicoptères chargés de gendarmes mobiles.
On a vu récemment Paris faire preuve de beaucoup plus de célérité pour soi-disant désamorcer les conflits, notamment en Libye.
La brutale aggravation de la situation sociale en Nouvelle-Calédonie est une nouvelle illustration des difficultés qu’a ce gouvernement à anticiper.

M.M.


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