Pays émergents

CCTV Africa émet depuis le Kenya

Le monde change

Témoignages.re / 19 juillet 2012

Une nouvelle chaîne d’information émet depuis Nairobi. Émanation de la chaîne publique internationale chinoise, CCTV Africa emploie 50 Kenyans sur un effectif total de 60 personnes.

Tous les jours, la vie démontre que « le monde change de base ».
Au Kenya, la Chine avec CCTV Africa livre sa vision de cette région si proche de la nôtre et si bouleversée par des conflits sans fin (Somalie, Darfour, Rwanda, Est-Kivu, etc.).
Par la même occasion, nous avons confirmation que cette vision chinoise de l’Afrique s’implante dans 12 autres pays africains avec un luxe de moyens sans équivalent à ce jour.

La nomination de la puissante Sud-Afrique, en la personne de Mme Zuma, à la tête de l’UA, la Chine présentant aux Africains une autre vision de leur continent au moyen de la TV, qui pourrait penser que la survenue de ces événements de masse n’auront aucune conséquence et ne contribueront pas à remettre en cause tout "l’ordre" établi hérité de la fin du 19ème siècle ?

Et pendant ce temps-là, chez nous, Réunion 1ère, Antenne Réunion, “JIR”, “Quotidien”, imperturbables, continuent de se prélasser dans l’info paresseuse, nous parlant des tweets de Mme Tweeterveiler, du dopage dans le Tour de France, du mauvais temps sur les plages françaises, de futiles déclarations d’un ministre en promenade sous nos cieux, etc., tous sujets d’importance assurément mondiale, tandis que — à deux pas, sous nos yeux — changent les bases du monde.

En 1982, lors d’une assemblée paritaire ACP-CEE, Paul Vergès avait démontré l’urgente nécessité d’un Nouvel Ordre mondial de l’Information et de la Communication (NOMIC). Mais, chacun le sait, nul n’est prophète en son pays !

Jean Saint-Marc


Un article paru dans "l’Express"

CCTV Africa, une chaîne chinoise à Nairobi pour aider les relations Sino-africaines

Pendant une heure d’"Africa Live", la chaîne publique chinoise internationale d’infos en continu passe la main à l’équipe de CCTV Africa à Nairobi — une soixante de personnes, dont quelque 50 Kenyans.
Le programme, diffusé mondialement, passe en heure de pointe sur l’Afrique. Ce soir-là, on parle aussi d’expansion économique au Rwanda et, en dépit de violences chez eux, de la préparation d’athlètes somaliens aux JO.
« Nous essayons d’équilibrer (notre couverture), nous ne parlons pas seulement de la guerre, des maladies ou de la pauvreté, nous nous concentrons aussi sur le développement économique », explique Pang Xinhua, directeur de la rédaction, fort d’une implantation de CCTV dans une douzaine d’autres pays d’Afrique.
« Nous avons ouvert ce bureau pour mieux raconter la réelle histoire de l’Afrique, la réelle histoire de la Chine, et des relations sino-africaines », renchérit la chef de CCTV Africa, Song Jianing, reprenant les propos de l’ambassadeur de Chine au lancement du décrochage en janvier.

Mécontentement de la présence chinoise

CCTV Africa était alors le premier bureau régional à produire et diffuser sa propre heure d’information sur CCTV News, même si CCTV America lui a depuis emboîté le pas.
Pour son inauguration, CCTV Africa s’était payé le luxe d’une intervention du vice-président kenyan Kalonzo Musyoka, qui l’avait appelé à « donner une nouvelle image du continent » alors que « l’Afrique est souvent montrée (par les médias internationaux) comme le continent des calamités sans fin ».
CCTV Africa « fait partie d’une stratégie plus large destinée à combattre ce qui peut être perçu comme une relation (sino-africaine) négative », explique Chris Alden, de la London School of Economics.
La chaîne ne suffira pas à « éliminer » le « profond mécontentement » que produit parfois la présence de la Chine en Afrique, quand la concurrence de ses sociétés évince notamment des acteurs locaux, mais elle « pourrait atténuer un effet négatif », estime-t-il.
Il s’agit aussi « de mieux faire comprendre l’Afrique aux Chinois », dit-il : l’évacuation l’an dernier de plus de 30.000 Chinois bloqués par le conflit libyen est de ces événements qui « ont un impact sur les investissements chinois en Afrique ». Pour David Bandurski, du China Media Project à l’université de Hong Kong, CCTV Africa s’intègre dans une stratégie d’expansion d’un « +soft power+ » (puissance d’influence) chinois. Une stratégie apparue en 2007 et que des déboires médiatiques, dont celui du passage de la torche olympique à Paris, ont sans doute renforcée l’année suivante.

Promouvoir l’influence de la Chine

« La Chine a mandaté ses médias étatiques d’une mission pour promouvoir son influence dans le monde », renchérit Yu-Shan Wu, de l’Institut sud-africain d’affaires internationales, dans une étude sur l’expansion des médias chinois en Afrique.
Cette mission dépasse même l’Afrique et CCTV : le géant de la télévision chinoise diffuse en français, espagnol, arabe, russe et d’autres médias, comme l’agence Chine nouvelle (Xinhua), tissent leur toile mondiale.
CCTV Africa insiste pourtant, elle veut aussi présenter les choses à travers un prisme africain.
« Ce que j’aime, c’est que nous racontons l’histoire avec notre perspective », explique Beatrice Marshall, ex-présentatrice vedette de la chaîne kenyane KTN, passée à CCTV Africa.
Pékin les censure-t-il, « Nous avons la main sur nos sujets, pourvu qu’ils soient objectifs, équilibrés et n’amènent pas de controverses inutiles », répond son collègue Douglas Okwatch.
« Il y a une chose qu’ils (CCTV) font bien, c’est de fournir une plate-forme aux Africains pour qu’ils donnent leur point de vue », commente Yu-Shan Wu, tout en se demandant si, à tant vouloir montrer les côtés positifs du lien sino-africain, la chaîne sera crédible.
« L’information doit être soumise à des contrôles politiques, même si ces contrôles ne sont pas nécessairement aussi rigides que ceux imposés aux médias chinois intérieurs », affirme M. Bandurski. « Et il est très difficile de construire un média international crédible quand vous n’avez pas assez de latitude pour produire une couverture réellement professionnelle ».
« Madame » Song, comme l’appellent ses employés, assure dans un français courant que Pékin n’a jusqu’ici rien refusé. Et CCTV, assise sur un trésor de guerre pour financer son expansion mondiale quand nombre de médias occidentaux luttent contre la crise, vise à « figurer parmi les principaux groupes de médias dans le monde ».
Quant à CCTV Africa, elle espère lui offrir bientôt une deuxième heure de décrochage.


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