Pays émergents

Crise humanitaire et conflit armé

Somalie

Céline Tabou / 30 juillet 2011

La livraison de l’aide alimentaire a débuté dans la Corne de l’Afrique une semaine après l’appel au don des Nations Unies, le 21 juillet dernier. Les enfants sont les premières victimes de cette famine, et plus de 12 millions de Somaliens attendent.

Depuis, la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) s’est emparée jeudi 28 juillet de plusieurs positions tenues jusqu’alors par les milices shebab. Se réclamant d’Al-Qaida, les shebab tiennent la quasi-totalité du Centre-Sud de la Somalie, où plusieurs organisations humanitaires, dont le Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU, sont interdites depuis fin 2009 et ne seront pas autorisées à revenir malgré la crise, ont prévenu les islamistes.

Une aide humanitaire infime

Un premier avion du PAM en provenance de Nairobi a débarqué mercredi 27 juillet avec 10 tonnes de suppléments nutritionnels pour les enfants souffrant de malnutrition. Une dizaine de rotations devraient être prévues afin d’acheminer près de 100 tonnes de ces suppléments. Ces derniers doivent être utilisés par les partenaires locaux de l’agence onusienne pour nourrir 35.000 enfants dans les centres spécialisés de la capitale.
Mais dans une interview, Stéphane Doyon, responsable nutrition de Médecins sans Frontières, a expliqué au journal “Le Monde” que le pont aérien « amènera une aide nécessaire à Mogadiscio, mais il aidera uniquement les habitants de la capitale ».

Selon les derniers chiffres du HCR (Agence des Nations Unies pour les réfugiés), durant les six premiers mois de l’année 2011, plus de 83.000 Somaliens ont fui vers le Kenya et plus de 54.000 vers l’Éthiopie. En juillet, le nombre d’arrivées quotidiennes oscille entre 1.300 et 1.700, et plus de 2.600 Somaliens ont par ailleurs traversé la frontière vers Djibouti à la mi-2011.

Face à cette catastrophe humanitaire, le montant des ressources nécessaires pour réagir à la situation d’urgence en Somalie et à la crise de réfugiés qui en découle en Éthiopie et au Kenya s’élève désormais à 144,9 millions de dollars, soit une augmentation de 8,6 millions de dollars par rapport à l’appel de fonds initial de 136,3 millions de dollars publié début juillet, a indiqué le HCR.

Des conflits armés inquiétants

Les soldats de l’AMISOM ont attaqué dans la nuit de mercredi à jeudi la ligne de front qui entoure le marché de Bakara, l’un des principaux bastions shebab dans la capitale, et dans le quartier de Bondhere, entraînant une riposte des milices islamistes.
« Cette offensive limitée et localisée » a été décidée après des « provocations répétées des shebab » dans la zone et a permis la capture de trois « carrefours stratégiques » sur un axe Sud-Nord en direction du grand stade de la ville, selon les déclarations de l’AMISOM. Elle contrôle à présent un peu plus de la moitié de la ville, avec notamment l’aéroport et le port, face aux insurgés islamistes qui en tiennent toute la partie Nord-Est.
Composée de plus de 9.000 militaires ougandais et burundais, l’AMISOM est déployée depuis 2007 dans Mogadiscio afin de soutenir le gouvernement de transition du Président Sharif Cheikh Ahmed. Depuis février 2011, la force africaine a progressé et repoussé les islamistes sur les deux principales lignes de front de la capitale.
Mais alors que des milliers de Somaliens fuient la famine, bon nombre continuent d’affluer vers Mogadiscio. L’éruption de la violence inquiète les responsables politiques somaliens et les ONG, notamment au moment où les dispositifs d’aide humanitaires ont du mal à être acheminés.

CT


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