Pays émergents

L’échec d’une politique post-coloniale

Les enseignements de 50 années de relations France-Afrique

Céline Tabou / 8 juin 2010

Le 25ème Sommet Afrique-France qui s’est clôturé le 1er juin a mis en évidence l’échec de cinquante années de post-colonialisme, notamment la politique africaine de la France, qui a oublié les milliers d’africains qui ont participé à la Libération de la France lors de la Seconde Guerre Mondiale, et ceux venus pallier le manque de main d’oeuvre au cours des Trente Glorieuses.

Le gouvernement français a pris conscience du bouleversement de l’ordre mondial, et de la politique internationale. L’Afrique (re)devient un acteur majeur pour les étrangers. Mais avant cette prise de conscience, la France a laissé ses anciennes colonies s’embourber dans des conflits politiques, économiques mais aussi idéologiques.
C’est en 1958, sous la pression internationale, que le Général De Gaulle demande aux colonies subsahariennes françaises de prendre leur indépendance. Mais dans l’ombre, des proches du Général maintiennent la dépendance économique et politique de la France en Afrique. C’est le point de départ de la Françafrique. D’un côté, l’égalité internationale proclamée haut et fort, avec les indépendances, et de l’autre la mise en place d’une dépendance économique et une ingérence française dans les affaires internes de l’État.

La présence obscure de la France sur l’Afrique

L’histoire des relations franco-africaines au cours des quarante dernières décennies, explique l’ancien rédacteur en chef de l’Agence Camerounaise de Presse, Jean Marie Nzekoue, est passée des « pourparlers au sommet aux négociations en coulisses, d’arrangements en compromissions, de velléités d’émancipation en soumissions ».
L’indépendance de certains pays africains comme le Sénégal, le Gabon, la Guinée ont permis de construire des relations « empreintes d’amitié, de chaleur, voire de complicité », selon Jean Marie Nzekoue. Mais, on pourrait parler de connivence, tant les intérêts économiques étaient imbriqués dans une ancienne dynamique coloniale.
La France est encore présente dans les arcanes du pouvoir africain, faisant et défaisant des régimes qui ne lui seraient pas favorables. En effet, le gouvernement français n’hésite pas à soutenir des régimes corrompus. Des phénomènes récents comme la démocratisation, la mondialisation, l’irruption sur le double plan économique et diplomatique de la Chine, l’Inde, la Russie et le Brésil, viennent remettre en cause les certitudes françaises de garder une main mise sur l’Afrique. C’est pour cette raison, que Nicolas Sarkozy a changé de ton, lors du Sommet Afrique-France, le 31 mai 2010. Le chef de l’État a décidé de renforcer la coopération bilatérale
L’une des preuves actuelles de l’absence de rupture dans la politique africaine de la France, est la nomination d’un secrétaire d’Etat à la Coopération, Jean-Marie Bockel qui a déclenché la colère d’Omar Bongo, Sassou Nguesso et consorts, en décrétant la mort de la "Françafrique". Remplacé par Alain Joyandet, en visite à La Réunion, aujourd’hui, ce dernier veut mettre l’accent sur la défense des parts de marché de la France en Afrique.

« 50 ans d’indépendance économique », et pourtant...

L’indépendance des pays africains vis-à-vis de la France dont le Togo, Bénin, Sénégal, Mali, entre autres, ont conduit certains de ces pays dans un gouffre financier. Pillés par les entreprises françaises, dont Total, Bolloré, Elf, Vinci, Véolia, Accord, entre autres, certains régimes ont pu profité du changement d’administration, pour profiter des avantages financiers des entrepreneurs français.
En dépit, de son autonomie financière, certaines économies africaines ne sont pas parvenues à faire la transition des compétences. En effet, dépendant du système français, des pays africains n’ont pu développer leur propre économie. La France conserve les outils d’exploitation de ses anciennes colonies. L’accès aux matières premières et l’alignement diplomatique en sont garantis. Depuis les années 1970, le pétrole représente l’essentiel de l’économie gabonaise, par exemple.
La présence française n’a pas permis au pays de développer une économie indépendante et propice au développement du Gabon. De plus, le manque d’infrastructures, et d’équipements a creusé la pauvreté, mais, la France a également permit à la famille Bongo et ses alliés français, hommes politiques et hommes d’affaires, de s’enrichir.
L’ouverture du marché africain à des pays extérieurs comme la Chine, l’Inde et la Russie (anciens alliés de l’Afrique) a donné de nouvelles options aux dirigeants africains. L’arrivée des Chinois a, entre autres, contribué à la réduction des échanges commerciaux entre la France et les pays africains. Si bien que les échanges bilatéraux sont passés de plus de 40% dans les années 1960 à quelque 2% aujourd’hui.
Cependant, une nouvelle forme d’échanges économique s’est mise en place : la Mafiafrique. Terme utilisé pour désigner « les réseaux d’influence se tissant de tous bords tous côtés pour faire main basse sur les ressources d’Afrique et ce, pas seulement depuis l’Elysée et l’État-major, mais aussi depuis les points offshore les plus diversifiés où banques, industriels et services de guerre agissent en toute liberté », étayé par l’ancien président de l’association Survie, François-Xavier Verschave. Cette nouvelle forme de main mise française sur les richesses de l’Afrique, est issue des anciens modèles coloniaux établis par la France avec certains pays africains.

Un paternalisme exacerbant

A l’image de l’affaire de l’Arche de Zoé (humanitaires français qui ont kidnappé 103 enfants originaires du Tchad pour les faire adopter en Europe, sans savoir si ils avaient des parents ou non), la politique africaine de la France s’est érigée en grand protecteur de ses anciennes colonies.
Mais faute de soutien économique, hormis les aides allouées par les institutions internationales, dont la France fait partie, le soutien interne de la France envers ses anciennes colonies s’est orienté vers des intérêts économiques très lucratifs pour les grandes sociétés françaises comme Total, Elf, Bouygues, Bolloré, Vinci, notamment. L’idée s’est alors répandue au cours de ces cinquante dernières années, que seule la France peut aider l’Afrique à se développer, et sortir de la pauvreté.
Sur le plan idéologique, Léopold Sédar Senghor, premier président du Sénégal, était convaincu de la suprématie des Européens, il écrivit "L’émotion est nègre comme la raison est hellène", explique Sanou Mbaye, ancien haut fonctionnaire de la Banque Africaine de Développement. Le colonialisme idéologique avait cours à cette époque, mais aussi aujourd’hui de manière moins démonstrative.
Il s’agit d’une idée ancrée dans la tête de hauts dirigeants africains que la France, et l’étranger, restent l’unique alternative à l’Afrique pour se développer économiquement, politiquement, et socialement. C’est d’ailleurs, le fondateur de la Côte d’Ivoire moderne, Félix Houphouët-Boigny, qui a créé le mot "Françafrique" pour marquer l’harmonie totale qui existe entre la France et ses anciennes colonies, précise Sanou Mbaye.
L’échec du post-colonialisme a conduit les pays africains à être dépendant de la France, et de ne pouvoir développer leur économie.

Céline Tabou


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