Pays émergents

L’hydro-électricité au service du co-développement

Vers la création d’une autoroute de l’énergie entre l’Éthiopie et le Kenya

Témoignages.re / 18 juillet 2012

L’Éthiopie dispose d’une énergie renouvelable importante, ses rivières, pour produire de l’électricité. Le Kenya connaît une croissance économique rapide, mais fonctionne avec des centrales thermiques polluantes et coûteuses. Jeudi, la Banque mondiale a décidé de soutenir la construction d’une liaison électrique à haute tension entre les deux pays. Cette autoroute de l’énergie apportera un complément de revenu à l’Éthiopie, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre du Kenya. C’est un exemple de co-développement.

Le Conseil des administrateurs de la Banque mondiale a approuvé jeudi le projet d’Eastern Electricity Highway qui reliera le réseau électrique de l’Éthiopie à celui du Kenya, instaurera un partage d’énergie entre les deux pays, réduira la facture énergétique, stimulera la production d’électricité à partir de sources durables et renouvelables, contribuera à une meilleure protection de l’environnement de la région et préparera le terrain pour une coopération régionale plus dynamique entre les pays de l’Afrique de l’Est. Le nouveau projet constitue la première phase d’un programme d’intégration énergétique régionale de l’Afrique de l’Est qui pourrait revenir au total à 1,3 milliard de dollars, pour desservir à terme 212 millions de personnes vivant dans cinq pays avec un PIB combiné de 107 milliards de dollars.
Réalisé de concert avec les gouvernements de l’Éthiopie et du Kenya, la Banque africaine de développement (BAD) et l’Agence française de développement (AFD), le projet financera la construction d’une ligne transfrontalière de transport d’électricité qui obéira à des normes rigoureuses de protection sociale et environnementale et permettra à l’Éthiopie de vendre son excédent d’électricité au Kenya en plus de réduire les besoins d’une électricité thermique polluante pour le Kenya.

Des créations d’emplois

L’électricité exportée proviendra des nombreuses centrales électriques, existantes ou nouvelles, de l’Éthiopie. En cas de nécessité, le flux d’électricité pourra être inversé et le Kenya pourra dans ce cas profiter de l’interconnexion des réseaux pour vendre de l’électricité à l’Éthiopie.
Le financement de la Banque mondiale accordé aux deux gouvernements, soit 243 millions de dollars pour l’Éthiopie et 441 millions de dollars pour le Kenya, viendra de l’Association internationale de développement, le fonds de la Banque destiné aux pays les plus pauvres du monde.
Le projet aura des retombées positives sur l’Éthiopie, sous la forme de vente d’électricité au Kenya qui souffre d’une grave pénurie d’énergie électrique et qui figure parmi les cinq pays africains susceptibles de rejoindre les rangs des pays à revenu intermédiaire au cours de la prochaine décennie s’il parvient à réaliser un taux de croissance annuel de 6%, à accroître sensiblement son approvisionnement en électricité et à améliorer ses lignes de transport. Les deux pays bénéficieront des emplois supplémentaires découlant des activités de construction et d’installation.

Réduction de la facture énergétique

Figurant désormais parmi les régions du monde à la croissance la plus rapide, le continent africain devient un nouveau pôle de croissance de l’économie mondiale. Toutefois, des coûts élevés d’infrastructure, notamment dans les petits pays, restreignent la capacité de l’Afrique à maintenir des taux de croissance élevés. Le projet adopte une approche régionale du développement des infrastructures afin de réduire le coût de la fourniture d’électricité en permettant au Kenya d’avoir accès à des technologies énergétiques plus efficaces et à la production à plus grande échelle de l’Éthiopie.
Le feu vert donné aujourd’hui au projet d’une autoroute de l’électricité pour l’Afrique de l’Est s’inscrit dans une stratégie régionale de la Banque mondiale pour l’Afrique visant à encourager les investissements contribuant à résorber le manque criant d’infrastructures de base indispensables à l’instauration d’une croissance économique nettement supérieure et à la réduction de la pauvreté, en mettant un accent spécial sur la réduction du coût de la fourniture d’électricité qui favorisera la création d’emplois et stimulera la capacité d’investissement du secteur privé.
En 2011, la Banque mondiale a permis d’assurer l’alimentation en électricité de 1,4 million de personnes supplémentaires dans les pays d’Afrique, de construire et de remettre en état des routes et d’améliorer l’approvisionnement en eau de plus de 8 millions de personnes.


Sortons de la pénurie et de la pollution

« Ce projet, qui fera date, modifiera fondamentalement l’équation énergétique de l’Afrique de l’Est. Il permettra d’améliorer l’accès à l’électricité et en réduira le coût pour les habitants et les entreprises de tout le Kenya, en plus de réduire les émissions polluantes des centrales thermiques au Kenya, ce qui sera une avancée incontestable pour l’environnement de la région », selon Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale pour la région Afrique. « Actuellement, seul un Africain sur trois a accès à l’électricité dans sa communauté ; faciliter le partage de l’énergie entre les pays constituera donc une étape essentielle dans la satisfaction des besoins de l’Afrique ».


« Un symbole de la détermination de l’Afrique à résoudre ses problèmes »

« Le Projet d’Eastern Electricity Highway apportera une contribution significative à la satisfaction des besoins de développement des populations de l’Éthiopie, du Kenya et de la sous-région », selon Jamal Saghir, directeur du Développement durable de la Banque mondiale pour la région Afrique. « Une fois construite, cette ligne de transport d’électricité deviendra un symbole de la détermination de l’Afrique à résoudre ses problèmes d’énergie par une coopération passant par des échanges d’énergie. Elle sera décisive pour la croissance et la réduction de la pauvreté dans la région ».


Un partage de l’énergie

« Le projet d’Eastern Electricity Highway présente une occasion unique de tirer parti du vaste potentiel énergétique de l’Afrique, notamment hydro-électrique, tout en préservant l’environnement », déclare Paivi Koljonen, spécialiste en chef des questions d’énergie à la Banque mondiale pour la Région Afrique et responsable du nouveau projet de partage de l’énergie. « Nous attendons avec impatience le lancement du projet afin que l’idée d’un partage de l’énergie devienne réalité et contribue à créer de meilleures perspectives de développement pour les communautés de tous les pays d’Afrique de l’Est ».


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