Pays émergents

La crise politique malienne s’aggrave

Six mois après le coup d’État

Céline Tabou / 14 septembre 2012

En mars 2012, l’ancien président malien, Amadou Toumani Touré, a été renversé suite à un coup d’État conduit par de jeunes militaires. Ces derniers l’accusaient de ne pas avoir su gérer la crise qui perdure dans le Nord du pays contre les Touaregs.

Le chef des putschistes, le capitaine Amadou Sanogo, devient alors président durant une vingtaine de jours. Il passe la main au président de Transition, Dioncounda Traoré. Face à la montée des violences dans le Nord du pays, le président par intérim a demandé à l’ONU un appui et un accompagnement pour aider son pays à sortir de la crise. Cette annonce intervient quelques jours après qu’il ait demandé à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) un soutien militaire logistique pour déloger les islamistes du Nord.

Mars 2012 : mutinerie de l’armée malienne

Après avoir pris la télévision d’État malienne, des mutins de l’armée ont annoncé avoir pris le contrôle du gouvernement, sous prétexte que cette action était nécessaire à cause de la mauvaise gestion de l’État face à l’insurrection dans le Nord du pays. Le lieutenant Amadou Konaré, porte-parole des soldats, avait alors expliqué dans un communiqué de presse qu’ils avaient entre leurs mains la sécurité du pays « à cause de l’incapacité du gouvernement à donner aux forces armées les moyens nécessaires de défendre l’intégrité de notre territoire national ».
L’armée malienne, engagée depuis le 17 janvier 2012 dans une guerre dans le Nord du pays contre les rebelles touaregs du “Mouvement national pour la libération de l’Azawad” et contre les djihadistes de l’Ansar Dine, a subi plusieurs défaites faute de moyens par rapport à ses adversaires. N’ayant pas d’importants moyens matériels et d’armes lourdes, les officiers supérieurs ont soupçonné le gouvernement de népotisme, de favoritisme et de corruption. Ces derniers ont également accusé les autorités de détourner l’argent destiné à l’équipement militaire.
Quelques jours après le coup d’État, le “Mouvement national pour la libération de l’Azawad”, allié à différents groupes islamistes dont l’AQMI, a conquis militairement l’entière moitié Nord du Mali et déclaré l’indépendance de l’Azawad. Pour éviter une guerre sanglante, une médiation est engagée avec les putschistes du “Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État” sous l’égide de la Cédéao et du Burkina-Faso. Les négociations aboutissent à un accord le 6 avril 2012, permettant le rétablissement des institutions démocratiques qui prévoient que l’intérim de la présidence de la République revienne au président de l’Assemblée nationale et remette le pouvoir aux civils.

Un président par intérim soutenu par les putschistes

Le président par intérim, le professeur Dioncounda Traoré, conserve alors les pleins pouvoirs jusqu’à aujourd’hui. Il lance à travers le “Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État” une série d’arrestations visant les anciens militaires et hommes politiques de l’ex-Président Touaré, avec le soutien d’Amadou Sanogo. Ce dernier a d’ailleurs expliqué, le 10 septembre, que « le Président Dioncounda, le Premier ministre Cheick Modibo Diarra et moi, nous nous consultons régulièrement et nous échangeons sur les grandes questions de la Nation. Il n’y a aucun problème dans les casernes. La priorité aujourd’hui de l’armée est la reconquête du Nord. Cela avec l’appui de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Tout va bien à Kati. Les forces de sécurité maliennes sont plus que jamais comme un seul homme. Nous n’avons qu’une seule priorité : l’équipement, la formation, pour être une armée capable de sauvegarder l’intégrité territoriale ».

Des demandes à l’aide

Le 10 septembre, l’armée malienne a tué une dizaine d’islamistes de la secte Dawa, originaire du Pakistan, à Ségou, dans le centre du pays. Il s’agirait d’une des premières offensives des soldats maliens contre les islamistes depuis le renversement d’Amadou Toumani Touré. En effet, les autorités à Bamako ont indiqué leur intention d’engager une action militaire pour déloger les islamistes qui occupent le Nord du pays, mais aussi dans le centre du Mali.
Pour cela, le président de la Transition, Dioncounda Traoré, a sollicité le soutien de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en matière de logistique uniquement, car « le Mali ne souhaite pas le déploiement de forces militaires combattantes étrangères sur son territoire, mais sollicite l’aide de l’Afrique de l’Ouest, notamment au plan logistique, pour récupérer le Nord aux mains d’islamistes », a-t-il indiqué au président de la CEDEAO, Alassane Ouattara.
En visite à Bamako le 12 septembre, les médiateurs de la CEDEAO, l’Ivoirien Ali Coulibaly et le Burkinabé Djibril Bassolé, ont tenu à rassurer les autorités maliennes quant à leurs intentions sur l’intervention militaire prévue au Nord-Mali pour y déloger les islamistes. Pour mener à bien sa mission, le président par intérim a également requis auprès des Nations unies « l’appui et l’accompagnement nécessaires au renforcement de ses capacités, notamment en matière d’assistance humanitaire, de négociation et de réforme des forces de défense et de sécurité ». Dioncounda Traoré souhaite sortir son pays de « la pire crise de son existence », avec « les deux tiers de son territoire occupé par des groupes armés » et « les fondements de sa démocratie (qui) sont également menacés ».

La CEDEAO statuera

Le pays continue ses interventions militaires et devra attendre les décisions de la CEDEAO, qui se réunit le 17 septembre à Abidjan. Date à laquelle les ministres de la Défense, des Affaires étrangères et de l’Intégration africaines vont échanger sur la situation au Mali, cette réunion devant être précédée d’une rencontre des chefs d’État-major.

Considérées comme l’une des démocraties les plus stables de la région jusqu’au coup d’État, la chute de l’ancien Président Amadou Toumani Touré aura favorisé la progression des groupes armés qui menaient depuis mi-janvier des attaques contre l’armée malienne.

Ces groupes armés, dont les islamistes et des rebelles touaregs, se sont emparés des régions administratives de Tombouctou, Gao et Kidal. Après avoir consolidé leurs positions, les islamistes d’Ansar Dine et du “Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao)” ont évincé leurs ex-alliés touaregs pour pouvoir contrôler la totalité du Nord du pays. Ces derniers ont imposé une stricte application de la charia, la loi islamique, commettant en son nom des exactions, souvent en public.

Vives réactions de la communauté africaine

Lors du coup d’État, de nombreux dirigeants ont dénoncé cet acte, notamment le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Jean Ping, qui a condamné « fermement » dans un communiqué le coup d’État et demandé aux mutins de « mettre un terme à leur action ». Jean Ping a rappelé « la politique de tolérance zéro de l’Afrique pour tout changement anticonstitutionnel et son rejet total de toute prise de pouvoir par la force ». « A cet égard, il demande instamment aux éléments mutins de mettre un terme immédiat à leur action et de se soumettre à la légalité constitutionnelle », poursuit le texte.

L’UA a alors suspend le Mali de l’organisation de 54 membres et précisé que « si les choses ne retournent pas à la normale, l’UA va passer au niveau supérieur et appliquer des sanctions comme le gel des avoirs et l’interdiction de voyager aux auteurs de ce coup d’État ».

De son côté, le chef de l’Organisation de coopération islamique (OCI), Ekmeleddin Ihsanoglu, s’est dit « profondément choqué » par le coup d’État militaire et appelle à un retour rapide à la démocratie dans ce pays, membre de l’organisation. Ekmeleddin Ihsanoglu a vivement souhaité que le pouvoir de Transition maintienne le respect de la démocratie et permette rapidement au peuple malien de s’exprimer librement sur la situation dans le pays. De nombreux États africains ont véhiculé ces messages, afin que la paix revienne dans le pays.


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