Pays émergents

La tension persiste à Marikana

Afrique du Sud

Céline Tabou / 29 août 2012

La grève qui a débuté le 10 août dans la mine de Marikana, en Afrique du Sud aura causé la mort de 44 mineurs après une charge de police. Une vingtaine de jours plus tard, la tension persiste et la grève s’étend à d’autres mines du pays. Des négociations ont été engagées entre les différentes parties, mais aucun accord n’a été retenu.

Plus de deux semaines après la répression qui a causé la mort de 44 mineurs, la grève s’est étendue en Afrique du Sud. La mine voisine, appartenant à Royal Bafokeng Platinum, a également annoncé que ces « salariés ne sont pas venus travailler », en précisant que « la situation était calme ». Près de 600 grévistes se sont réunis devant le puits affecté par la grève où quatre fourgons de police étaient également déployés, le 22 août.

Un statu quo tendu

Lundi 27 août à Marikana, le représentant des grévistes, Zolisa Bodlani, s’est adressé aux 2.500 hommes rassemblés afin rendre compte des pourparlers avec la Direction de Lonmin, directeur de la mine, et des représentants du Ministère du Travail, sous la médiation de dignitaires religieux. Faute d’accord, une réunion a été fixée aujourd’hui, car « ces pourparlers détermineront si on continue la grève ou si nous reprenons le travail ». Pour Barnard Mokoena, Vice-président de Lonmin, « la question des salaires était maintenant entre les mains du gouvernement, et plus de l’entreprise », a indiqué le représentant des grévistes.
La ministre du Travail, Mildred Oliphant, a affirmé que les discussions entamées entre les partenaires sociaux, dont l’exploitant, devraient reprendre mercredi. « la semaine dernière, j’ai rencontré Lonmin, la NUM et l’AMCU pour essayer de résoudre les problèmes [...] et nous sommes tombés d’accord sur le fait que tout le monde doit s’engager à une solution pacifique [...] de façon à ce que nous puissions tous signer un accord de paix », a expliqué Mildred Oliphant.
En dépit de la semaine d’hommage décrétée par Jacob Zuma, Président de l’Afrique du Sud et de la polémique autour de la mort des 44 mineurs, la situation reste tendue et instable. Une minorité d’ouvriers a repris le travail, entraînant la colère des grévistes. Dont l’un d’eux qui a ouvertement appelé ses camarades à s’en prendre physiquement à leurs collègues qui ont repris le travail lundi, a indiqué “Le Monde”. « La police ne pourra pas les protéger tout le temps, la police ne dort pas avec eux dans leurs baraquements. Si tu vas travailler, tu dois savoir que tu vas en subir les conséquences », a déclaré Sandiso Mpumlwana, l’un des meneurs du mouvement à l’“Agence France Presse”. Sandiso Mpumlwana a également indiqué : « Je dis : occupons-nous d’eux lorsqu’ils reviendront du travail ! ». Ces ouvriers qui ont repris le travail sont aujourd’hui considérés comme des traites pour avoir « trahi les morts, tombés pour obtenir de meilleurs salaires ».

Des enquêtes en cours

La police des polices sud-africaine a annoncé lundi 27 août avoir lancé une enquête sur de possibles abus des forces de l’ordre. Ces dernières sont accusées d’avoir frappé et blessé des grévistes lors de leur détention après les violences de la mine de platine du groupe Lonmin. Les enquêteurs auraient saisi vendredi 24 août près de 130 plaintes déposées par des mineurs arrêtés par la police. « Nous ne savons pas combien de personnes ont été violentées (par la police), et les enquêteurs vont de poste de police en poste de police où sont détenues les victimes afin de prendre leurs dépositions. Nous devons également identifier les auteurs », a déclaré lundi 27 août, Moses Dlamini, porte-parole de la Direction indépendante d’enquêtes de la police.
Plaidant la légitime défense, les rapports d’autopsie viennent contredire la version de la police. Selon les médecins légistes, la plupart des morts de Marikana montrent qu’ils ont été tués dans le dos, selon le quotidien “The Star” de lundi 27 août. « Les rapports d’autopsie indiquent que la plupart des gens fuyaient la police quand ils ont été tués », a indiqué au journal de Johannesburg une source anonyme proche de l’enquête, citée par l’“AFP”.
Les autorités ont, elles, arrêté 259 personnes après avoir tiré sur les manifestants, faisant 44 morts, le 16 août. L’audience de comparution des mineurs arrêtés s’est ouverte lundi devant un tribunal de la banlieue de Pretoria. Les interpellés doivent répondre de multiples chefs d’accusation, allant du rassemblement interdit au meurtre, en passant par le port d’arme ou la menace contre des collègues non grévistes. Le représentant du parquet a demandé un nouveau renvoi de l’affaire pour une semaine, faute d’assez d’informations et de preuves. Tandis que la défense a demandé la liberté sous caution des mineurs.

Céline Tabou


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