Pays émergents

La transition politique se met en place en Chine

Session annuelle du Parlement

Céline Tabou / 7 mars 2013

Le Premier ministre Wen Jiabao a ouvert lundi 4 mars la session annuelle du Parlement chinois, qui fera le bilan d’une décennie de pouvoir et tracera la ligne pour les années à venir, devant quelque 3.000 délégués réunis au Palais du peuple, à Pékin.

Xi Jinping et Li Keqiang seront respectivement confirmés à la présidence de la République, le 14 mars, et au poste de Premier ministre, le 15. Les Chinois attendent des mesures sur la lutte anti-corruption, l’urbanisation, la réforme du système financier et la fiscalité, la réforme du système de l’enfant unique, la sécurité alimentaire, la pollution, et la réforme des entreprises d’État, a relevé le site Caixin.

L’objectif de 7,5% de croissance

Wen Jiabao a réaffirmé l’objectif de croissance de 7,5% en 2013, en mettant en avant tout de même la fin d’un modèle économique et l’importance d’une transformation «  accélérée  » de ce modèle. Le gouvernement va tenter «  d’élargir la demande intérieure  », de faire de la consommation «  une force motrice de plus en plus puissante pour la croissance économique  ». L’actuel Premier ministre a expliqué qu’il fallait «  renforcer le goût de consommer » des Chinois et « améliorer le pouvoir d’achat  », a indiqué “Le Figaro”.

Le gouvernement a lancé un plan d’urbanisation de 4.930 milliards d’euros sur dix ans afin d’attirer 400 millions de ruraux vers les villes, sur une population de 1,3 milliard d’habitants. Pour cela, Wen Jiabao a préconisé une réforme du système du « hukou », permis de résidence qui prive les migrants d’accès aux services de base. Wen Jiabao a indiqué que ces « hukou » freinant la consommation des migrants. Cette nouvelle gouvernance sera placée sous le slogan du « bien-être » de la population, car les inégalités entre les riches et les pauvres, en zone rurale particulièrement. « L’amélioration de la qualité de vie des gens doit être l’objectif de l’ensemble du travail gouvernemental », d’autant plus avec le nombre croissant des conflits sociaux, a indiqué le dirigeant qui sera remplacé par Li Keqiang.

Ce dernier a également évoqué les conséquences néfastes de la pollution qui est un sujet de contestation des populations des grandes villes du pays, d’autant avec les récents pics de pollution qu’a connu Pékin. Malgré un discours engagé, aucune mesure n’a été évoquée. Cependant, pour atteindre une croissance de 7,5% en 2013, les dépenses de l’État devraient augmenter de près de 10% cette année, en partie financées par une hausse de 50% du déficit budgétaire. Les autres objectifs pour l’année seront un taux d’inflation maîtrisé autour de 3,5%, une création de plus de neuf millions d’emplois dans les villes et conserver un taux de chômage urbain à moins de 4,6%.

La mise en garde de Xi Jinping

Prochain président de la République populaire de Chine, Xi Jinping a appelé les dirigeants du Parti communiste à « s’inspirer des anciens sages et à combattre la corruption », menace qui pèse sur l’institution, a noté l’Agence France Presse. La lutte contre la corruption sera l’un des axes majeurs de sa politique depuis le 18e Congrès du parti en novembre dernier. Lors du 80e anniversaire de l’école centrale du parti, Xi Jinping a estimé que les dirigeants chinois « doivent étudier l’excellente culture traditionnelle chinoise qui contient de vastes connaissances et un profond savoir ». La corruption reste la préoccupation majeure des Chinois, qui subissent les malversations des cadres corrompus qui pour exemple envoient des voyous contre les fermiers afin qu’ils quittent leurs terres (affaire du village de Hewan dans la province du Jiangsu) pour y construire des usines pétrochimiques.

En pleine transition, Xi Jinping n’a pas pris position entre les partisans de l’édification d’un État de droit et les tenants de l’orthodoxie, au moment de la montée de contestation sociale. Le 23 février, le prochain président a appelé « à une plus grande indépendance de la justice et à une amélioration du travail législatif qui doit prendre en compte les opinions du public », a indiqué Le Monde. En effet, Xi Jinping a expliqué que « les lois doivent refléter fidèlement les exigences du développement socio-économique ».

De son côté, Li Keqiang, futur Premier ministre, a appelé lundi 4 mars « le pays à répondre à la situation économique actuelle et à se concentrer sur le développement à long terme, lors d’une discussion de groupe avec des conseillers politiques », a cité l’agence de presse Xinhua. « L’économie mondiale reste morose et de nouveaux risques s’accumulent. Nous serons confrontés à de nombreux problèmes cette année », a-t-il prévenu, lors du 12e Comité national de la Conférence consultative politique du Peuple chinois (CCPPC), instance consultative politique suprême du pays. « La Chine doit continuer de réaliser des progrès tout en assurant la stabilité », a-t-il conclu.

Céline Tabou


Kanalreunion.com