Pays émergents

Le gouvernement de Ouattara censure un journal dénonçant la rencontre avec Obama

Liberté de la presse bafouée en Côte d’Ivoire

Témoignages.re / 9 août 2011

Le gouvernement du président Alassane Ouattara, qui avait promis de préserver la démocratie lors de son audience de vendredi avec le président américain Barack Obama, a suspendu un journal pour avoir repris une chronique critiquant la réunion à la Maison-Blanche, a révélé le Comité pour la protection des journalistes.

Eugène Dié Kacou, le président du Conseil national de la presse nommé par le président Ouattara, a suspendu lundi le quotidien "Le Temps" suspecté d’être favorable au président déchu Laurent Gbagbo, pour 12 jours, au sujet d’une chronique publiée vendredi critiquant le président, d’après le CPJ.
« La suspension du journal "Le Temps" pour avoir repris un article critique du président Ouattara apparaît comme un acte de censure politique », a déclaré Mohamed Keïta, coordonnateur de CPJ Afrique. « Nous demandons au Conseil national de la presse ivoirienne de revenir sur sa suspension immédiatement car elle est contraire aux valeurs démocratiques que M. Ouattara a publiquement juré de défendre à Washington », a-t-il expliqué.
L’article rédigé par Hassane Magued, un blogger critique de M. Ouattara, a été initialement publié le 26 juillet sur le site web LynxTogo.info basé en Allemagne, d’après les recherches de CPJ.
L’auteur a qualifié M. Obama de « chef de gang » et les présidents récemment élus du Bénin, du Niger, de Guinée et de Côte d’Ivoire de « Daltons Noirs de l’Afrique » - en référence aux hors-la-loi américains du 19ème siècle immortalisés par la bande dessinée Lucky Luke - avant de qualifier cette rencontre de conspiration pour s’emparer des richesses de l’Afrique.
Dans sa décision, le Conseil a qualifié le contenu de l’article « d’insultes inacceptables, d’offenses ».
Toutefois, les journalistes ivoiriens ont fait savoir au CPJ que les journaux pro-Ouattara ont dans le passé publié des articles très critiques contre Laurent Gbagbo mais n’ont pas été sanctionnés.
Dans une interview accordée au CPJ, M. Kacou a rejeté les accusations de parti-pris du Conseil en faveur du gouvernement de M. Ouattara en faisant référence aux suspensions par le gouvernement de certains journaux.
« Nous sommes à l’aise. Nous avons suspendu les pro-Ouattara, les pro-Gbagbo, les pro-Bédié », a rappelé M. Kacou.
Le Conseil avait précédemment suspendu "Le Temps" pour six éditions suite à un article du journaliste Germain Sehoué publié le 11 juin, affirmant que le gouvernement de M. Ouattara est dominé par les groupes ethniques du nord de la Côte d’Ivoire, d’après la presse.
Le Conseil a également suspendu Sehoué à deux mois d’interdiction de pratiquer le journalisme, jugeant ses écrits « d’incitation à la révolte et à la haine tribale » et de « menacer la consolidation de la paix dans le pays ».


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