Pays émergents

« Le temps de la Françafrique est révolu »

Visite de François Hollande au Sénégal

Céline Tabou / 15 octobre 2012

« Le temps de la Françafrique est révolu : il y a la France, il y a l’Afrique, il y a le partenariat entre la France et l’Afrique, avec des relations fondées sur le respect, la clarté et la solidarité », a déclaré François Hollande, devant l’Assemblée nationale sénégalaise, à Dakar, le 12 octobre.

Cette déclaration aura marqué les esprits, notamment ceux des Sénégalais qui après avoir entendu Nicolas Sarkozy, cinq ans plutôt, attendaient beaucoup de l’actuel chef de l’État. Entre satisfaction et déconvenue, le discours de François Hollande n’aura pas marqué les esprits. Les observateurs africains ont reconnu le changement de ton mais ils restent conscients de la présence de la France en Afrique.

La Françafrique enterrée pour les uns

Devant, la Chambre haute du Sénégal, le président français a tenu un discours «  consensuel  », a expliqué le magazine “Jeune Afrique”. Ce dernier aura réalisé un discours sans faute, car François «  Hollande corrige la copie de Sarkozy et enterre la Françafrique », a titré le journal “Walfadjiri”. Pour “Sud Quotidien”, François Hollande « brûle la Françafrique ». Le journal a exprimé sa satisfaction d’entendre le président français parler de la fin des réseaux d’influence entre Paris et ses anciennes colonies, « le temps de la Françafrique est révolu », a-t-il déclaré, ajoutant « les émissaires, les intermédiaires et les officines trouvent désormais porte close à la présidence de la République française comme dans les ministères ».

Face à ces propos, le journal “Sud Quotidien” indique que « c’est en partenaire que le président français François Hollande a traité les Africains dans discours d’hier, face aux députés sénégalais », que la « Françafrique est morte de sa belle mort ». De son côté, le quotidien “Enquête” a indiqué que François Hollande a été « réaliste, un brin flamboyant, parfois flatteur, à défaut d’être porteur d’une grande rupture ».

“Le Quotidien”, journal sénégalais, a noté que le « président français est venu, a parlé et a séduit », sans « imposer un exemple  » ou « délivrer des leçons de morale ». « Je considère les Africains comme des partenaires et des amis. L’amitié crée des devoirs, le premier d’entre eux est la sincérité. Nous devons tout, nous dire, sans ingérence mais avec exigence », a indiqué le chef d’État. Le quotidien conclut en indiquant que « François Hollande efface en même temps le discours méprisant de Nicolas Sarkozy en 2007 », tout en restant sceptique quant à l’avenir de la Françafrique.

Un système qui perdure pour les autres

« François Hollande devra commander des serrures très spéciales pour que les portes de l’Élysée et des ministères soient closes, à la race d’affairistes, de gourous de la communication et porteurs de mallettes à la peau dure », qui circulent entre Paris et les capitales africaines, a ironisé “Le Quotidien”. Relevant cette ironie, certains journalistes africains doutent du changement radical de système qui permettrait à l’Afrique d’être traitée à égalité avec l’Occident. Depuis plusieurs décennies, les dossiers de la Françafrique ne cessent de s’ouvrir, mettant en avant un système politique et économique au-delà des clivages droite-gauche entre la France et l’Afrique. C’est pour cette raison que les leaders africains «  attendent les actes pour que le discours de Dakar 2012 ne soit pas seulement des vœux pieux  ».

En dépit d’un discours prometteur dans la nouvelle géopolitique des relations entre la France et l’Afrique, d’autres reviennent sur le caractère méprisant de ce discours, a relevé le site net Slate Afrique. Pour le journaliste Momar Mbaye les Africains s’inclinent « comme des enfants devant papa Hollande ». Ce dernier pointe du doigt la déclaration de François Hollande indiquant que « l’Afrique est un grand continent ». Pour conclure, il a souhaité que « l’Afrique cesse d’être le lieu de tournage du grand théâtre de l’Occident, une tribune ouverte à des politiques parfois en manque de popularité ou en quête de reconnaissance, prêts à jouer les humanistes et redorer leur image auprès des leurs, afin de gagner quelques points dans les sondages, ce, au travers de discours-fleuve noyés dans des généralités, une manière à eux de soigner leur stature à l’international. Car on imagine mal Macky Sall, en sa qualité de président de la République du Sénégal, centraliser l’attention du Palais Bourbon ou encore du Parlement européen ».

Céline Tabou

Hommage à la mémoire des victimes de l’Esclavage

François Hollande a rendu hommage, vendredi 12 octobre, à Dakar, à la mémoire des victimes de l’Esclavage et de la Traite humaine négrière. Devant l’Assemblée nationale sénégalaise, le président français a indiqué qu’il allait se rendre sur l’Ile de Gorée, ancien port de départ des esclaves africains vers l’Afrique, « pour rendre hommage à la mémoire des victimes de l’Esclavage et de la Traite, en présence d’élus des Outre-mer français(…) ». Ce dernier a déclaré que « l’histoire de l’Esclavage, nous devons la connaître, l’enseigner et en tirer toutes les leçons parce que l’exploitation des êtres humains continue de souiller l’idée même d’humanité. Il nous revient de poursuivre le combat contre ceux qui exploitent la misère et la détresse de jeunes filles, d’enfants, de réfugiés, de migrants ». François Hollande a également indiqué qu’il s’engagera pour la défense de la dignité humaine.

De son côté, le nouveau président sénégalais, Macky Sall, a expliqué qu’il n’était pas un « militant du souvenir » et a souligné que les Africains n’oublient pas ce qui s’est passé avec l’esclavage. Interrogé lors d’une conférence commune au Palais de la République sur la question de la réparation de l’esclavage, ce dernier a indiqué que le vrai défi c’est de voir plutôt « la place de l’Afrique » dans le concert des nations. Rappelant l’histoire entre le Sénégal et la France, comme une période de « fraternité, aussi, celle de combats menés ensemble », François Hollande a assuré que « comme toute Nation, la France se grandit lorsqu’elle porte un regard lucide sur son passé ».


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