Pays émergents

Les grèves s’intensifient en Afrique du Sud

Dans les mines, un secteur clé de l’économie

Céline Tabou / 12 septembre 2012

Des milliers de mineurs sud-africains ont à nouveau manifesté lundi 10 septembre dans une mine d’or exploitée par Gold Fields. Dans un climat tendu suite à la sanglante fusillade dans la mine de Marikana le 16 août, le conflit persiste entre les Directions des entreprises et les mineurs.

Le mouvement social des mineurs, qui a démarré à Marikana, a aujourd’hui atteint la banlieue de Johannesburg où des mineurs de la mine d’or KDC exploitée à plus de 3.000 mètres de profondeur par le groupe Gold Fields ont cessé le travail.

Gold Fields dans le collimateur des mineurs

« Environ 15.000 salariés prennent part à la grève et toute la production de KDC Ouest est suspendue en conséquence », a annoncé le communiqué de presse du groupe. Ces derniers ont indiqué ne pas savoir pour quelles raisons la grève a démarré. « Les employés de la section Ouest de la mine d’or de KDC dans le West Rand en Afrique du Sud ont débuté une grève illégale depuis le début de l’équipe de nuit (dimanche 9 septembre) ».

La société Gold Fields, groupe coté à Johannesburg et New York, produit chaque année 3,5 millions d’onces d’or et exploite 8 mines en Australie, au Ghana, au Pérou et en Afrique du Sud. Le groupe est le deuxième producteur local d’or, et quatrième mondial. Ce mouvement pourrait avoir des répercussions sur le groupe, suite aux cinq jours de grève sur le site de KDC. Celle-ci a été menée par des mineurs contestant la Direction du NUM (National Union of Mineworkers), syndicat majoritaire dans les mines, qui « revendique 83% d’adhérents chez Gold Fields ».

Un mouvement de grève de 15.000 mineurs

Le site de KDC s’est arrêté dans le secteur Ouest durant quatre jours après une première grève sauvage affectant les puits Est. Ces mouvements de contestation planent sur des possibles affaires de corruption, notamment une affaire de cotisation « obsèques », pour laquelle la Direction du syndicat, le NUM (National Union of Mineworkers), est contestée.

Les revendications sont floues, mais les mineurs demandent principalement une hausse des salaires. Devant les caméras de la télévision nationale, les mineurs ont brandi des panneaux en carton réclamant 12.500 rands (1.200 euros) par mois, comme leurs collègues de Marikana, a indiqué l’“Agence France Presse”. De son côté, Sven Lunsche, porte-parole de Gold Fields, a indiqué à la presse que les mineurs « réclament un changement à la tête de la section du NUM ».

A Marikana, la contestation continue, les mineurs qui ont débuté la grève suite à un désaccord avec le syndicat NUM n’ont pas repris le travail lundi 10 septembre. D’après les forces de l’ordre citées par l’“AFP”, près de 10.000 mineurs ont formé un cortège pour marcher sur une mine du site Eastern Platinum, où les travailleurs n’étaient pas en grève.

Un climat politique tendu

Très critiqué par les médias et l’opinion publique sud-africaine, le Président Jacob Zuma est en mauvaise position pour ne pas avoir lancé les réformes du pays, notamment la lutte contre la corruption, contre la prévarication et le népotisme dans la société sud-africaine. Son concurrent direct, Julius Malema, ex-leader de la Ligue de jeunesse de l’ANC exclu du parti, en profite pour annoncer ouvertement qu’il a décidé de rendre « ingérable » le secteur minier, symbole des inégalités et des très mauvaises conditions d’une majorité de salariés noirs.

Le congrès de l’ANC (Congrès national africain) aura lieu en décembre. L’organisation est actuellement en pleine crise de personnes et idéologique. Le devenir du secteur minier dépendra des conclusions de ce congrès. De son côté, Julius Malema a appelé les mineurs de Gold Fields à se diriger eux-mêmes : « S’ils ne tiennent pas leurs engagements envers vous, vous devez vous diriger vous-mêmes ».

Crispen Chinguno, Sociologue à l’Université de Witwatersrand à Johannesburg, cité par l’“AFP”, a expliqué que les grèves étaient devenues contagieuses. « Même si les travailleurs ont de vraies revendications sociales, cela va bien au-delà d’un conflit du travail. Certains politiciens ont fait main basse sur la grogne des travailleurs parce que la mine est au cœur de l’ordre économique, social et politique en Afrique du Sud ».

Céline Tabou


Kanalreunion.com