Pays émergents

Les investissements étrangers diminuent en Chine

Économie

Céline Tabou / 18 janvier 2013

Pour la première fois en neuf ans, les investissements directs étrangers ont diminué de 3,7% en 2012, à 83,775 milliards d’euros, à l’inverse, les investissements chinois à l’étranger (IDE) ont progressé de 28,6%, à 57,915 milliards d’euros, a annoncé le Ministère chinois du Commerce.

La crise économique et financière a eu un impact sur les investissements directs étrangers sur le sol chinois. En effet, cette diminution contraste avec le record de 2011, lorsque les IDE avaient atteint 87 milliards d’euros. Le flux d’investissements de l’Union européenne a diminué de 3,8% tandis que les IDE des États-Unis ont augmenté de 4,5%, et ceux du Japon de 16,3%, a indiqué “Le Quotidien du Peuple”.

La Chine, exportatrice de capital ?

« Les investisseurs chinois ont réalisé en 2012 pour 57,915 milliards d’euros d’investissements directs étrangers dans 4.425 sociétés réparties dans 141 pays et territoires, en hausse de 28,6% sur un an », a déclaré le porte-parole du ministère, Shen Danyang, dans un communiqué repris par l’“Agence France Presse”. Cette annonce a suscité des réactions de la part des observateurs qui se demandent si l’Empire du Milieu ne va pas finir par « exporter plus d’investissements dans les entreprises qu’elle n’en attire ».

« Il est très probable que la Chine va devenir un pays exportateur (net) de capital », a expliqué à l’“AFP” Shen Jianguang, économiste de la maison de courtage Mizuho Securities Asia Limited. Ce dernier a indiqué que cela pourrait se produire d’ici deux à trois ans, car « les investissements à l’étranger sont un moyen relativement rapide pour les sociétés chinoises d’obtenir de la technologie et des parts de marché à l’étranger ». Sur l’ensemble de l’année 2012, « la croissance de l’investissement en provenance de certains pays développés, dont les États-Unis et le Japon, a été bonne ». Les investissements américains en Chine ont progressé en 2012 de 4,5% à 2,34 milliards d’euros, et ceux en provenance du Japon de +16,3% à 5,535 milliards d’euros. En 2011, la hausse des investissements nippons avait également accru de 33,2%.

A contrario, les investissements directs étrangers en provenance de l’Union européenne ont diminué de 3,8% l’an dernier à 4,58 milliards d’euros. Cependant, les investissements en provenance de dix pays asiatiques, dont le Japon, représentent la majorité du total des IDE en Chine, soit 71,80 milliards d’euros, en baisse de 4,8% sur un an.

Chute du secteur manufacturier

La diminution des IDE est concentrée dans les industries manufacturières, sans pour autant « constater de délocalisation massive d’entreprises étrangères depuis la Chine », a indiqué Shen Danyang. Pour la seconde année consécutive, le secteur manufacturier a connu une baisse de 6,2% par rapport à l’an dernier. Auparavant secteur moteur important des IDE en Chine, le domaine connait des augmentations du coût du travail conduisant certaines entreprises étrangères ayant une importante main-d’œuvre à se tourner vers l’Asie du Sud et du Sud-Est.

Le porte-parole du Ministère du Commerce, Shen Danyang, a indiqué lors d’une conférence de presse que certains patrons d’entreprises étrangères travaillant en Chine ont fait savoir au ministre chinois du Commerce, Chen Deming, qu’ils comptaient augmenter leurs investissements dans le pays. « Cela montre que les entreprises multinationales ont toujours une grande confiance dans l’environnement chinois des affaires », a ajouté Shen Danyang.

Outre la hausse du coût du travail, Wang Zhile, président de l’Académie sur les Sociétés Transnationales New Century de Beijing, a expliqué dans les médias officiels que cette baisse était également due « à la fragilité de l’économie mondiale et à la concurrence féroce pour attirer les capitaux étrangers ». « La chute des IDE n’est pas une surprise, du fait des problèmes de la dette européenne. Les performances de la Chine l’année dernière ont été bonnes », a déclaré ce dernier.

Sur l’ensemble du territoire, les zones du Centre de la Chine ont vu une nette augmentation des IDE de 18,5% en 2012, bien que cela ne représente que 8,3% du total national, a indiqué le Ministère du Commerce. A l’Est, les données représentent plus de 82% du total des IDE en Chine, celles-ci ont enregistré une baisse de 4,2%. Tandis que les régions frontalières de l’Ouest ont une baisse de 14,3%.

Bien que négatifs, ces chiffres donnent des raisons supplémentaires au Conseil des affaires de l’Etat de développer les provinces du Centre du pays. En effet, en juillet, le Conseil avait publié une directive sur l’encouragement du développement des provinces du Centre. Celle-ci stipulait que les pouvoirs provinciaux devaient « favoriser le secteur manufacturier de ces régions, riche en en main-d’œuvre, par le biais du déplacement d’entreprises depuis les bases de fabrication traditionnelles des zones côtières ».

Céline Tabou


Kanalreunion.com