Pays émergents

Les Nigérians approuvent l’état d’urgence décrété dans certains Etats

Face à la montée de l’intolérance

Témoignages.re / 3 janvier 2012

Les Nigérians ont réagi positivement à l’imposition de l’état d’urgence, samedi, dans certains endroits du pays par le président Goodluck Jonathan, alors que le gouvernement intensifie ses efforts de lutte contre la secte islamiste Boko Haram, qui maintient le pays dans un étau avec ses attaques à l’arme à feu et ses attentats incessants.

Le président, dans son discours à la nation, a annoncé l’état d’urgence dans les Etats de Borno, Yobe, Plateau et Niger, six jours après que la secte a tué un total de 49 personnes dans les attentats de Noël dans ces quatre Etats du Nord du Nigeria à majorité musulmane.
Un constitutionnaliste, le professeur Itse Sagay, a déclaré que le président est habilité par l’article 11 de la Constitution de 1999 à agir dans l’intérêt de la sécurité publique.
Il a justifié cette mesure du président, en déclarant dans une interview publiée dimanche : "L’état d’urgence donne au président et à l’Assemblée nationale plus de pouvoirs pour faire des lois dans l’intérêt de la Bonne gouvernance des Etats concernés".

Accord de l’opposition

« Sans cette déclaration de l’état d’urgence, le gouvernement fédéral ne peut mobiliser la sécurité et fournir des services à ces régions. Ce sont les mêmes dispositions qui sont prises en temps de guerre. Tant qu’il ne va pas à l’encontre de la lettre et de l’esprit de la Constitution, le président a le pouvoir d’imposer un couvre-feu dans ces régions. Il peut envoyer des troupes militaires dans les localités concernées si cela peut contribuer à l’objectif de sécurité de la nation », a-t-il indiqué.
Pour sa part, le Sénat nigérian a également exprimé son soutien à l’action du président, mais son porte-parole Enyinnanya Abaribe a précisé que dans le cadre de la Constitution nigériane de 1999, l’état d’urgence n’inclut pas la dissolution des institutions élues.
Dans sa réaction, le président de la Conférence des partis politiques nigérians (CNPP-opposition), Alhaji Balarabe Musa, a déclaré que vu le niveau d’insécurité dans le pays, décréter l’état d’urgence était la chose à faire pour le président.
Il a ajouté qu’il aurait été injuste que M. Jonathan déclare l’état d’urgence sur toute l’étendue du territoire.

Besoin de clarifier

Mais un avocat de Lagos, Bamidele Atury, a mis en garde les forces de sécurité contre la violation des droits humains fondamentaux des habitants de ces localités.
Pour sa part, le porte-parole du principal parti d’opposition, Action Congress of Nigeria (ACN), Alhaji Lai Mohammed a estimé qu’il fallait clarifier les implications de cet état d’urgence, en particulier sur les structures politiques et les libertés civiques.
La décision du président a également été bien accueillie par les sites nigérians généralement critiques, qui ont été nombreux à louer le chef de l’état pour être « finalement sorti de sa torpeur ».

L’opposition appelle à une conférence nationale

En réagissant à l’annonce de l’état d’urgence par le président Goodluck Jonathan dans certaines localités les plus touchées par les violences, perpétrées par la secte islamiste Boko Haram, le parti a déclaré dans un communiqué que tout en se félicitant des mesures raisonnables prises par le président pour mettre fin à des pertes en vies humaines inutiles, « un état d’urgence ne pouvait contenir que les symptômes plutôt que les causes profondes de la crise sécuritaire que traversait le pays ».

Le parti d’opposition a estimé qu’il fallait trouver une solution fondamentale à cette crise pour assurer une paix durable.

« Tous les acteurs concernés, dont les religieux, les responsables politiques et traditionnels, ainsi que les organisations de la Société civile doivent s’unir pour aider à trouver une solution durable. Notre parti, pour sa part, est toujours prêt à contribuer à la quête de solutions, si l’on nous met à contribution. Nous sommes également convaincus que nos ex-chefs d’Etat ont un grand rôle à jouer. Bien qu’ils puissent agir individuellement, il est impératif qu’ils travaillent à l’unisson pour mettre fin à cette crise, qui menace notre démocratie et la survie même de notre nation. Si nous n’agissons pas maintenant, personne ne sera épargné des conséquences, quelle que soit son affiliation politique ou son appartenance religieuse », a soutenu ACN.

Le parti a indiqué que si l’imposition de l’état d’urgence pouvait sembler naturel vu la situation, elle devait être suivie d’un engagement ferme, de consultations élargies, d’un dialogue et de mesures pour répondre aux doléances de ceux qui commettent ces violences.

« Comme nous l’avons déclaré précédemment, ce processus peut commencer par la convocation d’un sommet national sur la sécurité avec tous les principaux acteurs concernés. Ce sommet va aider à l’élaboration d’une feuille de route pour mettre fin à la crise », a proposé le parti.


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