Pays émergents

Les pays émergents consolident leurs atouts

Création du Conseil économique des BRICS

Céline Tabou / 28 mars 2013

Depuis une dizaine d’années, le bouleversement de l’ordre économique et financier se fait ressentir à travers tous les continents. Cette année, les pays des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ont tenu leur Sommet annuel destiné à consolider la coopération bilatérale.

Du 22 au 27 mars a eu lieu le 5ème Sommet des BRICS à Durban, en Afrique du Sud, intitulé « Les Brics et l’Afrique : un partenariat pour le développement, l’intégration et l’industrialisation ». A cette occasion, l’ensemble des dirigeants va annoncer la création d’une nouvelle banque de développement, dont les cinq pays seraient associés, ainsi que l’usage d’une autre monnaie que le dollar pour les échanges économiques et commerciaux entre les parties en présence.

Une nouvelle banque de développement

Les cinq principaux pays émergents ont décidé, le 26 mars, de créer une banque de développement commune, en contre poids à la Banque mondiale. Souhaitant rompre avec le modèle occidental, les chefs d’État ont souhaité fonder cette banque de développement afin de financer des projets d’infrastructures dans les cinq économies émergentes, a indiqué le ministre chinois des Finances, Lou Jiwei. Ce dernier a expliqué que la création de cette institution bancaire était « faisable et raisonnable ».

Selon le ministre chinois, les États ont un besoin urgent de financements pour soutenir leurs constructions d’infrastructures, cependant, les ministres n’ont pas encore échangé sur les investissements initiaux de chaque pays pour la banque. La nouvelle banque de développement sera complémentaire aux institutions qui existent déjà, comme la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement.

Des accords ont été signés entre les parties en présence, notamment la Chine et le Brésil, qui se sont accordés pour réaliser, à concurrence de 30 milliards de dollars, leurs échanges dans leurs devises respectives. La Chine et l’Afrique du Sud ont convenu d’intensifier leurs échanges économiques et commerciaux. Toutefois, la déclaration commune souhaite un renforcement des échanges commerciaux entre les pays des BRICS, à hauteur de 500 milliards de dollars d’ici 2015. Les pays des BRICS ont également lancé à la clôture du Sommet un Conseil économique des BRICS, destiné à stimuler les investissements du secteur privé au sein des cinq membres des BRICS.

Permettre les échanges entre les pays

Le président sud-africain, Jacob Zuma, a indiqué que « ce Conseil servira de plateforme pour renforcer et promouvoir les relations entre les communautés économiques des cinq pays des BRICS dans les domaines de l’économie, du commerce et des investissements » . Les objectifs sont multiples et divers. Ils comprennent entre autres la coopération dans différents domaines tels que le développement technologique, les transactions bancaires, l’économie verte et la production industrielle.

Ce Conseil élaborera un plan de mise en œuvre dans le but d’accélérer la coopération économique et le partenariat entre les entreprises des pays des BRICS. « A cet égard, nous aimerions voir des projets tangibles et concrets lors de notre rencontre au prochain Sommet au Brésil. L’occasion est immense. C’est l’heure pour le Conseil économique des BRICS de prendre en main les engagements et projets du secteur privé en vue d’un bénéfice et d’une coopération réciproques » , a souligné le Président Jacob Zuma.

Au-delà des projets d’infrastructures, le Conseil se penchera sur la création de zones de libre-échange dans les pays des BRICS afin de faciliter la circulation de personnes, de marchandises et de services.

Le Conseil s’attèlera à permettre l’augmentation du volume des échanges commerciaux au sein des BRICS, passant des 360 milliards de dollars actuels à 500 milliards de dollars en 2015.

Confrontation Nord-Sud

Les BRICS pèsent dans l’ensemble près de 45% de la population du monde, le quart de sa richesse et les deux tiers de sa croissance. Leurs réserves de change avoisinent les 4.000 milliards de dollars. Face à un tel constat, une partie des observateurs économiques admet la nécessité, pour ces pays émergents, de créer des institutions autonomes et indépendantes des Occidentaux. En effet, le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud souhaitent s’émanciper des Occidentaux et faire entrer le continent africain dans le “Club des émergents”.

Avec une croissance économique de plus de 4%, l’Afrique est l’un des continents qui s’en sortent le mieux économiquement, bien que son développement humain soit encore en retard.

Pour Jean-Joseph Boillot, professeur agrégé en Sciences sociales, membre du CEPII et co-auteur de “Chindiafrique”, cité par "La Tribune", ce Sommet est « extrêmement important », car « ce qui était initialement un club politique qui se réunissait avant le G20 devient l’institutionnalisation d’une alternative à Bretton Woods et à Davos » .

Ce dernier note que « si d’un point de vue occidental, on pourrait avoir l’impression d’une prise de pouvoir des BRICS » , le chercheur réplique que « non, c’est le Sud qui s’autonomise » .

Le chercheur a également noté que le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud ont suivi la Chine et la Russie dans cette voie, bien que ces derniers se soient accordés sur le Consensus de Washington. « Cela montre que le monde occidental n’a pas réussi à convaincre ces démocraties », a expliqué Jean-Joseph Boillot. Ce consensus prône le libre échange, les droits civiques et la démocratisation, mais celui-ci n’aura pas convaincu les trois démocraties à suivre les valeurs occidentales. « Les institutions occidentales travaillent avec des systèmes de valeurs qui manquent d’ouverture et des schémas pas toujours adaptés à la réalité du terrain », a affirmé ce dernier.

Céline Tabou

L’Afrique au cœur du développement

Le Sommet des BRICS s’est basé sur les relations économiques et diplomatiques avec le continent africain. Les dirigeants des pays émergents ont pointé du doigt le potentiel économique et commercial de l’Afrique. Cependant, le continent possède une main-d’œuvre très jeune (les 15-25 ans représentent plus de 60% de la population du continent et 45% de sa main-d’œuvre totale). Elle subit de plein fouet la baisse de l’activité dans le monde. Le taux de chômage au sein du continent africain avoisine les 60%.

Pour le ministre sud-africain du Commerce et de l’Industrie, Rob Davies, les partenariats mis en place par l’Afrique du Sud, le Brésil, la Chine, l’Inde et la Russie devraient contribuer au développement du commerce et à l’industrialisation sur le continent africain. Condition sine qua non pour le développement de l’Afrique.

« Le continent africain est reconnu comme le continent ayant la croissance la plus rapide après l’Asie. La croissance économique de l’Afrique repose sur quatre facteurs clés : l’essor des produits miniers sur le continent, le développement des industries de services, dynamisé entre autres par l’adoption des technologies de l’information et de la communication, l’avantage de ne pas subir de crise financière, et le développement des infrastructures », a expliqué le ministre. C’est pour ces raisons que les dirigeants africains devraient échanger sur la question de l’industrialisation et la façon dont elle pourrait amener la prochaine phase de développement économique en Afrique, a noté Rob Davies.

« Les autres pays BRICS ont l’avantage d’avoir une forte population, ce qui fournit un vaste marché intérieur pour leurs produits. Comparée à celles des autres pays BRICS, la population sud-africaine est peu nombreuse, mais si on additionne les chiffres sur l’ensemble du continent, on se retrouve avec une masse critique qui peut soutenir la nouvelle vague industrielle en Afrique. C’est pourquoi nous devons réaliser l’intégration africaine, afin de créer de vastes blocs commerciaux sur de grandes parties du continent africain » , a-t-il déclaré.
Les intérêts de la Chine à se tourner vers le Sud

Face à la crise économique et financière internationale, les pays des BRICS ont tenu à consolider leurs échanges afin de « résister à toutes formes de protectionnisme et parler d’une seule voix en ce qui concerne la réforme de la gestion de l’économie mondiale », ont expliqué des sources étrangères à Radio Chine Internationale. Le but est d’établir « un ordre économique international plus juste et plus stable » , a souligné un haut dignitaire chinois.

La Chine serait la grande gagnante de cette nouvelle coopération, car souhaitant se recentrer dans la région et au sein des pays émergents, Pékin tente de se substituer aux dettes américaines, qui pèsent de plus en plus sur son économie.

La Chine souhaite ainsi renforcer sa présence en Afrique, améliorer l’environnement des investissements commerciaux, ouvrir davantage les marchés et renforcer la transparence des politiques.

En pleine réforme économique, nécessitant de se recentrer sur la consommation intérieure et le développement des zones rurales, Pékin veut se tourner vers les pays du Sud, dont la croissance économique reste plus stable qu’en Europe ou aux États-Unis. Ainsi, les pays des BRICS pourront renforcer la coopération financière et apporter un soutien solide à la coopération dans les investissements commerciaux et les infrastructures.


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