Pays émergents

Les séquelles de l’Apartheid toujours présentes

Afrique du Sud : débat sur la nationalisation des mines, de l’agriculture, de l’industrie et des banques

Témoignages.re / 9 août 2011

Le débat sur la nationalisation, qui a suscité une forte controverse ces dernières années, est à nouveau à l’ordre du jour, après que le Congrès des syndicats sud-africains (COSATU) a révélé jeudi que son partenaire de l’alliance tripartite - le Congrès national africain (ANC) au pouvoir - cherchait désormais les moyens de mettre en oeuvre cette politique.

L’économiste du COSATU, Chris Malekane, a déclaré lors d’un point de presse de la Chambre de Commerce et d’Industrie sud-africaine à Johannesburg que l’ANC était en quête de modèles de mise en œuvre de la nationalisation, malgré les dénégations du gouvernement sur l’application de cette politique.
M. Malekane a indiqué que ce modèle de nationalisation ne se limiterait pas au secteur minier, mais qu’il s’appliquerait également à l’agriculture, à la production en général et aux banques.
Le responsable de la Ligue des jeunes de l’ANC, Julius Malema, a déclaré jeudi que tous les Sud-africains et pas seulement les Blancs qui avaient exploité les lois de l’apartheid dans leur propre intérêt avaient le droit de bénéficier des richesses de leur pays.
En s’adressant à des étudiants de Stellenbosch, près du Cap, il a souligné que les Blancs, bien que ne représentant que 10% de la population, contrôlaient la plupart des richesses du pays.
Ces arguments de M. Malema ont été étayés par de nouveaux chiffres cette semaine indiquant que les Blancs occupaient toujours 73,1% des postes de direction au plus haut niveau.
« C’est une honte nationale que nous ayons fait si peu après 17 ans de démocratie pour mettre fin à ces injustices raciales dont nous avons hérité du temps de l’apartheid », a déclaré le porte-parole du COSATU, Patrick Craven, en réagissant au 11ème rapport annuel de la Commission de l’égalité pour l’emploi, qui indique que les Blancs occupent toujours 73,1% des plus hauts postes de responsabilité dans le pays.


Fortes oppositions à la nationalisation des mines

Un économiste de renom a mis en garde contre l’empressement avec lequel les exploitants miniers du monde entier investissent en Afrique en raison des risques qu’encourent les investisseurs imprudents, depuis que la question de la nationalisation des mines a refait surface en Afrique du Sud.
« Au-delà des risques ordinaires que les mineurs doivent affronter partout, tels que les prix des matières premières et la fluctuation de la monnaie, exploiter une mine en Afrique renferme un certain nombre de risques inhérents au continent », a averti Robin Hancock, responsable de l’innovation chez Alexander Forbes Risk Services.
Selon lui, le projet de la nationalisation discuté actuellement en Afrique du Sud est en réalité présent depuis 40 ans.
« Les gouvernements ne peuvent et ne doivent pas exploiter des mines, ils doivent en lieu et place désigner des opérateurs privés pour le faire. Quand des pertes surviennent dans le secteur minier, elles se comptent généralement en millions. L’expérience a montré que les gouvernements traditionnellement ne prennent pas d’assurance, toutefois les opérateurs privés qui gèrent des mines nationalisées doivent assurer leurs risques substantiels qui restent inchangés quel que soit le propriétaire de la mine » a-t-il fait remarquer.
Par ailleurs, le magnat sud-africain, Cyril Ramaphosa, a estimé que la Ligue des jeunes de l’ANC et les géants miniers du pays pouvaient trouver une solution pour transformer la "menace" de la nationalisation en opportunité.
« Nous devons apprendre de nombreux pays qui ont tenté cette option et ont échoué. Les pays ayant réussi se sont toujours abstenus de réinventer une roue qui ne tourne pas. Le mode du débat doit changer. Les entreprises doivent démontrer pas simplement qu’elles sont opposées à la nationalisation, mais plus important, qu’elles sont réellement engagées dans la transformation économique », a dit M. Ramaphosa.


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