Pays émergents

Nucléaire : imbroglio entre la Chine et la France

Négociations entre EDF et la CGNPC

Céline Tabou / 11 janvier 2013

Le 25 décembre 2012, une enquête a été ouverte par l’Inspection générale des Finances sur les conditions dans lesquelles le PDG d’EDF, Henri Proglio, a signé en novembre 2011 un partenariat entre EDF et son homologue chinois CGNPC. Thème de la visite de Pierre Moscovici en Chine, le gouvernement a tenté de rassurer ses homologues.

D’après “Le Canard Enchainé”, le gouvernement tente de comprendre comment Henri Proglio a pu signer un partenariat nucléaire entre EDF et son homologue chinois, China Guangdong Nuclear Power Company (CGNPC), en novembre 2011. Cet accord prévoyait la construction de centrales nucléaires équipées d’un nouveau réacteur, différent de l’EPR, mais celui-ci aurait été bloqué le 19 avril 2012, trois jours avant la visite de l’ancien ministre de l’Économie de l’époque, François Baroin.

Divulgation de secrets industriels ?

“Le Nouvel Observateur” avait dévoilé des extraits du projet d’accord. Le magazine supposait qu’Henri Proglio « était prêt à livrer contrats et secrets du parc nucléaire français aux Chinois, dans l’espoir de s’allier les seuls électriciens du monde qui continuent à construire des réacteurs ». Cet accord aurait nui aux intérêts du constructeur nucléaire français Areva.

En plus de l’enquête de l’Inspection générale des Finances sur les conditions de signatures entre EDF et CGNOC, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) recherche les liens franco-chinois en matière de nucléaire civil. Les enquêteurs s’intéressent à des négociations menées entre EDF et CGNPC en 2011. En effet, en décembre 2012, le Comité de groupe européen (CGE) d’Areva, instance représentative des salariés du groupe, a demandé à EDF de lui transmettre une copie du protocole d’accord franco-chinois.

De plus, c’est à la demande du gouvernement français qu’EDF aurait signé un accord confidentiel tripartite avec Areva et CGNPC en octobre 2011, après une réunion du Conseil de politique nucléaire. Cet accord tripartite devait permettre la construction d’un réacteur commun de 1.000 MW. Les syndicats d’Areva craignent que les transferts de technologies prévus dans l’accord avec la Chine n’aillent trop loin, a expliqué “Les Échos”. D’autant qu’ils possèdent un réacteur de même puissance, l’Atmea.

Crainte de transferts de technologies

Face à la déferlante médiatique, le ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, s’est rendu à Pékin afin de rassurer ses alliés chinois, car ses homologues n’ont pas apprécié d’être soupçonnés de vol de technologies. “Le Quotidien du Peuple” avait d’ailleurs précisé, le 30 décembre, que « la Chine maîtrise tous les modèles existants de réacteurs et est en pointe dans le monde pour le développement de nouveaux modèles ».

Rappelant les intérêts communs, la voix du peuple a indiqué que « la coopération sino-francaise dans le domaine de l’énergie nucléaire civile est l’illustration d’un partenariat industriel que la France et la Chine ont su bâtir sur le long terme ». C’est dans un tel contexte de Pierre Moscovici a déclaré : « Nous avons dans ce domaine un long partenariat que nous souhaitons continuer. Les questions de propriétés intellectuelles ne sont pas taboues ».

Ne souhaitant pas polémiquer et conserver des rapports apaisés, « les Chinois n’avaient pas envie de polémiquer, le sujet n’a pas été abordé dans le détaillé », a indiqué un conseiller du ministère. Appuyé par le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, qui a précisé que « la Chine est la bienvenue dans la mesure où nous protégeons nos intérêts nationaux. Il faut rééquilibrer nos échanges ».

Céline Tabou


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