Pays émergents

Quelle nouvelle politique pour éviter les naufrages de kwassa-kwassa ?

Victorin Lurel en visite à Mayotte

Céline Tabou / 17 juillet 2012

Après une visite à La Réunion, le ministre des Outre-mer, Victorin Lurel, s’est rendu à Mayotte du 16 au 17 juillet afin d’évoquer la question de la vie chère, l’immigration clandestine et le statut de RUP obtenu par ce 101ème département français.

Cette visite arrive au moment du naufrage d’un kwassa-kwassa dans la nuit de jeudi à vendredi 13 juillet, qui a fait 7 morts — dont 3 femmes et 4 enfants —, 11 personnes secourues et 6 portées disparues, a indiqué la Préfecture de Mayotte. A son arrivée, le ministre des Outre-mer a exprimé son émotion face à un nouveau drame dû à l’immigration clandestine. « J’ai une pensée pour les familles endeuillées. Ce n’est pas facile (...) et ce n’est pas seulement à Mayotte, il y a la même problématique ailleurs, en Guyane. C’est la première nouvelle que j’ai eue en mettant un pied à La Réunion ».

L’amorce du président du Sénat

En attendant l’arrivée du ministre des Outre-mer à La Réunion, le président de la commission des lois du Sénat, Jean-Pierre Sueur (PS), a indiqué dans la presse, vendredi 13 juillet, que « la politique de lutte contre l’immigration clandestine à Mayotte, essentiellement en provenance des Comores voisines, est coûteuse et inefficace », celle-ci crée « des drames humains et des tensions importantes sur le territoire de Mayotte ».

Le président de la commission des lois du Sénat a évoqué la mise en œuvre d’une « autre politique » vis-à-vis des trafics avec les kwassa-kwassa qui ont « des conséquences tragiques comme on le voit une fois encore, beaucoup paient des passeurs pour arriver à Mayotte au péril de leur vie, on les reconduit aux Comores et, très souvent, ils reviennent ».

Des propositions « alternatives » devraient être prononcées par le gouvernement d’ici quelques semaines, car, actuellement, la politique de reconduite à la frontière pour lutter contre l’immigration illégale est un échec. Parmi les mesures citées, la construction d’un nouveau Centre de rétention administrative (CRA) a été évoquée. Cette mesure vient d’être confirmée en ce début de semaine par l’“Agence France Presse” citant une source gouvernementale : « Le CRA actuel présente des conditions indignes, donc un projet de construction d’un nouveau CRA est en cours, la livraison est prévue fin 2014 ». « Le dossier suit son cours » et « le choix de l’architecte a déjà été fait », a indiqué cette source à l’“AFP”. Pour l’heure, les meures concernent essentiellement la détention des sans-papiers et leurs possibles assignations à résidence.

Les propositions du ministre

Victorin Lurel a proposé d’améliorer la coopération et le développement des infrastructures sanitaires et scolaires d’Anjouan, ainsi que l’agriculture locale, afin de dissuader les personnes souhaitant quitter une vie de misère.
En deux mois, la région aura connu un second drame d’une telle ampleur. Le 19 mai, 5 personnes sont mortes et 15 ont été portées disparues dans le naufrage d’une pirogue chargée de clandestins comoriens qui tentait d’accoster à Mayotte. Toutefois, 19 ont pu s’agripper à l’embarcation.
Depuis 2007, la politique mise en œuvre par le précédent gouvernement n’a pas empêché l’amplification de cette crise.

D’après les chiffres officiels cités par le “Journal de l’île de La Réunion”, 26.405 personnes, dont 5.389 enfants, ont été expulsées de Mayotte en 2011, après avoir été retenues dans « des conditions indignes », selon le défenseur des droits, Dominique Baudis. En effet, le gouvernement français a déployé des moyens humains et financiers importants afin d’interdire les kwassa-kwassa d’accoster à Mayotte. Passant du renforcement des patrouilleurs maritimes à l’installation de nouveaux radars et à l’embauche de gendarmes, l’État a tenu à montrer qu’il faisait tout pour éviter les débarquements de clandestins dans le 101ème département.

Céline Tabou

Légende 8a agriculture Anjouan
Une des propositions du ministre Victorin Lurel afin de dissuader les clandestins est d’améliorer la coopération et le développement des infrastructures sanitaires et scolaires d’Anjouan, ainsi que l’agriculture locale.
(photo d’archives Imaz Press Réunion)


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