Pays émergents

Umaru Yar’Adua, premier président élu nigérian mort en fonction

Nigeria : Changement au sommet du pays le plus peuplé d’Afrique

Témoignages.re / 7 mai 2010

Le décès du président du Nigeria Umaru Yar’Adua mercredi à la Villa présidentielle d’Abuja, la capitale fédérale, est une première dans l’histoire du Nigeria, jamais aucun président nigérian élu n’étant mort en fonction.

Né le 16 août 1951, M. Yar’Adua a prêté serment le 29 mai 2007 comme 13ème président du pays et troisième chef d’Etat démocratiquement élu, après Shehu Shagari et Olusegun Obasanjo.

Son investiture comme candidat à la présidentielle en 2006 par le Parti démocratique des peuples (PDP) au pouvoir fut une surprise pour beaucoup, car il n’avait jamais ouvertement fait part de son intention de briguer la plus haute fonction de ce pays.

Bien que l’honnêteté et la transparence reconnues par tous caractérisent ses deux mandats (1999-2007) comme gouverneur de l’Etat de Katsina, dans le Nord, son état de santé - on le disait souffrant de problèmes rénaux pendant longtemps - fut son tendon d’Achille durant toute sa campagne.

Son prédécesseur, Olusegun Obasanjo, qui, pensait-on, l’avait préféré comme successeur, est critiqué sans cesse pour avoir choisi un homme malade pour diriger le pays le plus peuplé d’Afrique.

Une fois, durant la campagne électorale, il avait dû être évacué en Allemagne pour un traitement médical, une situation qui s’est répétée à plusieurs reprises durant son mandat.

Descendant d’une famille aristocratique et distinguée en politique, son père fut ministre durant la première République et son frère numéro deux du gouvernement militaire d’Olusegun Obasanjo de 1976 à 1979.

Un programme de réconciliation

Umar Yar’Adu a fait ses études au Collège public de Keffi, dans le nord (1965- 1969) ; puis son baccalauréat à Barewa College (1971) ; ensuite ses études supérieures à l’Université Ahmadou Bello à Zaria où il obtient un licence en Chimie (1972-1975) avant de revenir dans la même institution en 1978 pour une maîtrise en Chimie analytique.

Après avoir exercé comme assistant, il rejoint le secteur privé où il a travaillé dans plusieurs firmes en tant que directeur et président de leur conseil d’administration.

Bien que membre d’une formation de gauche, le Parti pour la rédemption des peuples (PRP) sous la deuxième République (1979-1983), il rejoint plus tard le PDP, un parti de droite, sous la bannière duquel il est élu gouverneur de l’Etat nord de Katsina en 1999. Il est réélu à ce poste en 2003.

En tant que président, son administration était connue pour sa transparence et son respect de l’Etat de droit, mais aussi son programme en sept points conçu pour promouvoir des secteurs tels que les infrastructure, l’énergie, la sécurité alimentaire et la sécurité, la crise du Delta du Niger étant la priorité absolue de son agenda.

Toutefois, sa plus grande réussite au pouvoir est l’amnistie accordée aux rebelles de l’Etat du Delta, un programme qui a vu de nombreux combattants déposer leurs armes et embrasser la paix.

Retour secret au Nigeria

Au fur et à mesure que sa santé se dégradait et que ses résultats ne répondaient pas aux attentes des Nigérians, les partis d’opposition le critiquaient sévèrement.

On le sommera à plusieurs reprises de révéler son état de santé.

Cependant, au plus fort de sa maladie, il est évacué le 23 novembre 2009 en Arabie Saoudite pour une "péricardite aiguë" (inflammation d’une membrane qui entoure le coeur), selon son médecin. Il y reste jusqu’au 24 février 2010, où il rentre en secret au Nigeria.

En son absence, son adjoint, le vice-président Goodluck Jonathan, est investi par l’Assemblée nationale (Parlement) comme président par intérim, pour apaiser la tension induite par son incapacité à gérer le pouvoir en étant hors du pays.

Revenu au Nigeria, il n’est jamais apparu en public et manifestement n’était pas suffisamment rétabli pour reprendre ses fonctions.


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