Pays émergents

Une nouvelle équipe dirigeante se prépare

Congrès du PCC

Témoignages.re / 23 octobre 2012

Le Parti communiste chinois réunira plus de 3.000 députés de l’Assemblée nationale populaire, le 8 novembre pour son 18ème Congrès. À cette occasion, le comité permanent du bureau politique sera renouvelé sur fond de scandale politique et d’une baisse de la croissance.

Organisé tous les cinq ans, le Congrès du PCC est l’occasion de changer les hauts-dirigeants du parti et du pays. Le Président et le Premier ministre seront remplacés tout comme les sept des neuf membres permanents du Polit-bureau, appelés les « Empereurs ». De plus, 60% des 370 membres du comité central vont également changer.

L’affaire Bo Xilai tourmente le 18ème congrès

Bo Xilai, ex-étoile montante du Parti communiste chinois, a été écarté du parti au printemps dernier. Premier secrétaire de la province de Chongqing, la plus grande ville du pays, il était considéré comme l’homme politique le plus doué de sa génération. Après de nombreuses frasques nationalistes, Bo Xilai était pressenti à la tête du pays, mais les révélations de son ancien bras droit, Wang Lijun, chargé à l’époque de diriger la police de Chongqing lui auront été fatales.
En effet, Wang Lijun a dénoncé les affaires corruption au sein de son ancienne équipe, ainsi que des écoutes téléphoniques illégales. Ce dernier a également affirmé avoir dissimulé des preuves dans l’enquête sur le meurtre d’un homme d’affaires britannique, Neil Heywood. Le jeune homme aurait été tué par la femme de Bo Xilai, Gu Kailai, jugée et condamnée à la peine de mort avec sursis. Cependant, des révélations contestent le dossier, un médecin légiste renommé a fait part de ses doutes sur les conclusions de la mort, remettant ainsi en question toute l’affaire. Celle-ci aura d’ailleurs fait grand bruit, d’autant que le gouvernement tente de lutter contre la corruption dans les arcanes du parti.
Toutefois, selon certains observateurs chinois et étrangers, Bo Xilai « est sans doute la victime d’une vendetta interne au Parti, où l’on craint de voir resurgir la figure d’un homme fort. Il flottait en effet autour de lui une réputation de violence personnelle. C’est aujourd’hui rare, car, depuis la fin des années Mao, on ne va plus jusqu’au sang pour régler les problèmes au sommet du Parti. Par sa propension à la violence et au chantage, Bo Xilai inquiétait, car il semblait vouloir revenir sur l’abolition de la violence au sommet » a expliqué François Godement, spécialiste français de la Chine et directeur de l’institut indépendant Asia Centre.

Un nouveau modèle économique

Depuis son ascension au pouvoir, le Parti communiste chinois conserve sa légitimité grâce à la croissance à deux chiffres installée suite aux réformes économiques lancées par Deng Xiaoping, en 1978. Cette croissance enviée dans le monde entier est aujourd’hui affaiblie par la crise économique et financière internationale qui réduit les exportations chinoises. Le nouveau comité central aura plusieurs défis à relever pour stabiliser l’économie et éviter une révolte sociale de plus grande envergure que les différentes manifestations relevées cette année.
Pour conserver le pouvoir et « l’harmonie » de la société, les autorités chinoises ont annoncé la mise en place d’un nouveau modèle économique, basé principalement sur la consommation intérieure et moins sur les investissements d’infrastructures et les exportations. En dépit d’un ralentissement progressif de l’économie chinoise, le pays a une croissance de 7,7% sur les trois premiers trimestres, ce qui n’est pour l’instant pas alarmant. Car pour éviter des tensions sociales plus élevées, la Chine a besoin d’une croissance minimum de 7% afin de créer des emplois pour les jeunes arrivant sur le marché et pour contenter les Chinois licenciés dans les entreprises industrielles, dont les carnets de commandes s’amenuisent.
La nouvelle équipe dirigeante devrait lancer un plan de relance après le congrès du PCC, pour que « plus de Chinois partagent les fruits de la croissance », a déclaré Wen Jiabao, actuel Premier ministre, en janvier 2012. L’objectif du gouvernement sera de maintenir la stabilité des prix ainsi qu’un développement économique rapide. Dès le début de l’année et pour anticiper le Congrès, le Premier ministre a estimé que la Chine devait changer de modèle de développement pour « attacher plus d’importance au mode de vie des gens, et laisser la population partager les fruits de la réforme », a cité l’agence Chine nouvelle.

Des défis à relever

Seconde puissance économique mondiale, la Chine est devenue en plusieurs décennies l’un des pays les plus puissants au monde. A contrario des modèles occidentaux, l’Empire du Milieu est parvenu à imposer un modèle spécifique et une croissance impressionnante. Malgré des données économiques enviables en Occident, la Chine possède plusieurs points noirs, notamment le vieillissement de la population et la baisse de la natalité depuis la mise en place de la politique de l’enfant unique dans certaines régions dans les années 1970.
De plus, l’exode rural creuse de plus en plus les inégalités entre ville et campagne obligeant Pékin à réorganiser son urbanisme. Aujourd’hui, près d’un Chinois sur deux vit en ville. Chaque année, près de 10 millions de Chinois sont reclassés de ruraux à urbains et environ 1,5 million de migrants vivraient en ville sans autorisation. Le taux d’urbanisation de la Chine, mesuré par le pourcentage de sa population vivant dans les villes, s’oriente autour de 48%, d’après les statistiques officielles. Pour pouvoir retourner la situation et permettre aux migrants de rester dans leurs provinces, Pékin a lancé en 2011 un plan de développement économique et social dans les différentes campagnes du pays. Ce plan se met petit à petit en place, mais pourrait être accéléré face à la crise économique et à la nécessité de mettre en place un nouveau modèle de développement. Pékin devra à long terme investir à l’intérieur du pays.

 Céline Tabou  

Qui prendra la place de Hu Jintao ?

Considéré comme l’homme le plus puissant du monde en 2011, Hu Jintao, 70 ans, est secrétaire général du PCC depuis 2002 et président de la République démocratique de Chine depuis mars 2003. Ce dernier devra laisser sa place à son vice-président, Xi Jinping, 59 ans. « Fils de prince », issu d’une famille victime de la Révolution culturelle, le père de Xi Jinping, Xi Zhongxun, était vice-Premier ministre « purgé » puis réhabilité après la mort de Mao Zedong. Urbain, avec une personnalité ouverte, il est marié, en secondes noces, avec une chanteuse de variétés très populaire, Peng Liyuan, qui a le grade de générale dans l’armée. « Ses idées ? Son programme ? Nous n’en savons rigoureusement rien ! Il parle peu et ses déclarations peuvent sembler contradictoires » a expliqué François Godement.
Quant à son Premier ministre Wen Jiabao, il devrait être remplacé par l’actuel vice-premier ministre Li Keqiang. Agé de 57 ans, Li Keqiang, proche de Hu Jintao, a été Secrétaire de la Ligue de la jeunesse communiste de l’Université de Pékin. Élu au Comité permanent du Politburo, en 2007, il devient vice-premier ministre lors du Congrès de l’Assemblée nationale populaire, en 2008.
Parmi les neuf ou sept membres pressentis du comité permanent du bureau politique du Parti communiste : l’actuel ministre des Finances, Wang Qishan, 64 ans, Liu Yunshan, 65 ans, ministre de l’Information, Li Yuanchao, 61 ans, responsable du fonctionnement interne du parti ; Zhang Dejiang, 65 ans, qui a pris la direction de la ville de Chongqing après la disgrâce de Bo Xilai ; et Zhang Gaoli, 65 ans, chef du parti à Tianjin, autre municipalité autonome.


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