Justice

20 ans après Théo Hilarion, la justice au pied du mur

Des faits d’une extrême gravité reprochés à des policiers de la BAC

Manuel Marchal / 21 février 2014

Près de trois semaines après le drame, le résultat des premières auditions des policiers suspectés d’avoir mutilé un jeune Réunionnais, montrent que les faits sont plus graves que prévu. Les agents de la BAC étaient partis en patrouille avec un fusil bien plus puissant qu’un flash-ball, et après avoir laissé le jeune Steve à terre, ils sont revenus pour récupérer des éléments laissés au sol, ce qui leur vaut une mise en examen pour « modification d’une scène de crime ».

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Le 11 mars 1994, marche dans les rues du Port derrière le mot d’ordre "Plus jamais ça !" pour protester contre les violences policières. Quelques jours auparavant, un docker avait été gravement blessé par le tir d’un gendarme. Malheureusement, un fait aussi grave s’est reproduit au début du mois.

Dans la nuit du 1er au 2 février, quatre policiers de la Brigade anticriminalité (BAC) patrouillent dans les rues du Port. Une manifestation a lieu dans l’avenue Rico Carpaye. Elle se disperse à l’arrivée des policiers. Trois descendent de la voiture de patrouille et prennent en chasse un lycéen de 16 ans, spectateur de la manifestation. Steve explique avoir été la cible d’un projectile tiré à la tête par un policier, et ensuite avoir été frappé alors qu’il était à terre. Puis les policiers l’ont laissé gravement blessé sans lui porter assistance. Malgré les soins prodigués à l’hôpital de Saint-Paul puis à Saint-Denis, Steve perd un œil.

Plus grave qu’annoncé

Quelques jours plus tard, le Procureur général décide de demander une enquête de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), et de lancer une information judiciaire pour des faits de violence perpétrés par des personnes dépositaires de l’autorité publique. En effet, la version défendue par les policiers est mise en cause. La mission de l’IGPN arrive le mardi suivant. Elle mène son enquête. Lundi 17, quatre agents de la BAC sont placés en garde à vue au Commissariat du Port. Au bout de longues heures d’audition, l’un d’entre eux finit pas avouer être le tireur. D’autres révélations viennent encore aggraver des faits pourtant dramatique. Ainsi, ce n’est pas un tir de flash-ball qui a blessé Steve, mais les policiers sont venus en patrouille au Port avec un fusil P40, une arme bien plus dévastatrice.

Longue liste de mises en examen

Ensuite, les policiers sont revenus sur les lieux du drame « pour récupérer des éléments au sol » indique le "JIR" d’hier qui précise les conclusions tirées par le juge d’instruction au terme de l’audition.

Tout cela vaut au tireur une mise en examen pour "violences volontaires avec armes, en réunion, par dépositaire de la force publique ayant entrainé une mutilation", aux deux autres policiers suspecté d’avoir frappé Steve à terre la mise en examen pour "violences volontaires, en réunion, par dépositaire de la force publique ayant entrainé une mutilation". A cela s’ajoute, pour les quatre membres de la patrouille de la BAC, les mises en examen pour "non assistance à personne en danger" et pour "modification d’une scène de crime".

Les quatre policiers échappent à la détention préventive. Ils sont placés sous contrôle judiciaire et ne peuvent plus faire partie de la BAC le temps de l’instruction. Ils sont également interdits de travailler sur la voie publique.

Le précédent de Théo Hilarion

En 1994, les dockers manifestaient devant les grilles du Port Est. Un gendarme reçoit alors l’ordre de tirer sur les dockers. Il vise Théo Hilarion qui s’écroule, touché en pleine tête. Ce jour là, le docker a perdu un œil. Depuis, il subit quotidiennement les conséquences de cette agression, qualifiée comme crime après plusieurs années de dissimulation de la part des responsables. Ce n’est en effet que 14 ans plus tard que deux gendarmes furent jugés en Cour d’assises.

20 ans après Théo Hilarion, un jeune Réunionnais est victime de la même mutilation par des agents de la force publique. La justice est désormais au pied du mur. Gageons qu’il ne faille pas attendre 14 ans pour que la vérité éclate.

 Manuel Marchal 


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