Justice

À quand une enquête sur la "gestion" de Didier Robert au Tampon ?

Le gaspillage des fonds publics ne s’est pas arrêté après l’affaire dite des marchés truqués de la CIVIS

Manuel Marchal / 22 février 2012

Le procès dit des marchés truqués de la CIVIS permet de mettre le doigt sur un gaspillage de fonds publics. Or, force est de constater que ce comportement n’a pas cessé avec la découverte de ces faits. Un récent rapport de la Chambre régionale des comptes concerne la gestion des fonds publics au Tampon quand Didier Robert en était le maire et les sommes en jeu sont très importantes. À quand la lumière sur la gestion de l’argent public par le représentant de Sarkozy à La Réunion ?

Un ordinateur acheté 70.000 euros utilisé comme lieu de stockage de papiers toilette, 739.000 euros dépensés pour acheter 8 ordinateurs, un contrat de maintenance informatique à 26.000 euros par mois pendant trois ans… ces quelques données de l’affaire dite des marchés truqués de la CIVIS donnent le tournis. De l’argent public a été manifestement gaspillé.
Ce scandale a commencé après le changement de Direction à la CIVIS, au lendemain de sa prise de contrôle par les relais de Sarkozy à La Réunion.
Jusqu’à 2001, la CIVIS et les SEM créées par l’intercommunalité s’étaient surtout fait remarquer par leurs bons résultats. La SEMADER battait des records en matière de construction de logements, et elle avait été récompensée par le premier SEM d’or de l’Outre-mer. La SEMITTEL avait lancé le transport collectif en intercommunalité. Avec le SIVOMR puis la CIVIS, l’informatique était arrivée dans les communes, permettant d’améliorer le service public.

Le partage d’un butin

Mais à partir de mars 2001, tout commence à changer. Les scandales qui émaillent l’actualité judiciaire de ces dernières années montrent que des représentants de Sarkozy à La Réunion ont considéré ces sociétés comme un butin à partager. Les nouveaux administrateurs de la SEMADER ont commencé par s’octroyer de confortables jetons de présence. Puis des logements construits par le bailleur social ont commencé à se dégrader faute d’entretien.
La banqueroute de la SEMITA est un autre exemple. Primée par un SEM d’or en 2005, la SEMITA n’existait plus l’année suivante. L’enquête et le procès allaient permettre de démontrer qu’une part importante du personnel n’avait pas été recrutée pour ses compétences, et occupait des emplois fictifs. Le gaspillage était tel que « les policiers ont acquis la certitude que cette colossale masse salariale bidon a largement contribué à la perte de la SEMITA entre sa création fin 2002 et sa disparition au cours du premier semestre 2006 », rappelle le "JIR" du 5 septembre 2007. Et d’estimer qu’allégée de ses emplois, « la SEMITA aurait pu trouver un repreneur pour sauver l’essentiel, c’est-à-dire les salariés dont le travail était effectif. L’affaire est d’autant plus grave que ceux-là ont été les dindons de la farce avec les conséquences catastrophiques que l’on imagine sur le plan financier et humain ».
Comme pour l’affaire dite des marchés truqués de la CIVIS, on est loin de l’utilisation de l’informatique pour améliorer le service public. Cet outil n’était que prétexte à un énorme gaspillage d’argent public.

Un rapport accablant pour Didier Robert

Le procès qui se déroule à Saint-Denis rappelle que ce type de comportement n’a pas encore cessé à La Réunion. Pas plus tard qu’au début du mois, un rapport de la Chambre régionale des comptes a dévoilé la gabegie de Didier Robert quand il était maire du Tampon.
Ce dernier a non seulement privé sa commune d’un investissement de 100 millions d’euros, la rocade Sud, mais il a en plus fait exploser le déficit par des dépenses qui suscitent des commentaires de la part des magistrats.
Entre 2005 et 2010, la commune a emprunté pour presque 100 millions d’euros. C’était « la fuite en avant » au lieu de prendre des mesures courageuses, a dit Paulet Payet, le successeur de Didier Robert à la mairie qui doit gérer les conséquences de ce gaspillage éhonté.
La Chambre régionale des comptes pointe une hausse considérable de la masse salariale. Le plan de titularisation n’expliquait pas tout, car dans le même temps, le nombre de travailleurs précaires avait augmenté. À signaler aussi l’explosion du budget "fêtes et cérémonies". Tout cela amène à un trou de plusieurs millions d’euros, soit bien plus que les sommes évoquées lors du procès des marchés truqués de la CIVIS.
C’est ce gaspilleur de fonds public qui est maintenant à la tête de la Région, avec toutes les craintes que cela inspire pour la collectivité chargée de la planification économique. Le recours déposé par Tram’tiss contre la décision de Didier Robert d’arrêter le tram-train en est l’illustration, l’unité de compte est maintenant la centaine de millions d’euros.
Ce sont autant de faits qui ne manquent pas d’intérêt pour tous ceux qui veillent à la bonne gestion des fonds publics.

M.M.


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