Justice

Deux gendarmes coupables d’incitation à la haine raciale

Le Tribunal décide d’une condamnation symbolique

Témoignages.re / 20 juillet 2011

Le Tribunal correctionnel a condamné, hier, les deux gendarmes impliqués dans l’affichage du tract raciste sur le tableau de service de la gendarmerie de Bras-Panon pour incitation à la haine raciale. Ils écopent d’une amende de 1.000 euros. Fait notable, le juge du Tribunal correctionnel a décidé de ne pas inscrire leur condamnation à leur casier judiciaire. Ce qui leur permet de continuer à exercer. Les deux gendarmes ont 10 jours pour faire appel.

« C’est une condamnation mitigée », estime Michel Lagourgue, avocat des deux gendarmes. Ce dernier se dit « peu convaincu par la culpabilité » de ses clients. Il note tout de même que la condamnation est « faible ». « C’est sans doute une volonté du tribunal de mettre fin à une affaire qui a déjà eu un trop grand retentissement », déclare Michel Lagourgue.

Pour rappel, l’affaire avait été révélée par le “Journal de l’Île” le vendredi 27 mai et elle avait provoqué la colère du préfet, Michel Lalande. Accompagné par le colonel Philippe Le Mouël, commandant du groupement de la gendarmerie de La Réunion, le préfet avait tenu une conférence de presse dès le vendredi en fin d’après-midi. Il avait dit sa « colère », son « indignation » et avait assuré qu’« il s’agit de faits isolés qui portent atteinte à la confiance que la population doit avoir vis-à-vis des forces de l’ordre ». « Nous ne lâcherons pas l’affaire », avait encore assuré le préfet, en indiquant qu’il avait adressé un courrier d’excuse au président du Conseil régional du culte musulman à La Réunion.

L’affiche discriminatoire dresse le portrait des « Niktamer, un nouvel animal introduit en Europe de l’Ouest ». Cette caricature vise la communauté maghrébine de métropole et donne une fiche signalétique de ces jeunes tout en faisant un amalgame entre l’origine et le statut de délinquant.

Le tract raciste estime par ailleurs que « la prolifération (des niketamer-NDLR) est dangereuse pour l’équilibre de notre système judéo-chrétien » et regrette que « cet animal » fasse l’objet « d’une interdiction de chasser ».


Décalage

Dans son jugement, le Tribunal reconnaît la culpabilité de deux fonctionnaires dépositaires de l’autorité publique. La condamnation est symbolique, car elle n’empêche pas des coupables d’incitation à la haine raciale d’exercer à La Réunion.
Voici deux mois, le représentant de l’État avait aussitôt réagi à la divulgation des faits. Les propos tenus à l’époque avaient été d’une extrême fermeté.
À l’heure du verdict, les deux gendarmes peuvent continuer à occuper leurs fonctions comme si de rien n’était. Ils sont reconnus coupables, mais la peine ne signifie pas la radiation de la fonction publique.
Dans une autre administration à La Réunion, un autre fonctionnaire a tenu publiquement des propos racistes d’une rare violence : « Je suis blanc et, de toute façon, ici c’est des nègres et toutes des p… et c’est comme cela qu’il faut faire ». Cette affaire remonte à plus d’un an. Alerté, le ministre avait annoncé des sanctions. Mais de révocation, il n’y eut pas, et de passage devant le tribunal pour répondre de cette injure non plus.
Dans les deux cas, on observe un décalage entre la fermeté annoncée de l’autorité de tutelle et la sanction quand elle existe.


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