Justice

Domaine de Montgaillard : Didier Robert doit demander une mission de l’ICAC à La Réunion

Pour montrer que les “Îles Vanille” servent l’intérêt des Réunionnais

Manuel Marchal / 29 juillet 2011

La Commission indépendante anticorruption de l’île Maurice vient de montrer sa capacité à faire la lumière sur les conditions d’une transaction immobilière faite par le gouvernement. Pour que la Région Réunion cesse d’être empêtrée par l’affaire de l’achat du Domaine de Montgaillard, Didier Robert doit solliciter l’expertise mauricienne pour faire toute la lumière sur les conditions de cette transaction. Le président de la Région Réunion saura-t-il saisir l’occasion de démontrer que les “Îles Vanille” servent l’intérêt des Réunionnais ?

Depuis l’arrivée de l’UMP à la Région, un nouveau concept tente d’être imposé pour orienter les relations de La Réunion, les “Îles Vanille”. Didier Robert, président de la Région, est un exécutant zélé de ce concept. Dans les faits, il s’agit de faire de notre île un point d’appui du renforcement de l’axe entre Paris et Port-Louis. Nombreux sont les exemples de cette politique. Pas plus tard que la semaine dernière, La Réunion participait à un Forum sur l’investissement, organisé à Maurice.
En bon UMP qu’il est, Didier Robert ne cesse donc de mettre en avant ce concept, allant jusqu’à tenir la chandelle des ministres mauriciens quand ils participent à de grands Salons internationaux dédiés au tourisme.
Le summum a été la participation de Didier Robert au vol inaugural d’Air Mauritius vers Shanghai, en tant que président de Région Réunion en mission.
Le premier adjoint au maire du Tampon a même inauguré l’agence d’Air Mauritius à Shanghai.
Bref, avec l’UMP aux commandes à la Région, il s’agit de prendre comme modèle la "réussite" de nos voisins en matière touristique.

Un dépassement de près de 2 millions d’euros

Il s’avère que ce pays est actuellement secoué par les effets d’une transaction immobilière. Six ministres ont en effet démissionné du gouvernement. L’un d’entre eux, ministre de la Santé, a en effet été mis en cause dans une enquête relative à l’achat d’une clinique privée au-dessus de la valeur expertisée. Selon la presse mauricienne, le vendeur a pu obtenir un bonus de 1,5 million d’euros. Ce séisme politique est le résultat d’une enquête menée par l’ICAC, la Commission indépendante anticorruption de l’île Maurice.
À La Réunion, une collectivité est empêtrée dans une affaire tout aussi grave. La Région Réunion a en effet acheté une propriété au-dessus de la valeur expertisée par le Service des Domaines. La faveur obtenue par le vendeur du Domaine de Montgaillard approche les 2 millions d’euros. Voilà de quoi éveiller la curiosité de toute personne soucieuse de la bonne utilisation de l’argent public.
Mais près de deux mois après la décision de l’UMP d’engager cette dépense, c’est le silence radio du côté des institutions.

Une nouvelle dimension aux “Îles Vanille”

Voilà donc l’occasion rêvée d’approfondir le concept des “Îles Vanille”, en l’étendant bien au-delà d’une simple coopération limitée au tourisme. Car, à en croire ce qui se passe à Maurice, nos voisins ont manifestement une expertise en matière de contrôle des dépenses publiques. En cas de doute sur une décision d’une institution, les Mauriciens ont à leur disposition une Commission qui a la possibilité d’œuvrer en toute indépendance, l’ICAC.
Pourquoi alors ne pas solliciter cette expertise pour faire toute la transparence sur la transaction du Domaine de Montgaillard ? Une coopération judiciaire, voilà qui donnerait enfin du contenu au concept des “Îles Vanille”. D’ailleurs, partout où se construisent des regroupements régionaux, la coopération judiciaire est mise en avant. Voilà qui placerait ce concept en phase avec son temps.
Désormais, la balle est dans le camp du principal promoteur des “Îles Vanille” à La Réunion. S’il est conséquent avec lui-même, Didier Robert doit exiger qu’une mission de l’ICAC vienne à La Réunion pour faire la transparence sur les conditions de la vente du Domaine de Montgaillard.
S’il ne fait pas cette démarche, alors Didier Robert ne fera que démontrer que les “Îles Vanille” ne sont rien d’autre qu’un moyen de mettre les atouts de La Réunion au service d’obscurs intérêts.

M.M.


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