Justice

La coalition du refus de la solidarité donne une étiquette politique à Alamélou

Des enseignements de deux décisions de justice

Manuel Marchal / 2 juillet 2012

Jeudi dernier, Michel Fontaine a été condamné à une peine de prison avec sursis. À la différence de Maurice Gironcel, les magistrats ont décidé de ne pas prononcer une peine d’inéligibilité à l’encontre du sénateur-maire de Saint-Pierre. Pourtant, lors du procès de Maurice Gironcel, le procureur lui avait dit qu’il était honnête et intègre, ce qui n’a pas empêché des élus ayant bénéficié du soutien du PCR de refuser leur solidarité à Maurice Gironcel.

Deux responsables politiques ont été jugés à quelques années d’intervalles par la Cour d’appel. En 2009, le juge a décidé de remettre en cause le résultat de deux élections. Agissant « au nom du peuple », le magistrat a décidé de retirer à Maurice Gironcel ses mandats de maire et de conseiller général que le peuple lui avait confié. Un verdict d’un contraste saisissant avec le début du réquisitoire du Procureur de la République : « M. Gironcel, vous êtes un homme intègre, honnête, vous ne vous êtes pas enrichi personnellement ».
Jeudi dernier, la Cour d’appel a rendu son verdict sur l’affaire concernant Michel Fontaine, sénateur-maire de Saint-Pierre. Cette fois, le juge a décidé de confirmer le résultat des élections, alors que dans cette affaire, des peines de prison ferme ont été prononcées. C’est bien la preuve qu’il y a eu des marchés truqués et donc de la gravité des faits reprochés.

Au peuple de décider

Comment alors expliquer pourquoi une telle différence de traitement ? Il est en effet clair que pour l’un des deux responsables, la justice a choisi de frapper plus fort. Or, dans ce dossier, les accusations étaient loin d’être aussi graves que celles de l’affaire des marchés truqués de la CIVIS. Quant au déroulement du procès de Maurice Gironcel et au début du réquisitoire du Procureur, ils démontrent bien que la thèse de l’accusation s’était effondrée. Et pourtant, c’est à Maurice Gironcel que la justice, « au nom du peuple », a décidé d’enlever les mandats confiés par le peuple.
Dans ces conditions, ce verdict visait donc le dirigeant communiste, et par là son parti. Cela explique pourquoi une décision avait été prise. Dès que Maurice Gironcel allait retrouver ses droits, une élection municipale allait être organisée pour que la population dise si elle maintient ou pas sa confiance à celui qu’elle a élu maire. Au travers de cette démarche, le dernier mot revenait au peuple, et non pas à ceux qui ont la charge de rendre la justice en son nom.
Au moment de l’annonce de la décision, les élus du groupe majoritaire du Conseil municipal étaient d’accord pour démissionner le moment venu, ils ont donné leur parole.

Les masques tombent

Au moment où la parole doit être respectée, alors certains inventent toutes sortes de prétextes pour ne pas la tenir. Cela remettait en cause deux principes du PCR : le respect de la parole donnée et la solidarité envers un camarade injustement condamné. A la tête de cette campagne de reniement, il y avait le premier adjoint Alamélou et la maire de Sainte-Suzanne, Yolande Pausé.
Manifestement, plusieurs personnes élues grâce au Parti communiste réunionnais ont décidé de soutenir ceux qui trahissaient deux principes de leur organisation. Et ils ont eu le renfort d’adversaires du PCR, comme l’a clarifié la composition de la liste de la coalition des perdants du second tour. Les 29 janvier et 5 février, le peuple de Sainte-Suzanne a décidé de sanctionner ceux qui ne tenaient pas leur parole et refusaient la solidarité envers un camarade injustement condamné.
L’annonce de la création d’un nouveau groupe au Conseil général a permis de faire tomber le masque de ces élus. Car s’ils ont décidé de rejoindre Alamélou, c’est bien parce qu’ils soutiennent le chef de l’opposition municipale de Sainte-Suzanne. Il est clair que cette coalition ne s’est pas construite du jour au lendemain. Durant la campagne électorale, "Le Quotidien" avait annoncé qu’en cas de victoire, Alamélou ne resterait pas longtemps sans étiquette. Il a été battu, mais au bout de six mois, il a quand même obtenu une étiquette.
Et pour bien montrer qu’ils sont d’accord avec Alamélou, ces collègues de groupe élus grâce aux communistes refusent de participer à la reconstruction du PCR. C’est bien qu’il y a un désaccord de fond sur des principes fondamentaux tels que le respect de la parole donnée.

M.M.


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