Justice

Un tribunal correctionnel saisi d’un dossier fait de « on-dit »

Maurice Gironcel
Quelles peuvent bien être les motivations du vice-procureur ?

Témoignages.re / 10 juin 2010

Lorsqu’on est vice-procureur, on représente la société. On a coutume de dire que le rôle du procureur de la République repose sur la confiscation de la vengeance privée au profit de la puissance publique. De ce fait, le procureur est, tout d’abord et avant tout, le garant des libertés individuelles et des intérêts généraux de la société.
Il est ainsi clairement énoncé qu’il doit défendre la société, mais en ayant toujours le souci de garantir les libertés individuelles, toutes les libertés individuelles, y compris celles de Maurice Gironcel et de Martial Turpin.

Nous avons démontré l’incohérence, la désinvolture et le mépris avec lesquels le vice-procureur a conduit toute cette affaire sous sa seule responsabilité. En donnant sa clé USB au magistrat instructeur pour que celui-ci « pompe » littéralement les 12 pages des réquisitions du vice-procureur, il a privé Maurice Gironcel et Martial Turpin de toute possibilité de faire valoir leur point de vue sur les accusations dont ils sont les victimes. La défense a d’ailleurs fait remarquer que, de toutes les demandes des avocats, tous les mémoires et observations communiqués au juge d’instruction, il n’y a nulle trace dans l’ordonnance renvoyant Maurice Gironcel et Martial Turpin devant un tribunal correctionnel.

Un fatras de chiffres et une annonce pour faire le « buzz »
Pour la précédente comparution de Maurice Gironcel, le Parquet avait — pendant plusieurs années — utilisé les médias avec des annonces à sensation afin de discréditer le maire de Sainte-Suzanne.
Cette façon d’agir est une modernisation d’un supplice barbare connu sous le nom de « pilori ».
Le procédé est simple, et il a été appliqué par le prédécesseur du vice-procureur. On annonce, par exemple que Maurice Gironcel a payé la construction de 10 kiosques forestiers, et que, malgré des heures et des heures de recherches en hélicoptères, les gendarmes-enquêteurs n’en ont trouvé que trois. Quinze jours plus tard, la mairie ridiculise l’accusation en organisant un "rallye des kiosques" auquel participe une foule importante. L’existence des dix kiosques est prouvée, mais le Parquet maintient son accusation. Chez de nombreuses autres personnes qui ne se sont pas rendues au "rallye des kiosques", la calomnie du Parquet aura produit son effet.
Il est de même cette fois-ci : « plus de 120.000 euros du Comité des fêtes détournés entre 2002 et 2005 ; 58.000 euros d’abus de confiance pour l’AEI et 18.000 euros de détournements pour le comité de jumelage ».
Toutes ces accusations ont été livrées à l’opinion publique sans la moindre précaution, transformant ainsi Maurice Gironcel et Martial Turpin, présumés innocents, en certainement coupables.

Où donc sont les sommes annoncées comme détournées ?
Les avocats ont marqué leur étonnement. Pour justifier les montants des “détournements” proclamés : 120.000 + 58.000 + 18.000 = 196.000 euros, le vice-procureur s’appuie sur quelques pièces seulement. Et comme on a deviné qu’il n’a aucune tendresse particulière pour les deux suppliciés du pilori médiatique, on peut lui faire le crédit d’être allé chercher les plus significatives des dépenses litigieuses.
Les voici telles que retenues dans les réquisitions du vice-procureur précédées de la mention :
« Les détournements étaient éclairés par les éléments suivants :
• 486 euros accordés à J.-C. T. pour la construction d’une pièce supplémentaire lui permettant de décohabiter d’avec ses parents « je voulais voir le maire, mais je n’ai jamais pu le rencontrer, j’ai donc vu une autre personne, M. Turpin que je ne connaissais pas » ;
• 1.000 euros pour aider à payer le billet d’avion d’une fillette de 3 ans afin qu’elle ne soit pas séparée de sa mère, Mme M. C. qui devait de toute urgence subir une importante intervention chirurgicale à Poitiers ;
• une avance de 450 euros pour Mme O. titulaire d’un CES et qui, à la suite d’une difficulté à laquelle elle est totalement étrangère, n’avait pu percevoir son salaire mensuel ;
• 85 euros pour 4 repas d’employés communaux en déplacement ;
• 200 euros pour permettre à M. L., en très grande difficulté, de retrouver l’électricité dont sa famille était privée.
Où sont donc les détournements annoncés à grand renfort de grosse caisse médiatique ?
Quant aux 58.000 euros de l’AEI, rappelons qu’il s’agit d’un méga coup de pipeau puisque les fonds en question sont ceux provenant des indemnités des élus de l’intercommunalité et versées volontairement à cette association créée par lesdits élus afin de pouvoir venir en aide aux administrés. C’est à ce propos que le vice-procureur accusait Maurice Gironcel « d’abus de confiance » ! Et face à de tels abus de droit d’un vice-procureur, devrions-nous rester silencieux ?
« L’humanité aura à répondre un jour, non seulement des actes des hommes malfaisants, mais aussi du silence des gens de bien ». (Jean Rostand)

(À suivre)

Jean Saint-Marc


Le pilori

Au Moyen-âge, le seigneur avait le pouvoir de décider de soumettre à ce supplice, quiconque lui paraissait coupable. On attachait le supplicié à un poteau ou à un pilier. C’était une marque d’infamie. Bien excitée, la foule pouvait cracher sur le supplicié, lui jeter des ordures, etc. Inutile de dire qu’après cela, le supplicié, même s’il clamait son innocence, était considéré comme coupable : « si le seigneur l’a puni, c’est qu’il a commis une faute ».
La loi du 28 avril 1832 a interdit l’usage du pilori. Les innocents n’avaient donc plus à craindre d’y être soumis et les punitions appliquées aux coupables devaient respecter la dignité humaine. Mais, lorsqu’on est vice-procureur, chargé de garantir les libertés individuelles, comment peut-on faire pour contourner la loi et parvenir ainsi à exciter les plus bas instincts des foules ? En intoxiquant les médias.


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