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Avec Raphaël Tipaka

L’Inde et ses mystères… ou comment être heureux

6 février 2010

Si vous cherchez un remède efficace à la routine métro-boulot-dodo qui vous pèse, optez comme Raphaël Tipaka pour un choix peut-être extrême, mais aux effets immédiats garantis : partez vivre en Inde ! Après avoir passé plusieurs années en France, ce Réunionnais originaire de Saint-Benoît décide de tout quitter pour se lancer dans l’inconnu. Il nous raconte son expérience à Pondichéry où il vit depuis un an.




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<p>Raphaël Tipaka : Quand on vit loin, on est plus conscient de la valeur de la société réunionnaise ».</p>

Raphaël Tipaka : Quand on vit loin, on est plus conscient de la valeur de la société réunionnaise ».

Voilà un garçon qui n’a pas peur de se remettre en cause. Car quitter son système de valeurs pour aller à la rencontre d’un autre, aux dimensions spatio-temporelle, organisationnelle, totalement différente, demande beaucoup d’humilité et de patience. On lui en donnerait bien moins, c’est pourtant en alignant ses 37 ans que ce grand Malbar à l’allure d’éternel étudiant avance sereinement dans la vie. Légèrement réservé, Raphaël parle tout doucement, mais s’anime très vite quand il évoque la France qu’il a quittée sans regret.
Après avoir travaillé dix ans à La Réunion avec l’association culturelle du GRAHTER (Groupe de recherches sur l’archéologie et l’histoire de la terre réunionnaise) dans l’administration et le suivi de projets, Raphaël a envie de reprendre ses études.
En 2003, il part à Metz où il obtient un Master professionnel “Conception de mise en œuvre de projets culturels”. Il trouve ensuite un emploi à la Sécurité Sociale à Paris qui ne correspond pas tout à fait à ses aspirations. La vie parisienne l’ennuie et depuis plusieurs années déjà, il songe à aller en Inde — « mais pas en touriste » —, précise-t-il.
Fin 2008, le jeune homme démissionne, et avec quelques économies et contacts en poche, il débarque en Inde. En janvier 2009, à la demande du GRAHTER, il présente une exposition sur les engagés indiens à Chennai au Pravasi Baarathia Divas, la réunion annuelle de la diaspora indienne. Avec la délégation réunionnaise, il descend ensuite dans l’ancien comptoir français, où il postule à l’Institut Français de Pondichéry.

« La stabilité dans l’instabilité »

Tout de suite bien accueilli par ses collègues, le Réunionnais se plaît dans son nouveau cadre professionnel ; il entame d’ailleurs sa deuxième année en contrat local, statut qui implique un choix courageux. L’adaptation à Pondichéry a peut-être été plus simple parce que « moins » violente que dans une autre grande ville indienne, mais il reste toujours un passage obligé par une acclimatation. « Il faut s’habituer à la culture, commente Raphaël, lucide, pas la belle culture indienne qu’on a à La Réunion, idéalisée, avec Bollywood ». La confrontation avec la réalité n’est certes pas toujours agréable, « voir la pauvreté, les enfants, les personnes âgées, les mutilés et on ne peut pas donner à tout le monde », se désole-t-il. Ses premiers constats sont ceux qui reviennent souvent lorsque l’on parle de l’Inde : le manque d’organisation général, dans la circulation, la construction des maisons, ou encore le système de collecte des ordures. « Marcher dans la rue et rentrer entier chez soi le soir relève de l’exploit quotidien », raconte-il en souriant. Mais le chaotique trouve en Inde ses propres fonctionnements. « L’Inde est une anarchie qui fonctionne », disait un économiste américain des années 60. La contradiction est bien là : « Bizarrement, on apprécie, admet Raphaël. Je trouve plus de stabilité dans l’instabilité ».

En paix avec ses origines

Bien dans sa peau, Raphaël ne se complique pas la vie. Pourquoi lui prêter un éventuel retour symbolique en Inde ? Il ne ressent pas de vibrant impératif identitaire, il est « en paix avec ça ». Il est simplement heureux d’être là, il découvre la société indienne à son rythme et se laisse porter au hasard de ses découvertes. Du peu des démarches qu’il a entreprises sur ses origines, il sait que son nom de famille, Tipaka, a une signification en tamoul, dérivée du sanskrit “Deepak”, qui signifie “lumière”.
Partir en Inde avait d’ailleurs un intérêt linguistique pour Raphaël : parfaire son anglais et apprendre le tamoul.
Loin d’oublier La Réunion, Raphaël est sûr d’y retourner un jour ou l’autre. « Quand on est Réunionnais, on est Réunionnais, soutient-il. Quand on vit loin, on est plus conscient de la valeur de la société réunionnaise ». Pour lui, La Réunion représente un « un joli mélange des vies française et indienne ». Ce qui lui manque le plus de La Réunion ? La convivialité des relations avec les gens, la famille. Et puis aussi — mais chut ! il ne fallait pas le dire — le rougail boucané…

Anne-Line Siegler

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