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La crise d’un modèle

14 octobre 2008 Risham BADROUDINE

Le modèle néolibéral, qui place l’individuel au centre de tout, serait-il en train d’exploser ? Le "tout consommation" est-il une réponse à nos problèmes ? Cette crise est la crise d’un modèle. Cette crise est multiple : crise énergétique, crise immobilière avec les subprimes, crise financière, crise écologique, crise alimentaire...

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<p>Cette évolution très inégalitaire des revenus peut aussi se mesurer sur l'évolution des salaires</p>

Cette évolution très inégalitaire des revenus peut aussi se mesurer sur l’évolution des salaires

Sur les dix dernières années (1998-2008), le PIB des Etats-Unis a augmenté de 31%, soit 2.7% par an. L’élément moteur de cette croissance a été la consommation des ménages (+ 3.4% en moyenne par an). Sur cette période, la part de la consommation des ménages est passée de 67.1% à 71.6%.

Modèle qui repose sur la consommation

Dans le cas des Etats-Unis, le plus important est la baisse continue du taux d’épargne. Au début de l’année 1998, les ménages américains consommaient 95.3 dollars sur 100 dollars de revenus disponibles (après impôts). Dix ans plus tard, ils en dépensaient 99.8%. Sur les dix dernières années, le taux d’épargne des ménages américains est passé de 4.7% à 0.2%.

Avec un faible taux d’épargne

C’est la baisse du taux d’épargne qui a stimulé la consommation. Cette baisse du taux d’épargne s’explique par ce que les économistes appellent "effet de richesse". Les consommateurs ne consomment pas seulement en fonction de leurs revenus : ils prennent aussi en compte leur "richesse", autrement dit la valeur nette de leur patrimoine d’actifs, financiers ou immobiliers. Or cette richesse a augmenté plus rapidement que le revenu : elle représente aujourd’hui 5 fois le revenu courant, contre 3 fois et demi en 1982. La richesse des Etats-Unis est assurée par la valeur marchande des actifs financiers. C’est une économie virtuelle dans laquelle repose des créances douteuses évaluées à des milliards de dollars. Cela a provoqué le développement des subprimes. Une récente étude montre qu’en 2006, 50% du revenu allait au 10% les plus riches, soit un record historique, supérieur au niveau atteint à la vielle de la crise des années 1930. Une analyse plus détaillée montre une extrême concentration des revenus, puisque le 1% des personnes les plus riches reçoivent 23% du revenu national en 2006 (contre 10% en 1982).

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Cette évolution très inégalitaire des revenus peut aussi se mesurer sur l’évolution des salaires

Le tableau d’ensemble qui se dégage montre un niveau record des inégalités de revenu et de patrimoine. La couche sociale aisée (20% de la population) est prise d’une véritable frénésie de consommation, gagée sur l’appréciation de son patrimoine. Les ménages moins bien pourvus s’endettent, avec la montée en puissance du crédit à la consommation ou hypothécaire.

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Dans la richesse totale du pays, la part des salaires continue de décroître

Et un important déficit de la balance commerciale

A côté de cela, la demande interne croît plus vite que la production domestique. L’ajustement se fait par un déficit croissant de la balance commerciale. La croissance des importations est plus rapide que celle des exportations. Ce déficit est comblé par l’afflux de capitaux. Les 20% de classe aisée américaine qui profitent du déséquilibre représente 1% de la population mondiale qui capte chaque année 15% de la richesse produite sur la planète.
Ce modèle a fini par craquer. Les Etats-Unis doivent à tout prix équilibrer leur balance des paiements et réduire le déficit de la balance commerciale. Le résultat de la crise des subprimes c’est que les Etats-Unis doivent mettre fin à l’énorme détournement des richesses mondiales dont ils bénéficient.
On a eu déjà des exemples de crises systémiques généralisées par le passé et toutes ont eu des signes avant coureurs que l’on peut percevoir aujourd’hui. S’achemine-t-on vers une fin du modèle néolibéral ?

Risham Badroudine

Ce modèle qui repose sur la consommation, sur les transferts, sur le déficit de la balance commerciale se rapproche du modèle réunionnais que nous aurons l’occasion d’analyser dans un prochain article.


12.250 milliards de dollars de dettes

La croissance de la consommation privée plus rapide que celle du PIB du pays doit avoir une contrepartie. Le déficit croissant est comblé par un afflux de capitaux venant de l’extérieur. Il y a donc un transfert très important. Ainsi, les Etats-Unis doivent au Monde 12 250 milliards de dollars. C’est le montant de la dette américaine à la fois privée et publique. La Chine est le premier créancier des Etats-Unis. Si les créanciers réclamaient leur dette, les Etats-Unis devraient vendre pour 12.250 milliards de dollars de biens pour pouvoir payer. Le pays serait vidé !

Risham Badroudine

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