Élection du président du Parlement européen

La Droite et les socialistes européens se partagent les postes

16 juillet 2009, par Manuel Marchal

Un ancien de Solidarnosc, membre du groupe de la Droite européenne (PPE dont fait partie l’UMP), a été élu président du Parlement européen grâce aux voix des socialistes européens, des Verts et des Libéraux dont fait partie le Modem. Il n’ira pas au bout de son mandat car le PPE et le PSE (désormais rebaptisé Alliance progressiste des socialistes et démocrates) ont signé un accord pour ne faire de fait qu’un seul groupe. Et dans deux ans et demi, un président socialiste succédera au président PPE. D’où cette question : quelle est la différence entre la Droite européenne et le PS, puisqu’au cours des cinq prochaines années, ils vont voter ensemble avec les Verts.

Ce 14 juillet 2009, Jerzy Buzek (PPE, PL) a été élu, dès le 1er tour, à une large majorité avec 555 voix, soit 86% des suffrages exprimés.
Face à lui, une seule autre candidate, Eva-Britt Svensson, députée suédoise depuis 2004 et candidate du groupe GUE/NGL, groupe d’Élie Hoarau, a recueilli 89 voix, soit bien au-delà de l’effectif de son groupe politique.
La candidature de Jerzy Buzek à la présidence du Parlement européen a bénéficié du soutien du PPE (dont fait partie l’UMP), des socialistes européens, des Verts, des libéraux (dont le Modem). Tous se sont ligués pour refuser l’alternative proposée par le groupe GUE/NGL.
Ce concert de louange traduit la collusion des grands partis qui dirigent le Parlement européen. La Droite européenne (PPE), les socialistes européens, les Verts et les Libéraux se sont mis d’accord pour se partager le pouvoir au Parlement européen.

Un socialiste dans 2 ans et demi

C’est ce qu’affirme sans équivoque la déclaration de presse commune aux présidents des groupes PPE, S&D (anciennement PSE), et ALDE (libéraux) :
« Soulignant leur engagement commun en faveur de valeurs fortement pro-européennes, et souhaitant garantir la stabilité du Parlement européen comme l’expression la plus profonde de la démocratie et de l’intégration européennes, les signataires de cette Déclaration conviennent que le Parlement européen sera présidé par M. Jerzy Buzek, du Groupe PPE, pour la première moitié de la législature 2009-2014, et par un Membre que désignera le Groupe S&D au cours de la seconde moitié de la législature.
Pleinement conscients des défis que pose la crise économique et financière, et de la nécessité de répondre aux inquiétudes croissantes des citoyens de l’UE en ce qui concerne la sécurité de leurs emplois et leur qualité de vie, les signataires de cette Déclaration conviennent également de mettre en place une commission temporaire chargée d’évaluer la crise, ses causes et ses conséquences, et de faire des propositions pour une stratégie européenne coordonnée visant à s’attaquer à la crise et à éviter qu’elle ne se répète. Cette commission sera présidée par un Membre du Groupe ALDE et son rapporteur sera un Membre du Groupe S&D »
.

PPE et socialistes forment un seul groupe

À partir de là, il apparaît évident que de fait, ceux qui se disent de Droite et de Gauche et qui mettent en avant leur appartenance à un grand parti ne forment plus qu’un seul groupe au Parlement européen. Ce qui veut dire que si elle avait été élue, Éricka Bareigts aurait voté pour un président appartenant au même groupe politique que Nicolas Sarkozy ou José Manuel Barroso. Ce fait réduit à néant toute l’argumentation selon laquelle la candidate du PS était porteuse d’une quelconque alternative. Elle traduit l’alignement du PS sur l’idéologie ultra-libérale défendue par les députés du PPE.
Lors de son discours, Eva-Britt Svensson, candidate du groupe GUE/NGE, a montré clairement en quoi elle porte un projet alternatif. Elle a plaidé pour un changement de politique répondant aux attentes des citoyens. Ce qui implique notamment la protection des travailleurs face au dumping social, la lutte contre toutes les formes d’exclusion, la création de nouveaux emplois respectueux de l’environnement, une politique d’asile plus juste et la défense des droits de l’Homme partout dans le monde. Elle a également préconisé davantage de transparence dans les votes de première lecture du Parlement.
Manifestement, la lutte contre toutes les formes d’exclusion et la création de nouveaux emplois respectueux de l’environnement ne font pas partie des priorités des députés socialistes ou Vert au Parlement européen. Malgré tout, ce projet alternatif a rassemblé au-delà du groupe de l’élue suédoise.

Manuel Marchal

Union européenne

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