Il avait fallu attendre plus de 30 ans pour que des représentants du peuple chagossien puissent remettre leurs pas dans les pas de leurs ancêtres, dans ces îles natales qui leur sont interdites, Peros Banhos, Salomon, Diego Garcia. Ce premier pèlerinage, qui eut lieu en 2006, fut une concession arrachée de haute lutte aux impérialismes britannique et états-unien. Une victoire, modeste mais ô combien précieuse, dans ce long combat, trop mal connu de par le monde, mené par un peuple de quelque 9.000 personnes contre l’injustice absolue qui consiste à dépouiller des hommes et des femmes de leur terre natale.
Arrachés depuis les années 70 à leurs îles Chagos, parqués depuis lors à Maurice dans des conditions inhumaines, les “réfugiés Chagos” comme ils se nomment n’ont eu de cesse, autour de leur dirigeant Olivier Bancoult, de résister et de lutter durant toutes ces décennies pour recouvrer leurs droits. Malgré les arrestations et les emprisonnements, ils ont multiplié les grèves de la faim et les manifestations, et ils ont entamé une action judiciaire de grande envergure, qui les a amenés jusqu’à la haute Cour de Londres.
Cette lutte homérique “du pot de terre contre le pot de fer” s’est soldée par de multiples épisodes et renversements, faits d’avancées comme lorsqu’en 2000 cette haute Cour a reconnu le droit de retour des Chagossiens dans leurs îles, mais aussi de cruels revers comme lorsqu’en octobre 2008 la Chambre haute des Lords a inversé le jugement de la Haute Cour et privé les Chagossiens du droit au retour. Mais Olivier Bancoult et les siens ne lâchent pas : ils ont porté l’affaire devant la Cour européenne des Droits de l’Homme.
Ils reviennent d’ailleurs d’un voyage important au pays qui est à la source de leur malheur historique : les États-Unis, aujourd’hui doté d’un nouveau président, Barack Obama. « Son élection peut faire avancer notre cause » dit Olivier Bancoult avec mesure et réalisme, encouragé par les contacts établis à Washington. Avec opiniâtreté, les Chagossiens en ont d’ailleurs toujours appelé à toutes les grandes consciences et toutes les solidarités, dans la Région océan indien en premier lieu, de Paul Vergès et des Réunionnais à Nelson Mandela et Desmond Tutu, et plus récemment à Jean-Marie Le Clézio, mais aussi dans le monde entier, de Strasbourg à Genève, en passant par le Vatican.
Aujourd’hui, ils sont 18 à pouvoir, le temps d’un voyage très encadré par les autorités occupant leurs îles, honorer avec émotion le fil brisé de leur ascendance. Même trop court, même trop douloureux, ce retour éclair doit être porteur du grand espoir de voir enfin le peuple chagossien réinstallé dans ses droits et sur son sol.
Alain Dreneau
























