Accueil du site> International> Monde
Billet philosophique
12 décembre 2008
Suite au billet philosophique intitulé « Une philosophie réunionnaise pour faciliter des “rencontres improbables” » (1), M. Tribak Ahmed nous a écrit : « J’adopte totalement cette vision de la philosophie. Ayant fait mon doctorat sur Michel Foucault, j’ai tiré les mêmes conclusions : faire de la philosophie une pratique penchée sur le quotidien, sur ce qui peut réunir les peuples et les citoyens du monde contre la démesure de certaines idéologies qui prêchent et incitent au fanatisme et à l’autodestruction de l’espèce humaine, de la planète. Seule une philosophie réunionniste peut éviter à notre espèce une catastrophe qu’on voit venir ! J’espère jouer un rôle dans cette perspective ». (2)
Par ailleurs, José Macarty, un des responsables de la Coordination de la Semaine Créole, également engagé dans le travail social, nous a fait part de sa perception de la « conférence très intéressante de l’historien universitaire réunionnais Prosper Ève sur “La philosophie des esclaves réunionnais” ». « Sa thématique rejoint ma démarche concernant la structuration de la philosophie réunionnaise et sa pertinence dans l’élaboration des chemins d’avenir. Car une véritable philosophie - à mon sens et tout à fait humblement - doit pouvoir apporter un certain éclairage sur un modèle de développement et donc en particulier sur la question du chômage.
Cela étant, en toute modestie, je ne pense pas que les esclaves étaient porteurs d’une philosophie particulière. Il me semble que ce sont les éléments constitutifs de la société réunionnaise (esclavage, colonialisme français, christianisation, assimilation, marronnage) qui expliquent l’émergence - au cours d’un processus historique - d’une pensée et d’une philosophie qui pour moi, s’articulent autour de deux axes forts :
le métissage culturel, social, religieux (syncrétisme)
le marronnage (culture de la résistance).
Si les ami(e)s de la philosophie à La Réunion pouvaient lancer tout un programme de recherche autour de ces questions, ce serait à mon avis intéressant. Peut-être qu’il faudrait présenter un projet en lien avec les universitaires et les philosophes de La Réunion. En tout cas, ce projet de recherche sur la philosophie réunionnaise et sa structuration mériterait d’être popularisé pour que le plus grand nombre possible de partenaires puissent se l’approprier ».
Nous remercions M. Tribak Ahmed et José Macarty pour leurs contributions à la réflexion sur la philosophie réunionnaise. Il se trouve qu’un nombre croissant de philosophes dans notre île mettent ce concept en avant et cherchent à le valoriser.
C’est le cas par exemple de Renaud d’Abbadie, professeur de philosophie à Sainte-Marie, qui a été interrogé par Jean Régis Ramsamy dans le cadre du JT Kréol de Télé-Réunion à l’occasion de la Journée mondiale de la Philosophie. Pour ce jeune enseignant, la philosophie réunionnaise est un atout essentiel à enrichir, à faire connaître et à démocratiser car elle peut être un outil précieux pour continuer à transformer la société réunionnaise dans le cadre d’un développement durable.
Des artistes sont également porteurs d’une telle vision. C’est le cas notamment de Davy Sicard (notre photo) . Ce chanteur et musicien admirable a donné deux super concerts au Kabardock du Port vendredi et samedi derniers. Et chaque fois, il a plaidé pour la valorisation de la philosophie réunionnaise, qui s’exprime notamment, dit-il, à travers le maloya.
Roger Orlu
* Envoyez vos critiques, remarques et contributions afin que nous philosophions ensemble... ! temoignages@wanadoo.fr
(1) Billet philosophique in "Témoignages" du 21 novembre 2008.
(2) voir à ce sujet l’article de Tribak Ahmed sur http://trib1.blogspot.com/2007/10/l...
© Copyright 5 mai 1944-2012 Témoignages | Tous droits réservés.
La reproduction, même partielle, des contenus des pages de ce site sans accord préalable est strictement interdite (les citations sont autorisées par le droit français pour commentaires et critiques, tant que ceux-ci y sont strictement concomitants et que sont précisés l’auteur original et le lien Internet vers la page source).